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DISCOURS VŒUX - MARDI 23 JANVIER 2024

Mes chers camarades, amis,

Permettez-moi de saluer les nombreux représentants d’Ambassade, maires, parlementaires, élus divers, responsables d’organisations, prestataires et partenaires.

Je vous souhaite, avec l’ensemble de mon directoire et au nom du Conseil de surveillance, en ouverture de cette cérémonie de vœux une belle et heureuse année 2024. Sans sombrer dans un individualisme qui gangrène notre société, il faut parfois penser à soi. Prenez soin de vous, de vos proches, prenez des moments de détente, de bonheur car ils sont précieux dans une vie agitée. Je parle ici aux nombreux militantes et militants, nous prenons beaucoup de temps pour nos combats communs parfois au détriment du nôtre.

Que 2024 soit placée sous le signe de l’égalité entre les femmes et les hommes, de la solidarité, du partage, de l’espoir et des luttes collectives victorieuses.

Car pour y arriver à notre idéal, je ne vois pas d’autres chemins que la lutte et le combat permanent. La tâche sera rude. Il faut dire que les affrontements de classe sont d’une rare violence.

Rien ne nous est épargné car le capitalisme s’enfonce dans une course folle au profit. Il veut dépasser les limites planétaires, environnementales qui, je le rappelle sont irréversibles, mais aussi s’attaquer aux droits sociaux des personnes, des peuples. Seul compte la mécanique de l’argent roi, quitte à user de tous les stratagèmes pour y arriver en mettant en concurrence les peuples par des traités de libre-échange ou par la guerre alors qu’au contraire, nous avons besoin de coopération et de nouvelles solidarités pour répondre aux grands enjeux de notre temps.

Le capitalisme, qui porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage, n’est pas donc pas un avenir enviable, ni désirable, ni envisageable pour les peuples et au contraire, nous réaffirmons plus que jamais que nous avons besoin de mise en commun :

-des savoirs comme en matière de santé et de brevets

-des pouvoirs, trop souvent confisqués par des oligarchies financières et des gouvernements libéraux-autoritaires qui piétinent les parlements ou étouffent voire répriment les contestations populaires, légitimes

- des richesses au moment où une infime minorité n’a jamais concentré autant de milliards entre ses mains

Cette voie, ce chemin, cette perspective alliant intimement le social et l’écologie pour notre part, nous la nommons le communisme du 21e siècle. Nous sommes prêts à y travailler, avec toutes celles et tous ceux qui ne la nomme pas ainsi et lui donne un autre nom, mais ont avec nous ces valeurs de partage, de solidarité et de fraternité humaine chevillées au cœur et à l’esprit.

Chers amis et chers camarades, je parlais à l’instant du combat social et écologique qui sont indissociables car j’ai une conviction. Le réchauffement climatique n’est plus une lubie, ni une vue de l’esprit et il frappera partout et d’abord les classes populaires. Il ne frappera pas uniquement des îles éloignées dans l’océan Pacifique ou des mégafeux au Canada ou en Californie. Il est là, sous nos yeux, dans le Pas-de-Calais récemment et à qui je veux apporter à chaque habitant notre solidarité.

Que se passera-t-il demain ? Les riches qui ont les moyens partiront mais ceux qui n’ont pas les moyens devront rester, toujours sous la menace de pluies de plus en plus fortes et de plus en plus récurrentes. Donc tout doit être fait et mis en place pour stopper ce réchauffement, préserver le vivant et notre biodiversité ; c’est préserver par exemple notre Amazonie française en Guyane qui est menacée par l’exploitation minière. Il nous faut réorienter nos manières de produire, de consommer et de nous déplacer. Prévoir et planifier : voilà le véritable acte de solidarité pour le Pas de Calais et d’autres régions durement touchées…


Chers amis, chers camarades, je veux formuler avec vous un vœu de paix.

