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Casse du service public « comme une lettre à la Poste »

Il est des pratiques du quotidien qui sont des symboles de notre pays. Certains disparaissent avec le temps et les évolutions technologiques. C’est le cas des cabines téléphoniques qui ont été retirées de nos espaces publics, remplacées progressivement par le téléphone portable, comme le Minitel et le fax l’ont été par Internet… Après tout ce serait la logique : les usages changent et les objets sont remplacés par d’autres.


Avec la suppression du timbre rouge depuis le 1er janvier 2023, c’est la remise en causse de l’accès égal pour l’envoi de courrier sur tout le territoire national, avec les mêmes conditions d’acheminement pour assurer le dépôt de courrier à J+1. En réalité la Poste, par de multiples restructurations et baisse d’effectifs, en réduisant drastiquement le nombre de ces centres de tri ou en modifiant les tournées des facteurs n’est plus en capacité de livrer le courrier à J+1. Le timbre rouge est remplacé par le timbre vert, qui passera son délai de livraison de J+2 à J+3. Pire, les lettres recommandées passent de J+2 à J+3 et verront leur prix augmenter de 28 centimes.


Pire, cette suppression s’accompagne d’une « expérimentation », Cheval de Troie d’une nouvelle étape qui consiste à réduire les tournées dans 68 communes où les facteurs ne passeraient plus dans les 2 ou 3 jours. On connaît déjà le résultat : ce sera un succès qui sera amené à être généralisé, preuve que les pratiques de nos concitoyen·ne·s auraient évolué.


Même si la Poste fait face à une diminution de l’acheminement du courrier, elle délivre quand même chaque année près de 9 milliards de plis et près de 220 millions de Colissimo (chiffre de 2018). La disparition du timbre rouge sera remplacé par « une e-lettre dématérialisée », car les Français·e·s privilégieraient le numérique et le coût environnemental, selon la Poste. Une aberration d’autant plus que la Poste annonce vouloir aider les personnes en difficulté avec les démarches numériques, ce qui contribuera à allonger la démarche en…deux temps : une chez soi et une au bureau de poste ! Si nous recevons moins de courriers, c’est une démarche beaucoup trop aléatoire quand certaines démarches administratives ou professionnelles nécessitent de recevoir le courrier à un jour donné. Quand sera-t-il des abonnés aux journaux quotidiens ou régionaux, qui pâtissent déjà de nombreux retards au quotidien ? Quand sera-t-il des courriers pour les avocats, les syndicalistes qui défendent des individus ou des groupes dans des plaintes ?

Comment annoncer cela alors que les retards d’acheminement de courrier sont la norme dans de nombreux territoires en raison du sous-effectif et des pratiques managériales de la direction qui usent les travailleurs de ce service public ?

Comment omettre les préconisations de la Défenseure des Droits qui réclamait il y a un mois un arrêt de la numérisation à tout-va de nos démarches administratives qui renforcent les inégalités notamment pour des publics peu familiers des usages numériques ?


Derrière ce discours managérial qui voient davantage des clients que des usagers, c’est bien une nouvelle logique libérale qui accélère la dégradation d’un service public essentiel. Il ne faut pas sous-estimer cette nouvelle régression, d’autant plus que 7% des Français·e·s ne disposent pas d’Internet et que la fracture numérique est importante au point que beaucoup de nos concitoyen·ne·s n’arrivent pas à effectuer de nombreuses démarches en ligne. Si l’envoi de mails a largement pris le dessus sur le courrier papier, cela ne justifie pas de réduire drastiquement la voilure sur l’acheminement postal. Par ailleurs, c’est bien une véritable cure de suppression d’emploi qui se profile et une dégradation des conditions de travail pour les facteurs. Ces derniers, dont le statut est de plus en plus précaire, ont pourtant un rôle historique de liant social et travaillent durement. Elles et ils sont l’honneur de ce service public qui mériterait d’être réévalué.


La Poste, c’est le timbre rouge, symbolisé par Marianne et le bureau de quartier ou du village où on vient envoyer son courrier mais aussi obtenir une information, être aidé. Leur affaiblissement va renforcer les fractures territoriales et sociales.


A chaque nouveauté, on nous promet une amélioration du dispositif. Mais la réalité est quand même claire : combien de bureaux de poste fermés dans les quartiers populaires ou dans nos campagnes où les usagers ne peuvent déjà plus effectuer leurs démarches ? Cela risque même d’alourdir les démarches administratives de nombreux concitoyen·ne·s.


A croire que la direction postale n’a pas compris les nombreux symptômes qui expriment ce sentiment de relégation, comme notamment le mouvement des Gilets jaunes…Nous avons plus que jamais besoin d’un service public postal digne de ce nom, ancré dans les territoires et adapté aux besoins sociaux pour rendre effective l’égalité républicaine.





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