Au cœur de la rade de Brest, sur la base sous-marine de l’Île Longue, le 2 mars dernier, Emmanuel Macron a exposé sa politique de durcissement en matière de dissuasion nucléaire, avec un nouveau concept, celui de ‘’dissuasion nucléaire avancée’’ proposé à 8 pays européens.
Derrière les mots de stratégie et de souveraineté, le président de la République a surtout réaffirmé un choix politique ; En mettant en scène la force nucléaire française au moment même où les attaques se multiplient en Iran et dans toute la région, Emmanuel Macron installe l’idée que l’arme nucléaire devient un instrument plus central, plus assumé, de la stratégie politique de la France.
Le message n’est plus seulement celui d’une assurance ultime, il devient celui d’une puissance nucléaire revendiquée, presque démonstrative, en se vantant d’avoir un sous-marin « capable d’une puissance de frappe équivalente à la somme de toutes les bombes tombées en Europe pendant la Seconde guerre mondiale, soit près de 1000 fois la puissance des premières bombes nucléaires ». Le Président a montré les muscles en exhibant le Téméraire qui prendra la mer dans quelques jours, et en annonçant l’Invincible nouveau sous-marin nucléaire lanceur d’engin, 3ème génération.
Il se voulait solennel et rassurant. Il a été en réalité profondément inquiétant et menaçant. « Pour être libre il faut être craint, et pour être craint, il faut être puissant » a-t-il martelé.
Au moment où le monde est traversé par des tensions inédites depuis la fin de la guerre froide, fallait-il vraiment envoyer ce signal ? En réaffirmant la centralité de l’arme nucléaire dans la stratégie française, Emmanuel Macron contribue à banaliser ce qui devrait au contraire rester l’ultime tabou : la capacité d’anéantir des millions de vies humaines en quelques minutes. Le souvenir d’Hiroshima et Nagasaki nous hante pourtant encore.
La dissuasion nucléaire repose sur une fiction morale et politique : la paix par la peur, la stabilité par la menace d’anéantissement. On nous explique depuis des décennies que cet équilibre de la terreur serait le garant de notre sécurité. Mais il suffit d’observer la réalité du monde pour mesurer combien cette certitude est fragile. Les arsenaux se modernisent, les doctrines se durcissent et parallèlement les tensions entre puissances s’exacerbent. La logique de la dissuasion nourrit elle-même la course aux armements qu’elle prétend empêcher.
La France consacre des dizaines de milliards d’euros à la modernisation de son arsenal nucléaire, et Macron promet d’augmenter encore le nombre de têtes nucléaires. À l’heure où les services publics sont fragilisés, où l’hôpital souffre, où l’école manque de moyens, où la transition écologique exige des investissements massifs, ce choix de changement de doctrine mérite au minimum un débat démocratique et transparent, à la hauteur des enjeux. Or ce débat est soigneusement évité, « sans aucun partage de la décision ultime » a-t-il expliqué.
Le président invoque l’indépendance nationale. Mais quelle indépendance construit-on lorsque l’on enferme notre sécurité dans une logique militaire et belliqueuse ? La véritable souveraineté devrait être celle qui permet de protéger les populations, de prévenir les conflits, de renforcer la coopération internationale et de promouvoir le désarmement.
La France aime se présenter comme une puissance d’équilibre, porteuse d’une voix singulière sur la scène internationale. Elle devrait jouer un rôle majeur dans la relance des efforts de désarmement nucléaire, aujourd’hui en panne. Elle pourrait soutenir plus activement les initiatives internationales visant à réduire les arsenaux et à sortir progressivement de la logique de la dissuasion.
Il ne s’agit pas d’être naïf face aux périls qui pèsent mais face aux défis immenses de notre siècle, dérèglement climatique, inégalités, instabilité internationale, la sécurité ne peut pas être pensée uniquement à travers la menace nucléaire. Elle doit être collective, politique, sociale et environnementale.
Alors que la XIème conférence d’examen du traité sur la non-prolifération des armes nucléaires se tiendra fin avril à New York, la France s’éloigne encore un peu plus de la signature du Traité antiprolifération des armes nucléaires (TIAN) et d’un chemin vers la paix.





