De la gestion du COVID à la lutte contre le dérèglement climatique : l’incurie gouvernementale se repète

14 Juil 2026

Travailler sous 40° ne pose aucune difficulté, mais faire la fête et manifester pour ses droits est interdit ? 

Preuve que lorsqu’il s’agit d’exploiter les travailleurs et travailleuses, le capital saura toujours – comme pendant le COVID-19 – remodeler les règles à son avantage. 

Les épisodes caniculaires que nous traversons font l’effet d’une piqûre de rappel : comme pendant la gestion de la crise du COVID-19, le gouvernement fait preuve d’une impréparation totale et d’un déni politique latent, qu’il a tenté de masquer par une culpabilisation individuelle et le déploiement de moyens répressifs comme seule réponse à ce défi de société. 

Seule compte l’activité économique du pays, la protection des travailleur.euse.s et des plus précaires étant considérée comme totalement secondaire dans leur matrice néolibérale. 

Et au contraire des parallèles qui peuvent être faits avec la gestion passée de la crise sanitaire débutée en 2020, les vagues de chaleur étaient totalement anticipables, vu les alertes constantes et répétées formulées par des scientifiques depuis plusieurs dizaines d’années. 

Garantir la continuité économique du pays avant la santé des populations 

Aucune adaptation des heures de travail, aucune mesure permettant d’activer un droit de retrait ou un arrêt climatique n’a été travaillé par le gouvernement alors que les normes de sécurité au travail n’ont de cesse de baisser ces dernières années.

Le ministre du travail a été clair : comme pendant le COVID-19, seul prime l’impératif de continuité de l’activité économique du pays, et tant pis si cela met en danger les personnes.

Le ministre s’est simplement contenté d’annoncer la tenue d’une concertation sociale dans plusieurs mois, conformément aux codes de la macronie : plutôt que d’agir, privilégier l’organisation de grandes messes qui permettent de communiquer et de gagner du temps, mais qui n’aboutissent bien souvent à pas grand-chose. 

Laisser notre service public de santé sous doté face aux besoins qui explosent 

Malaises, déshydratations, hyperthermies, accidents cardio-vasculaires… Les risques pour la santé liés aux fortes chaleurs sont multiples et le pire est à venir alors que les spécialistes alertent sur le fait que les symptômes graves apparaissent bien souvent plusieurs jours après un épisode de canicule.  

Les hôpitaux se sont retrouvés dans un état de pression proche de la période de crise sanitaire, preuve qu’aucun moyen à la hauteur du besoin n’a été alloué à notre service public de santé depuis 6 ans. Saturation des services d’urgences, explosion des appels au SAMU, déprogrammation des opérations non urgentes … 

De même, du fait de l’inadaptation du bâti aux chaleurs extrêmes, certaines écoles ou certains centres hospitaliers se sont transformés en véritables bouilloires, conduisant à mettre en danger des centaines de milliers d’usager.ère.s. 

Et comme pendant le COVID-19, où des soignant.e.s ont été envoyé.e.s avec des sacs poubelles comme pseudo protection, s’occuper des patient.e.s, les professionnel.le.s ont dû passer par des système D, notamment en plaçant des couvertures de survie sur les fenêtres pour baisser la température des bâtiments.

Prenant comme prétexte la saturation des services hospitaliers qui découlent de décennies de fermeture de lits, de suppressions de postes et de dégradation des conditions de travail comme des coupes dans les budgets des hôpitaux, le pouvoir a fait le choix d’interdire des événements revendicatifs et festifs. 

Déploiement d’une politique répressive comme seule solution à la crise climatique 

Si le gouvernement n’a pas jugé utile d’agir sur les conditions de travail ou le service public hospitalier, il a en revanche déterminé qu’il était dangereux de manifester pour garantir ses droits : ainsi, la Pride a été annulée à moins de 24h de son lancement. 

Alors que l’organisation s’était préparée aux fortes chaleurs en mobilisant plus de 50 secouristes, des ambulances, un point médical climatisé et équipé, deux citernes à eau et un brumatiseur couvrant plus de 6 mètres, la préfecture a contraint à reporter l’évènement. Une décision dénoncée par les collectifs, qui pointent « l’impréparation et l’amateurisme de l’État qui ne sait pas gérer une canicule ».

De même, Solidays a été annulé à la dernière minute, une décision qui privera la lutte contre le VIH/sida de trois millions d’euros de financements, soit près de 70 % du budget annuel de Solidarité Sida, alors que l’État ne cesse de réduire et de sous-traiter la prise en charge de la maladie – et du monde associatif en général. 

