Autoritarisme budgétaire : retour du 49-3

20 Jan 2026

Sebastien Lecornu a annoncé le 16 janvier qu’il suspendait les débats budgétaires. 

Le 19 janvier, il annonce le recours au 49.3, alors qu’il assurait y avoir renoncé en novembre dernier ! 

Rien n’a été laissé au hasard : ces derniers mois n’ont été qu’une mise en scène budgétaire par le gouvernement et ses allié.e.s, qui n’ont jamais eu l’intention de céder quoi que ce soit sur fond d’austérité. 

Revenons sur les différents actes de ce nouveau passage en force budgétaire, à la sauce Lecornu. 

ACTE I – RALENTIR LA PREMIERE LECTURE A L’ASSEMBLÉE NATIONALE 

Après avoir été premier ministre démissionnaire et sans gouvernement, Lecornu a finalement été renommé le 12 octobre 2025 : résultat, le projet de loi de finances a été déposé avec 15 jours de retard. 

Suite aux travaux en commission, où la gauche avait réussi à faire adopter des amendements, les macronistes et leurs alliés ont multiplié les amendements en séance dans un objectif d’obstruction. En effet, cette prérogative est théoriquement conçue au bénéfice des groupes d’oppositions, qui n’ont pas la main sur la rédaction du texte, et pas aux groupes de la majorité, qui tiennent la plume. 

Cette stratégie ne visait qu’à gagner du temps pour contraindre les débats à l’Assemblée Nationale. 

Le texte final était donc impossible à adopter, car aucun accord n’avait été recherché par le gouvernement. 

Sans grande surprise, il a donc été largement rejeté en novembre 2025. 

PRATIQUE POUR PASSER AU SECOND ACTE !

ACTE II – LAISSER LES MAINS LIBRES AU SÉNAT 

Sans vote à l’Assemblée, le Sénat a été saisi de la copie initiale du budget présentée par le gouvernement. 

En commission comme en séance, les LR ont considérablement durci le texte, notamment en multipliant les cadeaux aux plus grosses fortunes et aux grandes entreprises … tout en refusant des nouvelles sources de recettes. 

Résultat, les mêmes personnes qui appellent à la rigueur ont aggravé le déficit au profit des plus aisés comme depuis 8 ans. Le texte qui a été voté par le Sénat n’avait donc aucune chance d’être adopté en Commission Mixte Paritaire. 

ACTE III – LOI SPÉCIALE MINIMALISTE & CHANTAGE A L’URGENCE 

En perspective d’absence de budget au 31 décembre 2025, le Parlement a été saisi d’une loi spéciale présentée par le gouvernement. 

Comme l’avait fait Bayrou l’an passé, Lecornu a opté pour la vision la plus restrictive de cette loi spéciale, alors qu’il n’existe, dans les textes, aucune obligation en ce sens. 

Le blocage actuel ne procède donc d’aucune fatalité : il est le fruit d’un choix délibéré fait par le gouvernement. 

L’objectif était clair : il s’agit de mettre la pression sur le PS et les LR en pressurisant l’ensemble de l’appareil d’État et les collectivités locales, à l’approche des municipales, pour imposer coûte que coûte la purge budgétaire. 

ACTE IV – PASSER EN FORCE

De retour à l’Assemblée, Lecornu savait qu’il ne pourrait pas imposer aussi facilement qu’au Sénat sa copie budgétaire. 

Alors que les négociations sont censées être menées en commission, le gouvernement a multiplié les concertations et autre échanges informels qui affaiblissent encore davantage notre système parlementaire. 

Lecornu n’a jamais eu l’intention de céder des avancées réelles en terme de justice sociale et fiscale : il a même fait le choix de renier sa promesse de renoncer au 49-3, qu’il avait brandi comme étendard de son mandat de premier ministre. 

Son seul objectif est d’éviter à tout prix une censure, quitte à multiplier les tours de passe passe budgétaire qui ne trompent plus personne. 

ACTE V – PRÉPARER LE TERRAIN POUR L’EXTRÊME DROITE 

Le Macronisme atteint donc l’ultime stade d’autoritarisme que permet notre Constitution. 

Et l’extrême-droite sort grande gagnante du chaos provoqué par les manœuvres d’un pouvoir à bout de souffle. 

Le RN tente de faire oublier (outre les procès qui touchent ses cadres) qu’il a voté main dans la main avec le gouvernement des coupes de dépenses et les refus de nouvelles recettes, en brandissant la menace de censurer le gouvernement. 

Cet exercice brutal du pouvoir, qui met à mal notre Parlement et l’ensemble de nos garde-fous démocratiques, prépare le terrain à l’extrême-droite : si elle devait arriver au pouvoir, elle n’aurait qu’à continuer le cap déjà tracé par son prédécesseur. 

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