Mais je veux d’emblée préciser une chose : je parle de la paix comme d’un véritable projet politique. Et pour bien comprendre cela, il faut comprendre que la paix ne se résume pas à l’absence de guerre ou à la fin des conflits armés.

Non, la paix n’est pas une absence. Elle n’est pas – ou du moins pas uniquement – l’en-creux de la guerre.

Car vivre dans un pays qui n’est pas en guerre ne signifie pas vivre en paix, dans un pays qui ne connaît aucune tension géopolitique avec ses voisins, qui n’est pas pris dans la spirale de la concurrence et de la surenchère qui, trop vite, mènent à la guerre. Cela ne signifie pas non plus vivre en sécurité, et c’est cela, au fond, la paix : plus profondément que l’absence de guerre, c’est un état de sécurité des peuples qui permet leur émancipation totale, débarrassés de toute oppression, discrimination, d’exploitation et de mise en concurrence des peuples.

Et un état de sécurité des peuples, c’est bien sûr l’absence de conflit armés, mais c’est aussi la possibilité de vivre dignement, de manger à sa faim, d’avoir accès à l’eau et à l’énergie, à la culture, à l’éducation et à la santé… La paix englobe l’absence de guerre, mais ne s’y résume pas. Elle la condition d’une vie pleine et digne. C’est aussi une manière de vivre ensemble.

Voilà, à mon sens, ce que devrait être la « paix véritable » que souhaitait Jaurès.


Chers amis, chers camarades,

Au moment où les Etats de réarment dangereusement, que les budgets militaires dépassent ceux de l’éducation et du logement réuni, que les relations internationales se remilitarisent, je veux avec vous formuler un vœu de cessez-le-feu partout sur la planète.

Rappelons-nous qu’un tiers de l’humanité vit en zone de conflits.

Imaginez qu’un dixième des budgets militaires mondiaux permettraient d’éradiquer l’extrême pauvreté en dix ans !

Il faut donc en finir avec cette folie et faire taire des armes, des bombes et autres missiles qui font 90% de victimes civiles dans tous les conflits.

Il faut mettre les budgets militaires, dont celui de la France qui y consacrera 413 milliards d’euros entre 2024 et 2030, vers ce qui sera plus utile : nos hôpitaux, nos écoles, nos postes de police et nos tribunaux. En bref, l’intérêt général qui, sur tout le territoire, se matérialise par les services publics.

De plus, il faut qu’un grand mouvement pacifiste renaisse dans le pays pour contraindre enfin nos autorités à ratifier le traité TIAN, pour que la décennie que nous vivons voit l’arrêt de la prolifération et l’élimination de la bombe nucléaire.


Chers amis, chers camarades, la guerre est partout.

En Ukraine où nous atteindrons les 2 ans du conflit provoqué par l’invasion de l’armée russe le 24 février prochain, restructurant l’OTAN, plus grande alliance militaire du monde.

Nous pensons au Yémen, à la République démocratique du Congo, à la Birmanie, au Soudan, au Moyen-Orient avec nos amis kurdes et bien sûr à la Palestine.

Comment ne pas évoquer évidemment la situation au Proche-Orient depuis plus de 100 jours, avec l’une des dernières situations coloniales au monde.

Elle symbolise le désordre et l’horreur de ce monde. Cible récurrente des opérations militaires israéliennes depuis 20 ans, l’actuelle opération militaire à Gaza est sans commune mesure. L’essentiel des infrastructures détruites (plus d’université, la moitié des écoles, 3 hôpitaux restant sur la trentaine existant auparavant), 1.5 millions de déplacés, un traumatisme collectif qui constitue une deuxième Nakba.

Plus qu’une opération militaire, c’et l’anéantissement d’un peuple et un nettoyage ethnique auquel nous assistons. 25 000 morts, dont plus de 10 000 enfants, et certainement bien plus avec les disparus sous les décombres et ceux qui succomberont faute de soins ou par des épidémies, des milliers de blessés et d’estropiés. Alors, ne fermons pas les yeux sur le 7 octobre et les attentats commis par le Hamas que nous ne pouvons que condamner. Qui peut humainement trouver des justifications à cela ? Nous partageons le traumatisme des Israéliens qui y ont perdu leurs proches car chaque vie se vaut.

