Les mères pas à la fête

4 Juin 2026

On pensait, sûrement naïvement, que le marronnier de la fête des mères « promotion sur les épilateurs, accessoires de cuisine et autres produits de beauté » finirait par s’éteindre après les nombreuses dénonciations des associations féministes. C’est pourtant avec lassitude, que nous avons pu revoir fleurir en mai les publicités des grandes enseignes « pour une maman coquette ou créative (aux fourneaux cela va de soi) ». 

Alors qu’elles rêvent d’un petit-déjeuner au lit et d’un juste partage des tâches, l’alliance du patriarcat et du capitalisme ne compte pas vraiment leur laisser ce répit – pourtant bien mérité. 

Dans de nombreux pays, les mères ne sont pas à la fête : tributaires de violences conjugales, assumant seules la parentalité et l’éducation, mal-logées, sous-payées… Et pire encore, quand elles ne sont pas mères, on leur reproche et leur affuble le statut de femmes non-procréatrices. 

Car de réarmement démographique il est question, et pas que de la bouche de M. Macron. La natalité baisse à travers le monde, la démographie est en chute de la France à la Russie, en passant par l’Asie, l’Afrique du Nord et l’Amérique. L’occasion de réfléchir aux causes – qu’elles soient environnementales, liées aux inégalités de richesse et d’accès aux ressources, les difficultés d’accès aux modes de garde et de scolarité ? 

Que nenni ! Il faut (re)produire, (re)produire, (re)produire, quoi qu’il en coûte. 

Ainsi, en 2024, Poutine proclamait « l’année de la famille » en Russie avec des propositions censées amener les couples à se reproduire, dont notamment l’interdiction de la promotion de la non-parentalité et de ‘’l’incitation’’ à l’avortement. 

Depuis que la guerre initiée par le gouvernement russe a entraîné la mort de nombreux soldats, le pays manque de bras et surtout de chair à canon. 

Alors ces derniers mois, des propositions fourre-tout voient le jour – qui semblent bien loin de la volonté de régler les difficultés structurelles auxquelles peuvent faire face les aspirants parents. Ainsi, pêle-mêle, le ministre de l’éducation nationale russe propose d’ouvrir des « discothèques scolaires » pour que les jeunes puissent papillonner ; 30 régions auraient même promis des aides de 1200 euros en faveur des lycéennes enceintes ; un élu aurait suggéré que les femmes portent des minijupes « les jours de soleil pour stimuler la natalité ». Et pourquoi ne pas aller plus loin en abaissant l’âge du mariage, en culpabilisant publiquement les femmes souhaitant avorter, quitte à envoyer les femmes nullipares chez le psychologue et faire payer un impôt supplémentaire en l’absence de grossesse. Aujourd’hui, ces propositions ne sont pas en vigueur, mais depuis plusieurs années, le gouvernement russe se démène pour faire fleurir la natalité. En Russie, comme ailleurs, les politiques ne manquent donc pas d’imagination en la matière ! La femme qu’on aimerait voir mère devient alors la cible, encore une fois sans commune mesure avec les injonctions (inexistantes ?) faites aux hommes en la matière. 

En France, le vocabulaire martial est lui aussi combiné à la procréation. Alors que nous serions « en guerre » depuis 2020 et la crise du Covid, qu’en 2025 un général de l’Armée intimait d’« accepter de perdre ses enfants pour protéger ce que l’on est », c’est maintenant le Président lui-même qui appelle ses troupes au réarmement démographique. L’entièreté de ses troupes ? Non, seulement les citoyen.ne.s, et plus particulièrement celles et ceux de 29 ans qui – par malheur – n’ont toujours pas soutenu l’effort national en enfantant et se font rappeler à l’ordre par une missive officielle. 

Pour faire face à cette « panique démographique », dont parle justement la militante féministe Anne-Cécile Mailfert dans son dernier ouvrage, point de réponses structurelles aux grands enjeux de société par nos dirigeants mais un mauvais remake du roman canadien La Servante écarlate.  

Il est donc plus que temps d’écouter les mères, les femmes qui ne souhaitent pas avoir d’enfant, celles qui ne peuvent pas, celles qui aimeraient mais à qui la société ne propose pas les conditions nécessaires à la réalisation de ce projet. Et ainsi tout le monde sera de la fête ! 

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