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Changement climatique : la responsabilité des 1% les plus riches

Le ratio est parlant : les 1% les plus riches émettent à eux seuls autant de gaz à effets de serre que les 66% les plus pauvres, selon Oxfam. Les ultrariches, cette minorité qui rythme l’économie de la planète entière, sont donc de très loin les plus gros pollueurs. Certes, on peut interroger les modes de calcul, affiner par pays, car on sait qu’il existe là aussi des disparités énormes. Cependant, cette annonce volontairement choc – à juste raison — nous invite également à réfléchir plus loin.


Car ces 1% les plus riches, dont les grands groupes sont parfois plus puissants que les Etats, sont aussi celles et ceux qui ont tout intérêt à entretenir le système économique et financier mondial. Ils sont celles et ceux qui ont intérêts à continuer à engranger un maximum de profits, sur la base d’un système délétère qui consiste à produire toujours plus et à consommer à outrance. Un système qui consiste à implanter, non pas nécessairement la consommation en elle-même, mais l’aspiration à consommer.


En Occident, nous vivons dans un monde de sollicitations permanentes, qui nous laissent penser qu’il faut avoir, accumuler tout en changeant sans cesse nos possessions. Tout est fait pour que nous soyons des consommateurs. Pour que nous pensions qu’une vie réussie rime avec l’accumulation d’argent et de biens. Tout est précipité vers cet objectif, jusqu’au déclin de nos services publics peu à peu asséchés de leurs moyens et privatisés car ils doivent devenir rentables. Pendant que d’autres peuples vivent dans la misère. Mais il est utile d’entretenir l’idée qu’il y a toujours pire ailleurs. L’aliénation et l’injonction peuvent prendre de nombreux visages.


Bien évidemment, les responsabilités sont partagées. Mais que dire de la responsabilité de ces 1% ? Car ils sont à la fois les gardiens de ce système capitaliste et son produit. Ils sont sans doute, eux aussi, pris dans l’engrenage de ce système, mais ils l’entretiennent soigneusement et le protègent, tout simplement parce qu’il leur permet de vivre au-dessus du reste de l’humanité. Ce sont eux qui structurent les chaînes de production et de consommation. Ce sont eux qui ont tout intérêt à maintenir nos modes de production et de consommation : fast fashion, produits qui parcourent la planète grâce aux traités de libre échange, renouvellement permanent et obsolescence programmée, culte de l’immédiateté ; il faut se faire livrer, à domicile, tout et n’importe quoi au moment où l’on y pense – on n’a même plus le temps d’avoir vraiment envie de quelque chose.


Et, comble de la mauvaise foi, les multinationales communiquent à présent sur leur prétendue « sobriété », sur leur engagement en faveur de la planète, sans pour autant changer quoi que ce soit à ce cercle vicieux qui détruit l’environnement. Il est vrai que la sobriété est devenue populaire : les gouvernements aussi s’y sont mis, mais c’est au peuple que s’adresse le message, qui signifie d’ailleurs, comble de l’injonction paradoxale : consommez pour faire tourner l’économie, mais soyez sobre pour la planète ! L’abondance est finie, mais nous ne sommes pas des Amish ! En somme, si sobriété il y a, elle sera pour les plus précaires, quand ce serait au 1% de se l’appliquer en premier lieu.


Les 1% les plus riches émettent certes autant de GES que les 66% les plus pauvres, mais ils sont aussi comptables, en grande partie, des émissions du reste de l’humanité, en ce sens qu’ils participent activement et volontairement à la surproduction et la surconsommation, et donc à aggraver le changement climatique et le déclin de la biodiversité. Il faut donc certes prendre en compte leurs émissions directes, en tant qu’individus, mais il ne faut pas oublier ce qu’ils contribuent à causer indirectement, en tant que membres de cette « élite », gardiens de ce système qui dicte au monde ses modes de vie. Finalement, si le ratio est parlant, il ne recouvre pourtant pas l’étendue du problème.


Les réponses au changement climatique en termes de politiques publiques ne peuvent plus pénaliser les plus précaires : elles doivent s’attaquer aux racines du mal et contraindre les grands groupes à produire autrement. Les actions individuelles comptent, particulièrement pour les gros émetteurs, mais elles ne suffisent pas. C’est ce système capitaliste qui est la source du changement climatique et de l’inaction face à cet enjeu vital. Ce n’est pas une bataille facile à amorcer : pour un pays qui prendrait cette voie, les obstacles – d’autres états, financiers, des grands groupes etc. – seraient presque insurmontables. Mais sans courage politique et sans véritable changement de nos modes de production et de consommation, dans l’intérêt du plus grand nombre et de la planète, nous ne nous sauverons pas.

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