A écouter les milliardaires de la Silicon Valley et leurs puissants relais médiatiques, l’intelligence artificielle serait la promesse d’un monde plus efficace, plus moderne et, au final, merveilleux.
Comme toutes les révolutions technologiques présentées comme inéluctables, elle avance masquée derrière le progrès.
Au service de qui cette technologie est-elle développée ?
Pouvons-nous laisser quelques puissances privées décider seules de notre avenir informationnel, environnemental et politique ?
Dans le monde de la presse, l’intelligence artificielle bouleverse déjà profondément les métiers. Des rédactions fragilisées par des années de concentration capitalistique voient arriver des outils capables de produire des articles ou des images en quelques secondes. Un véritable pillage de contenus, sans contrôle, sans consentement, sans rémunération des auteurs et autrices.
Certains propriétaires y voient une opportunité de réduire encore les coûts, de remplacer des rédacteurs et rédactrices, des secrétaires de rédaction, des iconographes ou des correcteurs et correctrices par des machines.
Mais une démocratie pleine et entière ne peut survivre sans journalistes formés, ni enquête de terrain, ni analyse, ni vérification de ses sources. L’information n’est pas une marchandise. Elle exige du temps, de la contradiction et surtout une conscience humaine. Aucun algorithme ne remplacera le regard d’un reporter ou une interview face à une grève, une guerre ou une injustice sociale.
Le risque est grand d’une information standardisée, d’images et de vidéos truquées, où la vérité est supplantée par la désinformation et la manipulation. Après avoir mené pendant quinze ans une bataille pour faire reconnaître les droits voisins face à des plateformes numériques, une autre bataille s’ouvre à l’heure où les moteurs de recherche classiques deviennent obsolètes avec l’IA.
Face à cette prédation des contenus, il est urgent de faire reconnaître une présomption d’utilisation comme le suggère une proposition de loi transpartisane, votée au Sénat mais toujours pas inscrite à l’Assemblée nationale.
De plus, ce progrès porte en lui une autre menace : derrière chaque requête adressée à une IA générative se cachent des centres de données gigantesques avec leurs quantités colossales d’électricité, leurs millions de litres d’eau utilisés pour refroidir les serveurs, leurs minerais rares extraits dans des conditions souvent dramatiques.
Le numérique repose sur une exploitation des ressources naturelles et du travail humain, épuise la nature et le vivant.
Alors que les libéraux demandent aux peuples de réduire leur consommation énergétique, ils soutiennent sans limite une industrie numérique dont l’empreinte carbone explose. Le capitalisme prédateur dans toute sa splendeur, provoquant inflation, précarité et dérèglement climatique, comme nous venons encore de le vivre avec le mois de mai le plus chaud de l’histoire.
Et pendant ce temps, les logiques guerrières s’installent partout et l’intelligence artificielle devient un instrument militaire. Des drones autonomes aux systèmes de surveillance de masse, la technologie participe désormais directement à la guerre contemporaine.
Or, la paix ne se construit pas avec des algorithmes. Elle se construit par la coopération, le droit international, la justice sociale et la souveraineté des peuples.
Nous devons refuser cette fatalité technologique. L’intelligence artificielle peut être utile si elle est un outil au service de l’humain, encadré démocratiquement, transparent, soumis à des exigences sociales et écologiques strictes. Même le pape semble considérer qu’il serait temps d’ouvrir les yeux.
« L’intelligence artificielle doit être désarmée, (…) libérée des logiques qui en font un instrument de domination, d’exclusion ou de mort. »
Face aux empires numériques et aux marchands de guerre, le progrès n’a de sens que s’il sert l’émancipation.
Faisons confiance à l’intelligence humaine !





