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Chaleurs au Brésil : les hasards du calendrier

Jusqu’à 59 degrés ressentis. C’est la chaleur qui écrase Rio de Janeiro depuis ce week-end du 18 novembre. Le deuxième concert de la chanteuse Taylor Swift a été annulé, suite au décès d’une jeune femme lors de sa première date. Les organisateurs y avaient interdit les bouteilles d’eau, malgré les températures.


Les ouvriers doivent poursuivre le travail. Dans les favelas, sous les toits en tôle, la chaleur se fait plus écrasante encore. Le changement climatique fait déjà des ravages, et ce sont les plus précaires qui les subissent en première ligne, et de plein fouet.


Pendant ce temps, dans l’ouest du pays, un gigantesque incendie a d’ores et déjà calciné des milliers d’hectares du Pantanal, la plus grande zone humide du monde – une écorégion située dans l’ouest du pays et en partie en Bolivie et au Paraguay. Une catastrophe évidente pour la biodiversité et la destruction de larges pans d’un puit de carbone.


Parallèlement, nous apprenons que trois projets de compensation carbone au Brésil sont accusés d’être frauduleux. Concrètement, cela signifie que des entreprises, dont en l’occurrence Air France, vont chercher à compenser leurs émissions – dans le cas d’Air France, 100% de ses vols domestiques – en achetant des crédits-carbone à des projets environnementaux. Or, dans ce cas, les projets effectivement réalisés ne correspondent pas à ce qui a été annoncé, ne réduisent pas la déforestation voire accaparent des terres publiques.


L’idée n’est pas de pointer du doigt le Brésil ; n’importe quel pays ou presque pourrait être dans le même cas, tant en ce qui concerne les chaleurs records que les incendies dévastateurs ou les projets de compensation carbone frauduleux. Simplement, ce hasard du calendrier qui frappe le Brésil montre bien tout le paradoxe dans lequel nous nous trouvons.

Face à ces projets frauduleux, certains prônent de réguler le marché volontaire des crédits-carbone, et espèrent que la prochaine COP servira à mieux le définir et l’encadrer. Mais en régulant ce marché, on reste dans la même logique, celle de l’économie à tout prix, du profit au bénéfice de quelques-uns et au détriment du plus grand nombre. Le changement climatique ne sera jamais une priorité à l’aune de cette logique de profits. Sans compter que les inégalités qui en résultent sont criantes. En cas de pénurie d’eau, par exemple, plus nécessaire encore au Brésil en ce moment, qui aura accès à cette ressource en priorité ? Ceux qui auront les moyens de se la payer. Qui pourra fuir un pays devenu trop chaud ? Ceux qui pourront acheter leur qualité de vie ailleurs.


Mais au bout de cette histoire ultralibérale, nous serons tous perdants, y compris les plus riches. Plus le temps passe, plus nous risquons l’emballement des effets et les aggravations dramatiques. Dans ce tout-marché, cette course effrénée au profit, alors qu’il suffit à une entreprise de déclarer compenser ses émissions pour se racheter une image plus vertueuse, alors que même les quotas d’émissions de gaz à effets de serre sont devenus lucratifs, comment espérer que l’intérêt général puisse primer ? Comment envisager de respecter le vivant ?


On ne le dira jamais assez : il est urgent de tout mettre en œuvre pour enrayer au maximum le changement climatique et le déclin de la biodiversité. Pour ce faire, nos modes de production et de consommation doivent être entièrement repensés, et l’intérêt général doit primer sur les intérêts particuliers.

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