À Évian, le G7 gère les « affaires du monde » bien à l’écart du peuple

16 Juin 2026

Ils se réunissent, se congratulent, publient des communiqués soigneusement rédigés et posent pour la photo de famille. Comme chaque année depuis 1975, les dirigeants du G7 se retrouvent pour parler au nom du reste du monde.

Une fois encore, la rencontre qui se déroule depuis lundi 15 juin, ressemble davantage à la réunion d’un club de privilégiés qu’à une véritable réponse aux défis auxquels sont confrontés les peuples et la planète.

D’un côté, des millions de personnes qui peinent à vivre de leur travail, des services publics asphyxiés, une jeunesse inquiète pour son avenir et une planète qui se réchauffe à un rythme alarmant. De l’autre, un sommet où l’on disserte sur les crises sans jamais remettre en cause les règles qui les produisent et qui nous conduisent dans le mur. Le capitalisme peut dormir tranquille, ou plutôt continuer à prospérer en toute sérénité. En dix ans, les 1 % les plus riches ont capté près de la moitié des nouvelles richesses créées dans le monde.

Depuis des décennies, les pays du G7 défendent le même modèle économique : celui de la dérégulation financière, de la mise en concurrence généralisée et de la primauté des marchés sur les choix démocratiques. Un modèle dans lequel les dividendes progressent plus vite que les salaires, où les multinationales accumulent des richesses sans précédent tandis que les peuples sont invités à se serrer la ceinture. Quant à l’évasion fiscale, contre laquelle Emmanuel Macron promettait de lutter, elle est passée de 427 milliards de dollars en 2020 à 492 milliards en 2024, au niveau international. Ce dernier G7 de Macron marquera donc un échec présidentiel. 

D’une manière générale, comment accepter que sept puissances économiques prétendent décider de l’avenir de la planète alors que des milliards d’êtres humains n’ont aucune voix dans ces discussions ? Le décalage est immense entre les discours sur la démocratie et cette gouvernance mondiale réservée à quelques-uns. Le G7 incarne aujourd’hui un ordre international à bout de souffle, fondé sur la domination économique, la concurrence permanente et la loi du plus fort.

Pendant que les chefs d’État débattent dans le confort des palaces, les travailleurs et les travailleuses subissent l’inflation, la précarité et la remise en cause de leurs droits sociaux. Pendant qu’ils promettent de lutter contre le dérèglement climatique, les multinationales continuent d’engranger des profits records grâce à l’accaparement des terres, l’exploitation des ressources naturelles et des êtres humains. Pendant qu’ils évoquent la paix et la stabilité, les dépenses militaires atteignent des niveaux historiques, dont plus de la moitié sont le fait des pays du G7. Trump, fervent amateur de MMA, sport symbole de virilité et de loi du plus fort, peut fanfaronner avec son accord de paix en Iran, sa guerre conjointe avec Israël aura plonger l’énergie mondiale dans le rouge et aura tué des milliers de victimes civiles iraniennes et libanaises. 

Le G7 n’est pas un espace de coopération entre les peuples. Il est devenu le symbole d’un système économique qui concentre les richesses, organise la concurrence entre les salariés et place les intérêts financiers au-dessus des besoins humains. Les mêmes recettes sont appliquées depuis des décennies : dérégulation, libre-échange sans garanties sociales ni environnementales, compétition entre les territoires, guerre commerciale. Les résultats sont sous nos yeux : explosion des inégalités, aggravation de la crise écologique et montée de la défiance démocratique et du néofascisme. 

Pourtant, une autre voie est possible. Celle de la coopération internationale plutôt que de la domination. Celle du partenariat avec les pays du Sud global plutôt que de leur mise sous dépendance. Celle de l’annulation des dettes illégitimes, du partage des richesses et de la justice fiscale. Celle de l’investissement massif dans les services publics, l’emploi et la transition écologique plutôt que dans la spéculation financière.

Les peuples n’ont pas besoin d’un directoire des grandes puissances. Ils ont besoin d’institutions internationales démocratiques, capables de faire primer l’intérêt général sur les logiques de profit. C’est cette exigence que continueront de porter les mobilisations citoyennes, syndicales et associatives à travers l’organisation d’un contre-G7, malgré la répression par les forces de l’ordre dont ils ont été victimes le week-end dernier à Genève. 

À Évian comme ailleurs, l’avenir ne peut être confisqué par quelques dirigeants. Il appartient aux peuples de construire un monde fondé sur la coopération, la justice sociale et fiscale, la paix et la souveraineté des nations.

Les travailleurs, les syndicats, les associations et les citoyens engagés savent qu’ils n’ont rien à attendre des promesses des puissants. Les avancées sociales, démocratiques et environnementales n’ont jamais été accordées spontanément. Elles ont toujours été conquises par les luttes collectives. À Évian, la jet set du G7 défendra sa vision du monde. À nous de construire la nôtre.

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