Encore une fois, comprendre n’est pas justifier. Faire mine de croire que toute l’horreur a commencé le 7 octobre est impossible. Là où il y absence de perspective politique, où on bafoue les droits d’un peuple, la violence surgit. Car pour empêcher la réalisation du projet national palestinien, la violence coloniale est là, permanente depuis des décennies. Prenons l’histoire à témoin : le seul moment où la violence a reflué, c’est quand les accords d’Oslo ont été signés car ils ouvraient la voie à une résolution politique du conflit.

C’est Israël, ses différents gouvernements qui ont empêché cette voie, soutenus aveuglément par les puissances occidentales et dans l’indifférence générale. On parle de Gaza, à raison, mais la Cisjordanie et Jérusalem-Est occupés, la criminalisation de tous les Palestiniens avec un système carcéral brutal (plus de 3000 nouveaux détenus depuis octobre dernier), la violence coloniale sans complexe, le Mur de séparation et ses checkpoints, l’apartheid : tout cela participe de la crise généralisée.

Le remodelage occidental puis par diverses puissances régionales ont accéléré la décomposition du Moyen-Orient. Pour quel prix ? La domination de groupes islamistes armés et de gouvernements toujours plus réactionnaires en est le résultat.

Jusqu’à quand alors allons-nous laisser la guerre, accélérateur de barbarie, faire son œuvre ? Des ministres israéliens en exercice appellent à déporter les Palestiniens, aspect encore plus monstrueux à l’horreur déjà existante.

Alors que la Cour internationale de Justice est saisie pour crime génocidaire sur l’agression militaire en cours, que des Etats veulent poursuivre Israël devant la Cour Pénale Internationale, certains veulent coûte que coûte laisser Benyamin Netanyahou au pouvoir alors qu’il vient de déclarer encore une fois qu’un Etat palestinien ne verrait jamais le jour.

L’impunité ne peut durer éternellement.

Il nous faut réaffirmer haut et fort : CESSEZ-LE-FEU ! CESSEZ-LE-FEU ! CESSEZ-LE-FEU !

Il nous faut construire une solution politique à deux Etats dans les frontières de 1967. La France peut agir pour reconnaître un Etat palestinien sans plus attendre comme sont prêts à le faire d’autres en Europe comme l’Espagne ou la Belgique. Mais tout cela ne peut être possible sans une reconstruction où nous plaçons le peuple palestinien sous protection internationale !

Alors mobilisons-nous et exigeons ensemble la création d’un Etat palestinien aux côtés de l’Etat israélien, seule voie d’une paix juste et durable.


Chers amis, chers camarades,

Je veux maintenant formuler mon 2e vœu, fidèle aux convictions de notre fondateur Jean Jaurès. Celui de l’unité de notre camp social pour riposter à la dérive libérale et autoritaire qui déchire chaque jour notre contrat républicain.

2023 a été une année terrible où la violence sociale, la brutalité de la réforme des retraites, l’assassinat d’un jeune par un policier à Nanterre, la loi Asile et immigration ont fracturé profondément notre pays.

Deux ans retirés dans une vie pour satisfaire les marchés financiers, pénaliser les plus pauvres en restreignant les allocations chômage ou à travers le contrôle du RSA. Pour ce gouvernement libéral, chaque travailleur est une statistique qu’il faut inscrire dans une logique de rentabilité.

Nos concitoyens l’ont bien compris, eux qui n’en peuvent plus de devoir faire des efforts, subir quand les dividendes des grandes entreprises atteignent des records.

