Accusations et mensonges d’État

22 Oct 2026

Quand un gouvernement ne sait plus répondre à la colère sociale, il cherche des coupables. Quand il ne peut plus justifier sa politique, il fabrique un récit alternatif. Et quand ce récit ne suffit plus, il tente de faire passer ses adversaires pour les responsables de ses propres échecs.

En cet automne 2026, nous y sommes.

Empêtré dans sa réponse policière disproportionnée face à la mobilisation des jeunes le gouvernement semble désormais n’avoir qu’une obsession : rejeter la faute sur les autres. Et, dans le rôle du coupable idéal, il a désigné La France insoumise et Jean-Luc Mélenchon particulièrement.

Mais les révélations de Mediapart viennent mettre à mal ce scénario gouvernemental. Selon ce média, des consignes auraient été données aux renseignements territoriaux pour imputer aux Insoumis la responsabilité des dégradations et des pillages qui ont eu lieu dans plusieurs villes le 17 octobre dernier. Plus grave, le ministre de l’Intérieur aurait sollicité ses services pour obtenir des informations susceptibles d’alimenter ce récit politique, quitte à en déformer la réalité.

Si ces faits sont confirmés, nous ne sommes plus face à une simple opération de communication : nous sommes face à un scandale d’Etat, une tentative de manipulation de l’information publique au plus haut sommet, une dérive inquiétante de plus vers un Etat autoritaire et illibéral. 

Quand l’État en vient à instrumentaliser ses propres services pour construire un récit à charge contre ses opposants, il attaque la confiance démocratique. Les renseignements territoriaux ne sont pas au service d’un parti, d’un ministre ou d’une stratégie électorale, et n’incarne pas la cellule de communication du gouvernement. 

Face aux questionnements légitimes, le gouvernement  préfère accuser ses adversaires de mentir. Voilà donc un pouvoir qui prétend défendre l’ordre républicain, mais le bafoue ici éhontément. 

Alors que la répression policière, pénale, judiciaire et administrative franchit un nouveau cap, alors que la colère de la jeunesse exprime un profond malaise social, il faudrait écouter, dialoguer, comprendre et apporter des réponses, qui ne peuvent être que politiques, pour apaiser la situation. Il faudrait prendre au sérieux les inquiétudes des lycéens et des lycéennes, leur sentiment d’abandon et leur refus d’un avenir sans perspectives. Mais le gouvernement préfère souffler sur les braises et cherche à discréditer le peuple qui se soulève. 

Plutôt que de s’interroger sur ses causes et d’assumer le bilan de dix années de macronisme, il désigne des ennemis et des boucs-émissaires en organisant une diversion pour mieux reprendre la main en imposant l’ordre et la sécurité tout en étouffant les colères sociales et les revendications légitimes. 

Cette stratégie, l’extrême droite la déploie depuis des années : désigner la gauche comme responsable de tous les maux, caricaturer les oppositions, attiser les peurs et détourner le débat des véritables causes des crises. Aujourd’hui, la macronie lui emboîte le pas, jusqu’à reprendre cette vieille mécanique politique : faire de la gauche l’ennemie intérieure, responsable de tous les maux. 

Derrière ces caricatures se cache une volonté bien réelle : empêcher que le débat public porte sur les véritables responsabilités politiques, les inégalités sociales et les choix économiques qui nourrissent la colère. Surtout, il veut marginaliser la gauche en la diabolisant, en favorisant la fracture pour l’empêcher de s’unir, et veut rendre impossible le fait qu’elle puisse gagner en l’isolant. Il ne faut pas tomber dans le piège : hier c’était les communistes, les écologistes assimilés aux terroristes, aujourd’hui les insoumis et demain ca sera les socialistes modérés. 

Pendant 10 ans, Macron a nourri un système économique qui concentre les richesses, fragilise les travailleurs et travailleuses, abandonne des territoires entiers et demande toujours davantage à celles et ceux qui ont déjà le moins. Il a mené des politiques libérales qui prétendent qu’il n’existe aucune alternative, sinon toujours plus d’austérité et de précarité. Le gouvernement refuse de regarder la réalité en face, avec des fins de mois impossibles, des services publics qui s’effondrent, des inégalités qui se creusent et des horizons qui se ferment.

On ne fera jamais taire une colère sociale à coups de matraque et de mensonges. Et l’on nerestaurera jamais l’autorité de l’État en abîmant la confiance dans ses institutions.

Il appartient au gouvernement de cesser d’esquiver la vérité et d’ignorer les causes profondes de la crise, au risque d’aggraver ce qu’il prétend combattre. 

La jeunesse mérite mieux que d’être traitée comme une menace. 

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