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Commémoration du Débarquement : souvenir et responsabilité

En ce jeudi 6 juin, nous commémorons le lancement de l’opération Neptune, date du débarquement allié en Normandie qui amplifie le front de guerre occidental contre les forces de l’Axe.


Cette bataille accélèrera la défaite nazie en Europe et constituera le début de la Libération de la France. Cette commémoration des 80 ans nous oblige au souvenir pour les milliers de soldats et de civils, résistants disparus pour défaire l’Occupant nazi et ses alliés. Que les disparus soient honorés est évidemment nécessaire car nous leur devons notre liberté.


Ce 80e anniversaire a cette particularité qu’il ne reste plus que quelques témoins vivants de cette journée comme pour le reste des commémorations de la Seconde guerre mondiale.


Cet événement s’inscrit dans un contexte international tendu. D’abord célébration militaire, la commémoration du Débarquement est devenue célébration de la paix et de réconciliation dans les années 1990. Le général de Gaulle et les communistes refusaient de commémorer cette bataille sans évoquer la résistance intérieure ainsi que l’ensemble des batailles décisives, notamment celles du front de l’Est où le sacrifice de l’Armée rouge a été décisive dans la défaite nazie.


Cette journée du « D-DAY », imprégnée d’héroïsme hollywoodien, ne peut être délié des actualités terribles qui nous préoccupent.


La guerre touche un tiers de l’humanité et la course à l’armement prend des proportions inédites. Les dépenses militaires atteignent 2440 milliards de dollars en 2023 soit 7% d’augmentation en un an. Cette hausse impacte l’ensemble des régions du monde.


On pense évidemment à l’Ukraine et au Proche-Orient qui portent en eux les germes d’un conflagration régionale voire mondiale. L’est asiatique contient des braises suffisantes autour de Taïwan et de la péninsule coréenne.


D’autres théâtres de guerre pourraient prendre des proportions plus importantes en raison de conflictualités diverses comme l’accès aux ressources énergétiques, les impacts du dérèglement climatique.


La montée des nationalismes et autres fondamentalismes religieux constituent de sérieuses menaces pour justifier et alimenter les politiques bellicistes. Pour préparer une menace d’un voisin ou d’un Etat jugé rival, les grandes puissances et autres pays émergents sont les principaux moteurs de ces augmentations de budget militaire. Parmi eux, certains ont basculé en économie de guerre avec plus de 50% de leurs budgets nationaux consacrés à l’effort de guerre.


La guerre redevient un objet de règlement des divergences internationales affaiblissant de ce fait le droit international. Les montées des impérialismes alimente les confrontations quand le risque nucléaire n’est plus une impossible.


Cette commémoration ne sera pas placée sous le signe de l’apaisement et de la réconciliation mais risque de marquer une rupture. La Russie n’étant pas invitée, son président étant de toute manière sous le coup d’un mandat d’arrêt international de la CPI pour crimes de guerre, c’est l’idée d’un bloc occidental uni qui sera valorisé dès demain. Russie, Chine et en face pays occidentaux se retrouvent pour définir avec leurs termes respectifs un affrontement civilisationnel, alimentant l’idée d’un choc des civilisations.


L’envoi d’instructeurs militaires français en Ukraine marque une nouvelle étape d’une implication globale. La France se positionne en pointe avancée d’un discours d’affrontement généralisé. Cela résonne avec son incapacité à prendre des initiatives sur le sujet israélo-palestinien pour ne pas froisser une armée d’occupation.


Comble de cynisme, le Président de la République va également vanter la continuité entre l’héritage de la Libération, imprégné de progrès social et d’esprit de responsabilité pour empêcher l’horreur d’une nouvelle guerre, et sa politique brutale.


Il nous appartient de refuser ce parallèle tant celui qui accueille tant de ministres sarkozystes poursuit l’œuvre des vainqueurs de 2007 : défaire méthodiquement l’œuvre du Conseil national de la Résistance.


A l’heure où l’extrême droite progresse dans une normalité affligeante,  l’utilisation à des fins de communication de commémorations n’est pas à la hauteur des enjeux.


La mémoire doit être entretenue non pas pour seulement rappeler le sacrifice d’une génération mais pour politiser l’enjeu de la paix. Après la disparition naturelle des derniers combattants, ce sont les monuments en bord de mer qui risquent de disparaître avec l’érosion et la montée du niveau de la mer. C’est le symbole d’une mer qui monte, effet direct du dérèglement climatique, et alors que la Manche devient un nouveau cimetière humain de celles et ceux qui fuient les conséquences d’un monde désordonné à la recherche d’un espoir et de la liberté.

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1 Comment


C'est triste de constater que les commémorations ne servent qu' à commémorer les dirigeants du jour ... qui n'ont ni mérite ni justification pour les faire. Une récupération honteuse de LREM qui dénature l'évènement à son profit !

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