En 2023, les 40 sociétés membres du CAC 40, l'indice phare de la Bourse de Paris, ont versé près de 100 milliards d'euros à leurs actionnaires, dividendes et rachats d'actions confondus. Un millésime exceptionnel, en hausse de plus de 20 % par rapport aux montants reversés en 2022 (80 milliards d'euros), déjà une année record.

Pendant ce temps-là, l’inflation consécutive aux différentes secousses économiques n’ont pas été résorbées. Alors que les produits ont atteint parfois jusqu’à + 20% d’augmentation, notamment pour les produits de base, le gouvernement nous parle d’une baisse de l’inflation. Mais une baisse de la hausse, c’est un ralentissement, pas une baisse des prix. Pendant ce temps-là, le gouvernement se dit fier d’avoir augmenté le SMIC. Mais il n’a fait que suivre l’inflation, bien insuffisant quand plus de 50% des branches sont en dessous du Salaire minimum.

Les effets de prime, d’intéressement n’ont pas suffi. 500 000 personnes ont plongé dans la pauvreté depuis 2021 ! Les associations de solidarité déclarent ne plus pouvoir être en capacité d’accueillir. En ce mois de janvier, c’est la mode de faire le « Dry January ». Mais à quand un mois sans soucis, sans découvert, sans arbitrage entre se chauffer ou bien manger ?

La hausse des tarifs de l’électricité, confirmée par le Ministre de l’Economie ce dimanche, est un nouveau coup de poignard ! 9,8% des tarifs annoncés par un Bruno Le Maire tout heureux de nous déclarer que cette hausse est en-dessous des 10% prévus ! Ce n’est pas la honte qui l’étouffe. Les familles populaires, les petites entreprises, les agriculteurs vont se retrouver en grand difficulté. C’est 200 euros pour une famille de 4 personnes en attendant la prochaine hausse au 1er août. Pourtant, le coût de production est resté stable ces derniers mois malgré le trading et les spéculations des acteurs dits alternatifs.

C’est un choix politique pour récupérer 9 milliards d’euros de taxe. Les usagers sont donc toujours perdant soit quand les prix sur le marché s’envolent, soit quand ils baissent pour maintenir artificiellement les acteurs alternatifs. Plus que jamais, il faut en finir avec le marché de l’électricité de l’ARENH et des mécanismes concurrentiels. Revenons à un tarif régulé pour les usagers, les collectivités locales, les petites entreprises, baissons la TVA à 5,5% pour les factures énergétiques. Mais surtout, il est temps de reconstruire un grand service public de l’énergie par une nouvelle loi de nationalisation qui comprendrait tout le secteur énergétique.

Je veux avoir un mot pour nos agriculteurs qui se retrouvent coincés pour leur part entre cette énergie devenue trop chère, l’impasse d’un modèle agricole basé sur les formats de grandes exploitations et de la grande distribution qui les rackette. Ils subissent aussi une déréglementation affolante avec les traités de libre-échange, destructeurs pour la qualité des productions et mauvais pour la santé. Nos agriculteurs doivent être respectés et être accompagnés pour adapter notre production alimentaire au changement climatique, aux nécessaires enjeux écologiques. Les pollutions des sols, les effets sanitaires sur les populations, les changements des modes d’alimentation doivent être débattus démocratiquement. En plus d’injonctions contradictoires pour toujours produire plus, mieux et moins cher, l’Etat les laisse sans protection face aux 15 pays signataires de traités de libre-échange. Et il en rajoute une couche en décidant de taxer le gasoil pour les tracteurs ou en n’aidant pas les jeunes agriculteurs à s’installer quand le prix du foncier s’envole et est accaparé aux mains de grandes industries ou d’Etats étrangers.

Les agriculteurs n’ont pas besoin de moins de normes, mais de prix plancher, de transparence des marges et de la fin des traités de libre-échange !


