L’État vide ses stocks pour répondre à une injonction de Donald Trump. 

9 Oct 2026

Une réunion du G7 aura suffi pour mettre sous pression tous les États dont la France qui obéit assez sagement. 

En effet, face à l’envolée des prix mondiaux du carburant, l’administration américaine a posé un ultimatum à la France et à l’Allemagne : puiser dans leurs réserves d’urgence de gazole sous peine de subir un embargo sur le diesel américain, dont l’Europe est très dépendante pour faire baisser le cours mondial…et donc faire baisser les prix à la pompe aux États-Unis. 

Ainsi, mercredi 7 octobre, Sébastien Lecornu a annoncé la mise à disposition de 10 millions de barils de pétrole issus des stocks stratégiques français pour les trois prochains mois (la consommation française de diesel sur trois mois s’élevant par ailleurs à 54 millions de barils), avec la promesse d’une baisse de 12 à 18 centimes d’euros par litre à la pompe. 

La promesse est d’apporter un peu d’air aux automobilistes, aux travailleurs, aux agriculteurs, aux artisans et à toutes celles et ceux qui n’ont pas d’autre choix que de prendre leur véhicule pour vivre et travailler.

Surtout cela pose une question politique fondamentale : pourquoi faut-il puiser dans les réserves de la Nation pour tenter de contenir les prix, alors que les grandes compagnies pétrolières continuent d’accumuler des profits gigantesques ?

Les stocks stratégiques de pétrole n’ont pas été constitués pour servir de variable d’ajustement aux marchés. Ils sont une précaution contre les pénuries : guerre, embargo, accident industriel majeur, rupture d’approvisionnement ou blocage d’une route maritime. Dans une économie aussi dépendante du pétrole, ces réserves sont une garantie de continuité pour les transports, l’agriculture, l’industrie, les hôpitaux et les services essentiels.

Alors sommes-nous réellement dans une situation de crise qui justifie de les utiliser ?

La question mérite d’être posée. Car une réserve que l’on consomme doit ensuite être reconstituée. Le gouvernement annonce une opération étalée sur trois mois et affirme que le niveau des stocks restera suffisant pour préserver la sécurité d’approvisionnement. Mais la ministre de l’Énergie précise qu’il faudra ensuite reconstituer les réserves, responsabilité des opérateurs pétroliers, qui subiront donc les coûts d’achats – malgré une instabilité forte des marchés.

Nous vivons dans un monde où les crises se succèdent. Guerre au Moyen-Orient, guerre en Ukraine, tensions commerciales, routes maritimes fragilisées : qui peut garantir que nous n’aurons pas besoin demain de ce que nous déstockons aujourd’hui ? Et donc à quel prix pourrons-nous reconstituer ces stocks ?

Le prix à la pompe ne fait pas débat : les citoyens sont concernés chaque jour et contraints parfois de faire des choix pour leurs trajets. Mais pendant ce temps, au premier semestre 2026, TotalEnergies a réalisé 11,2 milliards de dollars de bénéfice net, soit une hausse de 72 % sur un an. Dans le même temps, elle a annoncé une nouvelle hausse de la rémunération de ses actionnaires.

De plus, les annonces de Lecornu n’engagent que celui qui les émet: le gouvernement ne maîtrise pas le prix affiché dans chaque station-service. Il n’a pas de pouvoir coercitif et ne pourra contraindre les distributeurs concernant cette promesse de baisse de « 12 à 18 centimes » qu’il sort de son chapeau. La DGCCRF qui sera chargée des contrôles ne pourra que constater et non sanctionner.

Et c’est bien le problème depuis des années : quand les cours du pétrole montent, les prix à la pompe s’envolent immédiatement. Quand ils baissent, l’effet pour le consommateur est souvent beaucoup plus lent.Pour les citoyens, la facture est immédiate. Pour les grands groupes pétroliers, les profits le sont aussi.

D’un côté, on demande aux citoyens de supporter les conséquences des crises internationales. De l’autre, une entreprise stratégique comme TotalEnergies transforme ces mêmes crises en opportunités économiques. 

Et pendant que les actionnaires se portent bien, les salariés, eux, se battent. Ce 8 octobre, les travailleurs de TotalEnergies et de ses filiales détenues à 100 % étaient appelés à la grève. À Donges, les salariés dénoncent les sous-effectifs et l’allongement des journées de travail. La CGT alerte notamment sur des journées pouvant atteindre douze, voire seize heures consécutives, ainsi que sur les conséquences possibles pour la sécurité et la maintenance d’un site industriel classé Seveso seuil haut.

Ce n’est pas un détail.

Dans une raffinerie, la sécurité ne peut pas être une variable d’ajustement. On ne peut pas demander toujours plus aux travailleurs tout en exigeant toujours plus de rentabilité. On ne peut pas parler de souveraineté énergétique sans parler de celles et ceux qui font tourner les raffineries, les dépôts et les stations-service.

Il y a quelque chose de profondément contradictoire dans notre politique énergétique.

Quand les prix flambent, on demande à l’État de sortir son chéquier ou ses réserves. Quand les profits flambent, on nous explique qu’il ne faut surtout pas toucher au marché.

Quand les salariés réclament des augmentations de salaire, on nous parle de compétitivité. Quand les actionnaires se voient verser des dividendes conséquents, on nous parle de liberté du commerce. 

Cette logique doit cesser ! 

L’énergie n’est pas une marchandise comme les autres. Le carburant, le raffinage, les stocks stratégiques, les infrastructures et l’approvisionnement du pays relèvent de l’intérêt général.

Nous devons donc poser la question du contrôle public de ce secteur stratégique.

Il est plus que temps de mettre sur la table la nationalisation de TotalEnergie avec Engie aux côtés d’Edf pour fonder le Groupe Energie de France. 

Nous avons mis également sur la table, au groupe CRCE-K, une proposition de loi visant à bloquer les prix du gaz et des carburants et à encadrer les marges en période de crise ! Nous pouvons agir immédiatement et concrètement. 

L’objectif est de remettre l’énergie, l’emploi, l’investissement et la sécurité d’approvisionnement au service de l’intérêt général plutôt qu’au seul rendement du capital.

La baisse du prix à la pompe est nécessaire. Mais elle ne peut pas être une rustine – si tant est qu’elle se réalise. 

L’annonce en trompe-l’œil du premier ministre, exsangue par un bilan macroniste dévastateur et une fin de mandat à bout de souffle, ne contentera en rien nos revendications et celles des travailleurs : nationalisations maintenant TotalEnergies, réaffirmons le choix d’un contrôle démocratique sur notre énergie.

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