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Du « bon usage » de la grève…

Il n’a pas fallu quelques heures pour que les polémistes en chef soient invités sur les plateaux télé des chaines d’information. Ca y est : la grève est revenue ! Horreur, stupeur surtout que ce sont les travailleurs les plus détestés des experts libéraux qui mènent la lutte. Les cheminots sont en grève ! Et ces pseudos-experts en tout et spécialistes de rien, sauf de la polémique, se sont empressés de rajouter « Comme à chaque Noël depuis 30 ans ! ». Comme ils ne vérifient jamais les faits, d’ailleurs cela nuirait a leur petite entreprise de fabrique du buzz, les cheminots ont été en grève sur les congés d’hiver sur les quarante dernières années en 1986, 2019 et donc 2022.


La grève des contrôleurs de bord n’est pas une prise d’otage. D’ailleurs, dans un pays meurtri par le terrorisme dans sa chair, cette expression concernant les grèves devrait être proscrite tant elle est inacceptable et indécente.


La grève est comme chaque conflit social le symptôme d’un malaise social dans cette entreprise publique qui n’en finit pas de subir les coups de semonce de réformes libérales qui viennent dégrader le service rendu aux usagers en s’attaquant aux conditions de travail de ses personnels. D’ailleurs, les contrôleurs de bord qui mènent le conflit sont désormais dépendants d’une filiale de la SNCF, symbole d’une privatisation rampante. Leur statut écorné, leur rémunération insuffisante au regard de l’inflation sont des motifs légitimes de mobilisation.


Les démissions de nombreux salariés, les arrêts-maladie révèlent à quel point ces travailleurs souffrent des politiques de management. Combien de trains annulés chaque jour dans nos territoires, fautes de conducteurs ? Nos experts autoproclamés n’en disent rien. Cela ne s’améliorera pas avec la mise en concurrence des Intercités dans les Régions que mènent les majorités de droite. De nombreux territoires ne sont pas rentables au regard des critères financiers ! La preuve : la ligne Paris-Toulouse via Limoges subit de nombreuses suppressions de train au point que certains ne savent plus comment se rendre au travail et que des entreprises envisagent de quitter le Limousin, faute de desserte suffisante !


Pour ma part, cela fait 12 ans que j’habite au Blanc-Mesnil. J’utilise régulièrement le RER B la ligne, avec la A, la plus fréquentée. Un million de passagers par jour et une galère quasi quotidienne. Entre les pannes ou autres dysfonctionnements, le signal d’alarme tiré ou les malaises voyageurs car les trains sont surbondés, les problèmes de gestion du réseau, sans oublier les accidents, les bagages oubliés ou les autres causes, ce n’est pas moins de 2 à 3 dysfonctionnement quotidiens. La SNCF, gestionnaire de la partie Nord, annonce avec IDF Mobilités encore 8 ans de travaux après 15 ans de galère, pour revenir à la normale.

Voilà les dégâts causés par la libéralisation et le sous-investissement chronique ! Et il faut rappeler que la façon dont nous usagers du train sommes transportés révèle la gestion interne et externe de la SNCF et sa manière de traiter tant ses salariés que les usagers.


Tout cela n’est jamais mis en avant comme la parole des cheminots, véritables absents du débat public. Si de nombreux concitoyens peuvent être déçus et gênés par cette grève, ce n’est pas par gaieté de cœur que ces travailleurs le font. Ils perdent du salaire chaque jour et se mettant en difficulté personnelle. L’indécence qui veut que les grévistes gâcheraient Noël est scandaleuse : quand 3 millions d’enfants vivent dans la pauvreté toute l’année dans notre pays, ce n’est pas la faute des cheminots.


C’est bien une opération de division et de haine de classe qui s’opère dans les grands médias. Une opération idéologique pour délégitimer la grève. Des millions de salariés se sont emparés cette année de ce mode d’action pour leurs salaires, leurs conditions de travail. C’est un droit qui se défend chaque jour et qui est légitime. Plus qu’une contagion, c’est une amplification de la mobilisation, d’une convergence de nombreux secteurs dont les libéraux et réactionnaires ont peur. La victoire récente des salariés de GRDF pour leurs salaires est une excellente nouvelle de fin d’année et montre le succès de ce type d’actions. Avec l’horizon d’une bataille des retraites en début d’année 2023, il est évident que l’unité sociale sera déterminante. Ce combat se mène partout et les luttes exemplaires en Belgique mais surtout en Grande-Bretagne prouvent que cette bataille dépasse nos frontières.


C’est pour cela que les droites, LR et gouvernementale, l’ont bien compris et appellent main dans la main, avec le silence complice de l’extrême-droite qui n’en pense pas moins, à mettre fin à la grève ou alors « à limiter le droit de grève dans les prochains mois, car il est insupportable que quelques personnes en gênent des millions ». Limiter le droit de grève ou l’abolir comme en rêvent certains libéraux, en plus d’être anticonstitutionnel, reviendrait à priver les travailleurs de ce rapport de force dans les négociations. Les travailleurs y perdraient alors à coup sur tous leurs conquis sociaux et se priverait de nouveaux.


Profitons de ces fêtes de fin d’année pour mener le débat avec nos amis, nos proches pour battre le pavé ensemble, cheminots, salariés du privé et du public face aux régressions sociales que le capital veut nous imposer.




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