Ce pouvoir, c’est aussi celui de cette indécence folle. Le scandale autour de la Ministre de l’Education nationale est révélateur. Plus qu’un simple entre-soi, Mme Oudéa-Castéra a montré à quel point ces gens assument de détruire l’école publique. Le pire n’est même pas qu’elle ait placé ses enfants dans le secteur privé. Chaque parent fait ce qu’il veut en pensant au bien de ses enfants mais aussi ce qu’il peut selon ses moyens. Non, le pire est qu’il n’y avait même pas de problème d’absence d’enseignants dans son école publique de secteur quand à quels pas d’ici, il y a probablement des manques réguliers de personnel. En 2022/2023, seuls des 15% des remplacements de courte durée ont été pourvus quand le taux de remplacement baisse constamment depuis 10 ans. Un élève de Seine-Saint-Denis perd en moyenne un an de cours en raison des absences d’enseignants. C’est une forme de redoublement en soi, cette règle que le gouvernement veut réintroduire avec la ségrégation sociale par le haut puisque le collège unique sera définitivement supprimé, chaque étape de l’école devenant une forme de tri social. ce ne sont pas les mesures de contrôle social et d’ordre moral qui résorberont les inégalités. Non à l’uniforme, oui à une école qui forme !

Tout ce qui fait office, chers amis, de contestation est caricaturé, vilipendé, réprimé.

A chaque fois, des glissements sémantiques dangereux qui qualifient d’éco-terroristes, de d’islamo-gauchistes, de hordes sauvages tout ce qui conteste l’ordre établi. Militants syndicaux, écologistes, jeunes de banlieue : tous visés par le pouvoir en place.

Alors pour souffler sur les braises, le poison de la division est attisé. Il est maintenant qualifié de républicain de différencier les Français selon leurs origines, de ne pas condamner les violences policières, de différencier une femme violentée ou un jeune mort selon la nationalité ou l’origine du suspect. Quand je vois ce parfum de racisme, de haine, je ne peux m’empêcher de repenser à cette phrase du poète turc Nazim Hikmet pour évoquer à quel point ce qui anime nos combats est l’universel: « Le pays que je préfère est la Terre entière. ».

En réalité, Emmanuel Macron creuse le sillon de l’alliance entre le grand capital et la réaction. C’est le rêve de Vincent Bolloré qui rêve d’une alliance droite/extrême-droite, la première s’occupant de l’économie quand la seconde régirait les aspects sociétaux, la restriction des droits. Le patronat ne dit rien, tant que les affaires tournent. Le remaniement, prenant un virage à droite toute, d’ex-sarkozystes, est en réalité une opération politique et politicienne pour obliger le parti LR, à bout de souffle, à les soutenir à la prochaine élection présidentielle dans un duel espéré entre le successeur du macronisme et l’héritière de Montretout.

La loi immigration, adoptée le 19 décembre dernier, après une CMP directement pilotée par l’Elysée, est un basculement vers la coalition de toutes les droites rêvée par Zemmour.

A ce titre, l’Aide médicale d’Etat est assez symptomatique. Elle apparait comme le symbole pour l’extrême droite d’une immigration profiteuse. Malgré les rapports qui disent le contraire, c’est un totem pour ses pourfendeurs. Pendant que les lits d’hôpitaux continuent de fermer, que les médicaments sont moins bien remboursés, que l’austérité en clair pénalise l’accès aux soins de toutes et tous, on point la faute sur 0.5% des patients. Attaquons nous aux exonérations de cotisations patronales pour reprendre l’argent et financer plutôt notre système de protection sociale ! Répétons-le, la préférence nationale ne réglera aucun des problèmes auxquels nous sommes confrontés.

Répétons-le avec force, chaque régression contre les droits des étrangers s’accompagne toujours d’une autre régression. Que ce soit le droit au travail, l’accès aux prestations sociales ou aux services publics qui ne tiennent plus que par la détermination des équipes.

Et je suis fier qu’avec l’Humanité à la suite d’un appel large et rassembleur, le 21 décembre puis d’un second paru conjointement avec Médiapart, 150 000 personnes aient défilé dans l’unité et la diversité dimanche dernier contre cette funeste loi immigration.

