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Capitalisation : le vrai projet de réforme des retraites

L’idée est un fantasme des libéraux depuis des années, elle était au cœur de la réflexion du projet de réforme des retraites du premier mandat d’Emmanuel Macron. La capitalisation est l’objectif réel du capital dans sa conception des retraites. Il s’agirait non pas de faire jouer la solidarité et de financer une retraite et l’ensemble de la protection sociale à partir des richesses créées. Il s’agit de faire contribuer deux fois les salariés et à enfermer chacun d’entre eux dans une démarche individualiste.


On le sait, les 346 milliards d’euros de cotisation qui échappent au capital chaque année pour remplir les caisses de la Sécurité sociale sont une hantise pour ces derniers. Afin de remettre la main dessus, l’affaiblissement progressif du système par répartition est à l’œuvre depuis trente ans. En désindexant le montant des retraites de l’inflation, en repoussant l’âge légal de départ ou en allongeant la durée de cotisation, en plus de la dégradation faite au monde du travail, par les mesures successives d’exonérations de cotisations sociales patronales autrement appelées charges, le niveau des pensions s’est dégradé. Le montant moyen de celles-ci est en effet trompeur puisqu’il est tiré vers le haut artificiellement par les pensions confortables des plus riches et de leur patrimoine.


C’est au nom de cette même dégradation et des inégalités du système que les pourfendeurs d’un système de retraites juste en appellent à la capitalisation. Faisant preuve d’un cynisme cruel, il faudrait se résoudre à se tourner vers l’épargne. C’est par la loi Pacte de 2019 que le dispositif d’épargne retraite a été généralisé au nom de la liberté d’entreprendre. Jugé pratique, il constitue une opération de démobilisation des salariés en leur faisant passer le message qu’accéder à une retraite à taux plein est impossible. Il faudrait donc se résoudre à « mettre de côté » pour assurer ses « vieux jours ».


Mais ces tartuffes ne sont pas sans savoir que l’épargne est le premier symbole de l’inégalité de revenu. La crise sanitaire, notamment au moment des confinements, a montré qui pouvait se permettre d’épargne : plus de la moitié de ces 170 milliards d’épargne supplémentaire provenait de 10% des ménages. Ces derniers épargnent tellement que même les libéraux disent qu’il y a trop d’argent qui dort dans les comptes ! Par contre, quand on est à la limite en termes de revenus à faire des arbitrages chaque mois voire au jour le jour, l’épargne n’est plus une question. C’est chaque moi la ligne rouge qui est franchie, avec les frais bancaires et les agios.


Par ailleurs, ces produits financiers qu’on veut nous imposer se font avec des taux peu rémunérateurs ou des sommes bloquées, ce qui parait peu attractif et irréaliste quand on est précaire ou qu’un coup du sort nécessite de sortir de l’argent rapidement pour parer à un trou de trésorerie ou à une obligation (panne de voiture, achat d’électroménager) qui nécessite de débloquer de l’argent.


C’est un modèle sans prélèvements qu’on veut nous imposer. C’est un modèle à rebours de la solidarité et de la contribution de chacun selon le niveau de revenus.


On a beau nous vendre la capitalisation comme un modèle chez nos voisins d’Europe du Nord ou pour financer les projets d’avenir, c’est en réalité la finance qui en est la grande gagnante. Non contents d’assécher les caisses de retraite et de richesse socialisées (en exonérant ces dispositifs de cotisations), ce système pousse à l’économie casino. Au nom d’un effort commun (certains diront populaire voire patriotique), on financerait collectivement la folie spéculative des boursiers pour des placements hasardeux. Pire, on nous fait croire qu’on financerait directement notre propre retraite par ce biais…Comme si le système fonctionnait ainsi….Il faudrait au contraire revenir sur les exonérations de cotisations qui n’ont pas amélioré la situation des salariés ou sur un niveau garanti de retraites.


On n’omettra pas de rappeler que les réformes tant souhaitées ont contribué à paupériser les salariés et les retraités partout où elles ont été menées, Europe du Nord comprise. Dans une économie financiarisée, on n’oubliera pas de rappeler également les scandales récurrents où les krachs financiers ont fait perdre des années de placement à des millions de salariés en les rendant dépendants de logiques spéculatives et par définition incertaines (fonds vautour aux Etats-Unis, placement sur le logement en Chine).


En termes économiques, éthiques même, financer un système où la richesse socialisée bénéficie à tout le monde reste un modèle autrement plus vertueux.




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