Depuis fin décembre, l’Iran connait des manifestations d’ampleur dans la quasi-totalité des provinces du pays, amorcée par les commerçants pour protester contre l’hyperinflation et l’effondrement de la valeur de la devise iranienne. Depuis, d’autres catégories ont rejoint ce mouvement contre la vie chère dans un pays miné par la sécheresse qui plombe les ressources et les récoltes. Mais par son étendue et sa diversité sociale, cette mobilisation est aussi l’expression d’un ras-le-bol face au régime en place des mollahs, plus que jamais fragilisé depuis la guerre des ‘’12 jours’’ menée contre Israël, en juin dernier, sur fond de programme nucléaire.
Depuis décembre, la répression du pouvoir et des forces de l’ordre contre les manifestants a fait au moins 35 morts et plus de 1200 manifestants ont été arrêtés. L’accès à Internet est coupé et la presse est muselée. Le régime autoritaire du guide suprême a choisi la stratégie de la terreur contre un peuple qui se lève. Mais aucun régime, aussi brutal soit-il, ne peut éternellement faire taire un peuple debout.
Face à cette situation, 7 partis d’oppositions kurdes iraniens ont appelé à une grève générale des kurdes, ce jeudi, pour exprimer leur soutien à la mobilisation.
Cette révolte n’intervient pas dans un ciel serein, elles sont au contraire récurrentes. L’Iran vit au rythme de crises cycliques, face à un autoritarisme qui étouffe, réprime, emprisonne et tue pour se maintenir. La prix Nobel de la paix Narges Mohammadi, a une nouvelle fois, été arrêtée début décembre alors qu’elle manifestait contre l’oppression.
Depuis 2022 et la mort d’une jeune femme, en prison, Masha Jîna Amini, après son arrestation par ‘’la police des mœurs’’, des mouvements de révolte s’expriment liés, à une population qui a accumulé durant des décennies, la répression sociale, politique et culturelle. Au-delà d’une question vestimentaire ou morale, la contestation porte en réalité une exigence globale d’émancipation face à un régime qui nie les droits fondamentaux de son peuple. Le slogan Femmes, Vie, Liberté a dépassé les frontières et a été un symbole de solidarité internationale et de lutte avec les femmes à l’avant-garde de ce mouvement, contre l’obscurantisme religieux et la domination masculine. En Iran et partout dans le monde, en hommage à Masha Jîna Amini, les femmes ont dit non à un État qui contrôle les corps, les consciences et les vies.
Depuis la répression sanglante de la révolte de 2022-2023, la contestation n’a jamais faibli. Il n’est plus rare de voir des femmes seules voire des groupes entiers défier les obligations religieuses et contester les fondements même du système. La jeunesse est évidemment le fer de lance de cette contestation sourde. Ce n’est plus seulement la discrimination et la violence systémique contre les femmes ou la vie chère qui sont au cœur des contestations, c’est le système même de la République islamique rétrograde et étouffante pour les populations d’Iran.
Le président « réformateur » Massoud Pezeshkian l’a bien compris, lui qui déclare comprendre les griefs économiques des manifestants. Il appelle même les forces de sécurité à ne pas réprimer la colère de la rue. Mais la République islamique obéit avant tout au Guide suprême et aux milices du pouvoir (Gardiens de la Révolution) qui sont prêtes à tout pour conserver leur pouvoir.
Aujourd’hui, défendre le peuple iranien, ce n’est ni appeler à une ingérence militaire comme le propose Trump après avoir kidnappé le président vénézuélien, ni se servir de sa souffrance pour nourrir des agendas géopolitiques cyniques. Les peuples n’ont jamais besoin des bombes pour être libérés. Ils ont besoin de pressions diplomatiques claires, de sanctions ciblées contre les responsables, et d’un accueil digne pour celles et ceux qui fuient la répression.
Le combat du peuple iranien est un combat universel. Il nous rappelle que les droits humains ne sont jamais acquis, que la liberté se conquiert et se défend, partout, tout le temps. En France, en Europe, nous avons le devoir de faire entendre ces voix, de refuser le silence complice, et de soutenir celles et ceux qui, en Iran, risquent leur vie pour un avenir meilleur.