Le capital, tout à son stratagème de division, se délecte d’une démobilisation et d’une division des forces de progrès. Chaque voix qui contribue à la polémique, de la petite phrase ou pour instiller l’idée qu’on ne peut pas faire autrement est amplifiée. Tout cela ne fait qu’alimenter la résignation, d’autant plus que le mépris des mobilisations alimente la résignation. Depuis 2017, début du règne jupitérien, trois mobilisations historiques ont marqué le pays dont la dernière sur la réforme des retraites. Plus qu’un sondage dont les questions sont biaisés, nos compatriotes savent que les espaces de démocratie sont étouffés, les décourageant à s’exprimer. Que dire des 200 000 doléances des Gilets jaunes, restés dans les placards des préfectures, les nombreuses réunions publiques, mobilisations contre la retraite à 64 ans. A chaque fois, l’idée que le travail paie, que les services publics doivent être revitalisés est majoritaire. Faute de victoire sociale, de débouché politique, c’est le fascisme, paré des vertus d’un vernis social qui craquelle vite sous un populisme raciste qui engrange.

Oui partout ce climat rance et putride alimente la peste brune. En France, où ses représentants sont considérés désormais dans l’arc républicain par les macronistes alors que les groupuscules néo-nazis et identitaires déploient leur violence.

En Italie, où l’avortement est remis en cause. Au Royaume-Uni, où les demandeurs d’asile déboutés seront expulsés au Rwanda. En Allemagne, où l’AFD avec une partie de la droite-chrétienne veut « remigrer » pour ne pas dire déporter les immigrés, les Allemands d’origine immigrés et ceux qui leur apportent soutien.


Chers amis, dans ce cadre, l’Humanité veut jouer son rôle. Car la violence des mots accompagne souvent la violence du quotidien, cette brutalité insupportable. Les mots disent une façon de voir le monde. Ils prennent d’autant plus d’importance que nous faisons face à un affaissement du débat public, où la haine concurrence la futilité. Nous sommes dans le temps de l’immédiateté, de l’image qui en chasse une autre. Rien sur le fond. Et pourtant, des mots clés, des idées passent dans ce flot ininterrompu.

Ils prennent d’autant plus de place qu’il n’y a pas de filtre ou d’espaces pour s’approprier l’information. Un Français sur deux n’a pas ouvert un livre en 2022. Alors que les personnes lisent davantage sur les écrans, des articles de presse notamment. Mais sans appeler chacun à se saisir d’un manuel de physique quantique ou de grands œuvres de littérature, cela dit quelque chose de notre société. Pour nous communistes, progressistes, humanistes attachés au bien commun, nous devons prendre la mesure de cela. Nous avons du temps qu’on pourrait certes utiliser autrement. Lire c’est construire une pensée, s’évader, penser avec le monde, se projeter. Lire est un exercice indispensable, une forme de nourriture intellectuelle. C’est l’acquisition de savoirs indispensable.

Pourquoi je vous dis cela ? Parce que l’enjeu des mots, de leur compréhension est indispensable. Comment mener la bataille idéologique, les combats politiques quand les mots n’ont plus de sens ou sont démonétisés ? La confusion est savamment entretenue pour faire croire que les dominants nous veulent du bien, que le système avance pour nous aider et que défendre la solidarité, le partage sont des notions dépassées.

L’Humanité est au cœur de cette bataille des mots et des idées. Ce combat aura une résonance particulière cette année avec notre 120e anniversaire.

On aurait tort de penser que l’Humanité est une vieille dame. Elle a encore toutes ses dents pour mordre l’actualité, mener le débat d’idées, donner à voir les possibles et les résistances dans ce monde si injuste.

Ces 120 ans, nous les célèbrerons dans notre travail, dans l’action. Ce ne sera pas un moment particulier mais plusieurs temps forts avec un grand banquet à Paris le 20 avril, 120 initiatives dans les territoires, un Hors-Série spécial, une Fête de l’Humanité rassembleuse.

