MERCOSUR : c’est encore et toujours non !

6 Jan 2026

Le projet de traité de libre-échange avec les pays du MERCOSUR, vieux de 30 ans, est au cœur de toutes les attentions, en ce début d’année 2026. 

Depuis plusieurs mois, la Commission Européenne pèse de tout son poids pour obtenir la ratification de ce texte d’un autre temps, symbole d’un capitalisme mondialisé qui nuit gravement à l’ensemble du vivant. 

Son principe pousse à la spécialisation et à l’intensification des productions, au détriment des écosystèmes, et enferme les pays d’Amérique du Sud dans des modèles productivistes néfastes. En outre, il contribue à l’explosion des émissions de gaz à effets de serre par l’augmentation des flux de marchandises, dont nombre d’entre elles sont extrêmement polluantes.

Il est le symbole de l’hypocrisie européenne, qui fait mine de se préoccuper de la lutte contre les dérèglements climatiques en interdisant ici des pratiques nocives pour la santé, mais en les promouvant Outre-Atlantique. 

Il est devenu un miroir grossissant de la crise que traverse le monde agricole européen, français notamment, en proie à de grandes inégalités dont pâtissent en premier lieu les agriculteur.trice.s et éleveur.euse.s les plus précaires : leurs conditions de travail déjà particulièrement difficiles se dégradent de manière exponentielle à l’aune d’une concurrence déloyale effrénée.  

En bref, ce traité nuit aux travailleur.euse.s agricoles, aux consommateur.trice.s et aux écosystèmes de part et d’autre de l’Atlantique en empêchant l’avènement d’un nouveau modèle agricole que nous appelons de nos vœux.

Mais la Commission Européenne n’en a que faire, et espérait signer cet accord dès le mois de décembre : et pour cause, cet organe anti-démocratique n’a de compte à rendre qu’aux multinationales. 

Son seul objectif est la promotion de la sacro-sainte politique commerciale, qui s’est déjà rendue coupable d’avoir accéléré le processus de désindustrialisation en France, la grande braderie de nos fleurons nationaux à des grands groupes voraces, et la fuite des savoir-faire et des compétences. 

L’histoire ne doit pas se répéter !

En décembre 2025, le projet de signature du traité a été interrompu par le refus de la France et de l’Italie. Mais, le tour de passe-passe n’a pas duré bien longtemps puisque le lundi 5 janvier, le gouvernement de Georgia Meloni a annoncé son revirement, signe une fois de plus qu’aucun gage social ne peut être accordé à l’extrême droite. 

Après cette défection, la France ne semble plus être en mesure de former une minorité de blocage.

Le stop mis par la France à cette ratification n’était que de la poudre aux yeux pour gagner du temps, et avait pour simple objectif de calmer les tensions alors que la crise agricole battait son plein. 

Car en réalité, le gouvernement d’Emmanuel Macron n’a jamais cherché à faire annuler ce traité en construisant une minorité de blocage à l’échelle européenne. Les discours ont varié, passant d’une opposition frontale à une volonté de reprise en main du texte. 

Tout ce bal hypocrite n’avait qu’un objectif : tenter de masquer que l’idéologie néolibérale animant la macronie, férue d’un libre échange débridé et d’une mise en concurrence internationale qui ravissent les profits des multinationales, est en totale adéquation avec le monde proposé par ce traité de libre-échange. 

Se résoudre à accepter ce traité après quelques reprises cosmétiques sans aucune effectivité ne nous fera pas sortir de l’impasse et nous y laisserions des plumes. 

Ce texte, une majorité de français.e.s s’y opposent, et les syndicats agricoles le rejettent unanimement (même s’il faut souligner que cette opposition n’est que de façade pour certains pontes de l’agro-business, qui ont déjà commencé à investir outre-Atlantique tout en faisant mine de construire une mobilisation en France). 

Désormais, les manifestations agricoles ont été anticipées : selon plusieurs arrêtés préfectoraux, les mouvements et convois de tracteurs sont interdits dans la majeure partie du territoire pour tenter de juguler les projets de blocage. 

Pour préparer le terrain, Sebastien Lecornu a d’ailleurs promis un décret pour suspendre l’importation en France de fruits et légumes contenant des résidus de cinq fongicides et herbicides interdits en Europe, qui devra toutefois être validé pour Bruxelles dans un délai de 10 jours. 

Mais qu’est-ce qu’un décret face à la puissance des lobbys agro-alimentaires ? Rien, et les syndicats agricoles ne s’y trompent pas en maintenant leur mobilisation. 

Le premier ministre pense donc qu’en ayant gagné du temps pour anticiper la colère agricole, et en maquillant leurs intentions à coup de décrets, de clauses de sauvegarde ou autre outil juridique technocratique, ils pourront endormir la contestation. Mais ce jeu de dupe ne trompe personne. 

Ne faiblissons pas ! 

Face à un pouvoir aux abois qui voudrait nous faire croire qu’aucune alternative existe, il y a toujours un autre chemin : celui d’un virage agro-industriel, de la reconquête de notre souveraineté alimentaire et d’un modèle qui respecte l’ensemble des agriculteur.trice.s et éleveur.euse.s. 

La France doit peser de tout son poids pour empêcher la ratification : mais pour cela, aucun chèque en blanc ne doit être accordé au gouvernement, qu’il faudra contraindre à respecter la volonté populaire par une mobilisation massive.

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