La colère lycéenne n’est pas un débordement. C’est un cri de dignité pour l’égalité républicaine. Plutôt que d’entendre et d’écouter, le gouvernement veut faire taire la jeunesse, comme il veut étouffer toute contestation sociale, des gilets jaunes aux mobilisations sur les retraites. Le gouvernement a envoyé les CRS devant les lycées, les grenades lacrymogènes dans les cours de récréation, les nasses autour des portails, les matraques sur des adolescents de 15 ou 16 ans. Il a transformé les établissements scolaires en zones de tension permanente, les cortèges lycéens en cibles prioritaires de provocations et de violences policières. À chaque poubelle qui brûle, il en appelle au retour à l’ordre.
Mais de quel ordre parle-t-il ? Celui qui condamne des générations entières à la sélection sociale dès le lycée, à Parcoursup qui trie, qui classe, qui exclut ? Celui qui sous-finance l’éducation nationale jusqu’à l’os, qui ferme des classes, qui supprime des postes, qui laisse des enseignants épuisés face à des effectifs impossibles ou des élèves sans professeurs ? De celui qui ne remplace pas le carreau cassé, dans des salles de classe délabrées ? Celui qui ne permet pas à des milliers d’élèves de pouvoir se restaurer le midi car le planning est surchargé ? Celui qui promet l’égalité républicaine le matin et envoie la police le soir quand les lycéens et lycéennes osent dire non ?
La colère lycéenne n’est pas née d’un caprice, ni d’une d’instrumentalisation de LFI ou d’un parti de gauche. Elle est née de l’humiliation de voir son avenir privatisé, son diplôme dévalué, son orientation réduite à un algorithme froid ; des effectifs de personnel manquants ; d’être traité en suspect dès qu’on sort de sa classe pour défendre l’école publique, le droit à l’avenir, la justice sociale ou le climat.
Face à cette colère, la réponse de l’État est toujours la même : la répression. Blocus dispersés à coups de force, élèves interpellés et fichés, parents convoqués, militants harcelés. On criminalise la jeunesse au lieu d’écouter ce qu’elle dit. On préfère les gaz aux discussions, les charges aux négociations, bien relayés par les chiens de garde d’un système médiatique aux ordres. C’est la marque d’un pouvoir qui a peur. Peur d’une génération qui refuse de baisser la tête. Peur d’une jeunesse qui lie déjà la bataille pour l’école à celle contre le capitalisme prédateur qui épuise le vivant et la nature, contre le racisme, contre le dérèglement climatique. Peur d’une jeunesse politisée, combative qui refuse de se laisser dicter son avenir par un gouvernement illégitime à bout de souffle.
Les lycéens ne sont pas des casseurs. Ce sont des citoyens et des citoyennes, des résistants en devenir. Comme leurs aînés, ils sont les héritiers des grandes grèves, des luttes pour le collège unique, pour le baccalauréat pour tous, pour l’école émancipatrice. Ils savent que l’éducation n’est pas une marchandise. Ils savent que leur colère rejoint celle des cheminots, des soignants, des ouvriers, des chômeurs, des retraités que ce pouvoir s’apprête une nouvelle fois à maltraiter avec 54 milliards d’économies. Ils savent que le même système qui les matraque dans la rue est celui qui casse les services publics et enrichit les actionnaires.
La seule réponse digne, c’est d’entendre ce que ces jeunes crient : arrêtez de détruire l’école publique, arrêtez de sélectionner les pauvres, arrêtez de sacrifier l’avenir sur l’autel de l’austérité et du profit. La colère lycéenne est saine. Elle est nécessaire. Elle est porteuse d’espoir. À nous, militants, élus, parents, enseignants, syndicalistes, de la soutenir sans réserve et de protéger nos enfants des coups. De refuser la criminalisation et de rester solidaires avec eux. De transformer ce cri en force collective. Car, si la jeunesse se lève, c’est que le vieux monde tremble. Et c’est tant mieux !