Nous le faisons dans un contexte difficile pour la presse, pour nos libertés publiques à l’heure où la concentration de la presse, les technologies sont utilisées pour asservir l’information à une logique marchande et de contrôle.

Nous faisons cet anniversaire alors que notre groupe a atteint l’équilibre en 2023. Toujours sous surveillance par le tribunal de Commerce, nous sommes soumis à des obligations et des échéances. Cela ne nous empêche pas de renforcer notre audience auprès du public avec davantage de contenus papiers et vidéos, des enquêtes, des appels unitaires à la mobilisation.

Je vous invite à regarder notre Liens d’Humanité qui évoque ces enjeux.

Nous ne serons pas tournés vers le passé, comme s’ils s’agissait de valoriser un patrimoine. Nous continuerons de faire entendre la voix des oubliés, de ces exploités, de ces femmes et ces hommes, de poursuivre et de moderniser la démarche de notre journal.

Toujours au service des luttes sociales et de la paix, l’Humanité est en 2024 au combat pour une écologie populaire, celui d’un rationalisme qui défend et valorise les sciences et les savoirs, le journal contre toutes les dominations pour qu’enfin une société libérée de la violence sexiste, raciste, homophobe puisse émerger.

Par nos enquêtes, nous continuerons à dénoncer les attaques faites aux syndicalistes, aux enseignants, aux militants de l’écologie et des quartiers populaires.

Par nos hors-série décryptage comme sur les retraites, nous faisons œuvre d’éducation populaire. En plus du Hors-Série Lénine, nous sortirons prochainement un numéro spécial autour de Missak Manouchian, introduit au Panthéon le 21 février prochain et un spécial JOP.

Je veux saluer les équipes du journal et du groupe l’Humanité qui travaillent d’arrache-pied chaque jour. Qu’ils soient toutes et tous chaleureusement remercier.

Je veux dire, n’en déplaise à nos contempteurs, que nous sommes fiers d’être le journal d’une parole libre qui accueille dans ses pages une représentante d’Osez le Féminisme, une journaliste sportive pour faire connaître le sport féminin, des chroniques internationales, une écrivaine de renommée, un médecin urgentiste, un maire (auréolé du trophée du meilleur maire du monde, n’est-ce pas mon cher Philippe Rio), une syndicaliste (qui succède à l’actuelle SG de la CGT).

L’Humanité, c’est aussi un collectif militant qui appuie notre travail. Il y a le soutien par la souscription financière évidemment qui nous est précieuse mais aussi de tissu militant qui valorise partout nos contenus, permet de faire connaître nos titres. Ces 120 ans sont aussi votre, notre moment pour s’abonner et faire abonner.

A vous de vous approprier ce grand rendez-vous. Pour finir, chers amis, je veux rappeler que cette année sera également placée sous le signe de Jean Jaurès, fondateur de notre journal et dont on célébrera les 100 ans de l’entrée au Panthéon. Il rappelait sans cesse l’importance de l’Humanité comme outil de débats d’idées :

« Je suis sûr que les lecteurs de l’Humanité, travailleurs, socialistes, démocrates nous sauront gré de leur permettre de suivre le mouvement ouvrier, syndical et coopératif, interprété par ceux-là mêmes qui y prennent une grande part. Je voudrais que ce journal pût traduire toute la pensée de la classe ouvrière politiquement organisée par le Parti socialiste, économiquement organisée dans les coopératives et les syndicats.


[...] Ce n’est ni par autorité, ni par surprise que se réalisera l’unité d’idée et d’action. Il faut d’abord et essentiellement que le prolétariat puisse exprimer toute sa conscience, formuler toute son expérience en toute liberté. »

A nous de faire nôtre cette belle idée d’un journal toujours au service du pluralisme et du combat, je vous remercie.

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