A Paris, la préfecture a également interdit, sur ordre du ministre de l’intérieur la consommation d’alcool sur la voie publique, dans l’objectif annoncé de protéger nos hôpitaux. Des contraventions pouvant aller jusqu’à 150 euros ont été dressées, ce qui est une mesure purement classiste visant les plus jeunes et les moins aisés alors qu’il était toujours possible de boire de l’alcool dans les bars. 

Enfin, divers plus petits festivals comme le Dubcamp ont été contraints à l’annulation,  mettant en péril la pérennité de ces événements alors que dans le même temps, le gouvernement considère comme une priorité le fait de réprimer les fêtes libres, des espaces de culture gratuite et accessible à toutes et tous. 

Une telle gestion n’est pas sans rappeler celle du COVID-19, où toute autre activité que travailler était interdite, pour préserver les capacités d’accueil du service public hospitalier qui ne sont pas mises à mal par des comportements individuels mais par plusieurs décennies de politiques néolibérales. 

Cette tentative d’inverser les responsabilités et d’individualiser les efforts est une manœuvre grossière du gouvernement qui cherche à faire oublier ses propres responsabilités. 

Et comme pour le COVID-19, passé les discours de peur, aucune mesure sérieuse n’est prise. 

Comme pour la crise sanitaire débutée en 2020, tout a été fait pour jouer sur les peurs et provoquer une sidération collective pour passer cette période. Chaque jour, nous étions assommés de chiffres sur les records de températures, le nombre de morts par noyade, et les différentes interventions policières. Et bien sûr, aucune proposition politique n’était adjointe à ces macabres énumérations par le gouvernement. 

En revanche, aucune donnée officielle sur le nombre de mort.e.s liés à cette canicule et sur les conséquences des choix politiques faits par les gouvernements successifs. 

Les débats ont été prismés autour de sujets tels que « Pour ou contre la climatisation », et non autour de la nécessaire hausse de budget pour les services publics, hospitalier ou scolaire, sur l’adaptation du temps de travail ou sur les mesures d’isolation thermique des bâtiments. Comble du cynisme, après une semaine de forte chaleur, le premier ministre annonçait une coupe drastique du dispositif MaPrim’rénov…mais un allongement de la période des soldes. Alors que la ministre en charge de l’écologie n’a pas brillé par sa présence, on se demande à quoi servent les fameuses « cellules de crise canicule ». 

Pire encore, comme lors de la crise sanitaire, la question des inégalités et de classe sociale ont été balayées, notamment dans certains médias privés où des commentateurs ont été jusqu’à soutenir que « tout le monde est logé à la même enseigne » face à ces canicules, de Bernard Arnault aux plus précaires. 

C’est évidemment faux : les dérèglements climatiques touchent de manière la plus forte les publics les plus précaires, celles et ceux qui sont privé.e.s de logement ou qui résident dans des passoires thermiques, les personnes malades qui ne bénéficient pas de prise en charge suffisantes, les travailleur.euse.s précaires, les étudiant.e.s, les personnes âgées. 

Et alors que le pire reste à venir, les ministres continuent de faire les autruches en attendant les prochaines vagues de chaleur où ils nous recommanderont de boire de l’eau et de fermer les volets pendant que leur inaction climatique nous condamne. 

Notre service ferroviaire de transports en est un exemple criant : après des années de sous-financement et d’ouverture à la concurrence, force est de constater que les infrastructures ne sont pas en capacité d’enrayer les difficultés liées aux fortes chaleurs. 

De nombreux wagons sont en surchauffe, mettant en danger les passager.ère.s les plus fragiles, des trains affichent des retards de plusieurs heures, voire sont annulés partout en France : cette semaine, un quart des Intercités a été annulé, des TGV l’ont également été. 

Les alertes avaient été faites par de nombreux syndicalistes cheminots, et restées sans suite politique. Et que fait le Ministre des Transports ? Il se contente de petites déclarations, et n’annonce bien évidemment aucun moyen supplémentaire ou de stratégie d’ampleur pour adapter notre réseau à cette nouvelle réalité. 

J’adresse une pensée à toutes celles et tous ceux qui ont tenu à bout de bras les services publics, qui ont subi ces conditions de travail infernales, qui ont accompagné les personnes les plus vulnérables. 

Alors que s’ouvre une nouvelle vague de chaleur dans un contexte d’incurie gouvernementale, j’en appelle à des mesures urgentes et à l’auto-défense climatique pour faire face, dans les prochains mois, aux températures démentielles qui nous attendent et nous mettent collectivement en danger. 

Face aux canicules, le sujet n’est plus à l’alerte ou au constat, mais à l’action. Nombre de pays déploient des politiques d’adaptation qui sont certes insuffisantes et imparfaites, mais qui ont au moins le mérite de répondre à l’urgence immédiate. 

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