Jusqu’où ira la répression aux Etats-Unis ? La situation est explosive dans l’Etat du Minnesota et sa capital Minneapolis. L’exécution du militant et infirmier par l’Immigration and Customs Enforcement, dite ICE, a jeté l’effroi moins de deux semaines après un assassinat similaire de la militante Renee Good pour les mêmes motifs. Leur crime : dénoncer et filmer les interventions brutales de chasse aux migrants.
Il ne s’agit pas d’une simple agence fédérale aux interventions musclées. Donald Trump met au cœur de son action la traque des migrants, instaurant un climat de terreur et de violences. Comble du cynisme, les partisans du président retournent l’accusation de brutalité dont les méthodes, les codes, les discours empruntent au fascisme. Greg Bovino, le directeur de l’agence, a osé en guise de réponse de rejeter toute accusation pour mieux criminaliser toute personne qui s’interposerait face à sa garde prétorienne. L’ICE se comporte comme les patrouilles d’esclaves qui traquaient durant la période esclavagiste les populations noires qui tentaient de fuir leur asservissement.
L’histoire des Etats-Unis, fondée sur la violence coloniale et de l’esclavage, ressurgit pleinement en 2026. L’ICE se déploie donc pour maintenir un ordre social brutal fondé sur la violence et l’exploitation. La main d’œuvre de travailleurs migrants est ici l’objet d’une exploitation éhontée. Parmi les 300 000 travailleurs immigrés qui ont été arrêtés, nombreux sont ainsi envoyés dans des centres de travail aux conditions indignes. Rappelons également que si la mort de deux militants suscite un émoi légitime, 38 immigrés ont été tués en détention.
Les procédés odieux ne manquent pas avec ICE : des enfants sont arrêtés et des citoyens étatsuniens interpellés arbitrairement en raison de leur couleur de peau, de leur accent. Tous les droits fondamentaux sont foulés au pied.
En difficulté sur les sujets économiques et sociaux, le président veut attiser la base MAGA qui voit dans l’ordre moral et la chasse aux migrants comme leurs priorités absolues.
Il n’est pas anodin que l’Etat du Minnesota, un des plus progressistes, soit particulièrement ciblé. Cet Etat est une terre d’accueil historique, notamment avec l’immigration somalienne des dernières années. Donald Trump relaie d’abord des théories racistes délirantes sur les détournements supposés de fonds publics à l’aide de ses amis de la tech qui font circuler des fausses vidéos. Il veut favoriser des divisions au sein des populations de cet Etat pour mettre la main sur l’administration locale. La porte-parole de la Maison blanche est prête à arrêter l’opération de l’ICE si le gouverneur local transmet…les listes électorales. Il s’agirait de modifier le corps électoral comme l’a autorisé la Cour Suprême, aux mains des conservateurs, et rééquilibrer le rapports de force électoral. Les classes populaires, singulièrement celles issues des minorités raciales, et les femmes seraient rayées massivement des contingents d’électeurs. Là encore, c’est une pratique courante issue du Sud conservateur instaurée après la guerre civile.
Tout ne se passe néanmoins pas comme prévu pour Donald Trump et ses affidés. En guerre sociale contre sa propre population, le magnat fasciste se voit opposé une résistance. C’était déjà le cas dans les grandes villes où l’ICE a opéré mais encore plus dans le Minnesota. Renee Good était militante LGBT, Alex Pretti était infirmier syndiqué. Leurs secteurs d’actions sont pleinement mobilisés mais un mouvement d’ampleur s’est déployé. Il faut rappeler que la colère a été attisé par les obstructions aux enquêtes après ces assassinats. Les manifestants protègent les familles immigrées menacées, suivent à la trace les officiers de l’ICE pour empêcher leurs assauts.
L’Etat fédéral a dû reculer en écartant notamment la responsable de l’agence. Mais il s’agit probablement d’un coup tactique. Plus qu’une stratégie de tension ou une guerre sociale de division des classes populaires, le pouvoir fédéral crée les conditions d’une guerre civile larvée. Ce programme est clairement énoncé dans le projet America 2025 de la Heritage Foundation, groupe de réflexion ultraconservateur. Il s’agir d’en finir avec les aspects démocratiques des Etats-Unis et instaurer un système suprémaciste blanc.
Ce climat suffocant fait des émules outre-Atlantique. Il est coutume de dire que ce qui se passe aux Etats-Unis se déroule quelques années plus tard en Europe. La sortie d’Arno Klarsfeld, dont la patronyme impose le respect, est dans cette lignée populiste et honteuse. Il est devenu banal d’en appeler à la traque des migrants, qualifiés d’OQTF comme si un statut administratif était une marque de déshumanisation et autorisait une violence déchainée contre eux.
Les politiques de refoulement aux frontières avec Frontex, le traitement indigne des migrants en Centre de rétention administrative, l’exclusion administrative et sociale des migrants pour le renouvellement de leur titre de séjour, les contrôles policiers aux méthodes musclées et au faciès : il existe déjà en France une atmosphère et des pratiques dignes d’un Etat discriminant. Enfin, l’implication de l’entreprise française CapGemini dans la vente de solutions de contrôle technologique auprès de l’ICE (pour identifier les migrants) dévoile la réalité crue d’un capitalisme prêt à tout pour le profit.
Des deux rives de l’Atlantique, nous avons le devoir de résister à cet air vicié et dangereux de l’extrême droite.





