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Ecole : le choc des inégalités

Le ministre Gabriel Attal a présenté ce mardi 5 décembre le nouveau plan gouvernemental « Le choc des savoirs ». L’intitulé semble traduire une mobilisation pour relever le niveau des élèves et répondre aux difficultés d’un système scolaire. Des changements de méthode sont prévus dans la transmission des savoirs fondamentaux notamment en mathématiques mais également en langues, une réorganisation du socle commun et une organisation des élèves par niveau. Pour cela, le gouvernement veut réinstaurer le redoublement mais également réviser les programmes avec une « labellisation » plus prononcée des autorités ministérielles. L’examen du brevet sera enfin un déterminant pour passer au lycée puisque les élèves qui échoueront devront passer par des classes spécifiques dites « Prépa Lycée » pendant un an.


Le jour des annonces n’a pas été sélectionné par hasard puisque le classement PISA des systèmes éducatifs de l’OCDE était publié ce 5 décembre. Les résultats des élèves français en français et mathématiques sont en baisse. Il est établi que ce n’est pas la seule période Covid-19 qui a provoqué cette dégradation.


Mais ce que le ministre ne veut pas voir, c’est que le rapport PISA comme les précédents établit le caractère parmi les plus inégalitaires de notre système éducatif. Le décrochage en termes d’acquisition des savoirs fondamentaux se fait surtout parmi les élèves des classes populaires, la faute à une dégradation du système éducatif avec les conditions de plus en plus difficiles pour les enseignants et des réformes qui ont introduit une logique d’entreprise dans l’école publique avec des directions d’établissement de plus en plus calquées sur un modèle de management. Même l’avancée, réelle, pour les élèves de primaire en REP et REP+ s’est faite à moyen constant et avec une suppression de moyens dans le secondaire. C’est pourtant au collège que la vraie séparation sociale se produit. Gabriel Attal fait donc mine de ne pas voir les problèmes structurels du collège et des préconisations du rapport PISA pour davantage de mixité sociale, le climat scolaire ou la formation des enseignants qui a connu plusieurs réformes en quinze ans, avec pour conséquence une dégradation du métier. Le rapport PISA révèle aussi que l’école publique, malgré toutes ses difficultés, permet de corriger les inégalités quand on lui donne les moyens et est bien moins injuste que l’école privée qui a bénéficié d’une grande mansuétude depuis une décennie.

En réalité, dans la lignée du pacte enseignant et de la réforme du lycée professionnel, c’est une école d’une société au pas et d’une ségrégation sociale et scolaire qui est promue. Notre département, la Seine-Saint-Denis est déjà durement impacté comme l’ont établi de nombreux rapports dont celui intitulé « Pour un Etat fort en Seine-Saint-Denis ». Le premier bilan d’étape de ce rapport a établi qui rien n’avait avancé dans le domaine éducatif.


Un élève de Seine-Saint-Denis rate en moyenne une année scolaire d’heures de cours en raison du manque d’enseignants. Une trentaine d’établissements du secondaire sont mobilisés dans le département depuis la rentrée en raison des conditions matérielles déplorables quand il manque près de 500 enseignants. Les inégalités sont structurelles et sont le fruit d’une dégradation continue liée aux réformes menées depuis plusieurs années. Un enfant né en Seine-Saint-Denis en 2023 pourra-t-il mener un cursus éducatif normal jusqu’à l’université pour construire une vie stable ? Assurément non.


Comment penser que l’école peut résorber les problèmes de la société avec une population davantage précarisée ? L’école publique, pour réaliser la promesse d’égalité républicaine, a besoin de moyens et surtout d’une ambition de réussite pour toutes et tous.


Il est fait fi de toutes les avancées qui avaient été obtenues par les luttes et réflexions éducatives. Le redoublement ne permet pas de rattraper le retard quand les classes de niveau accentuent clairement les inégalités. Les achats de manuels peut partir d’un bon sentiment mais les collectivités locales, mairies en premier chef, sont déjà exsangues financièrement en raison de l’austérité budgétaire. Enfin, le contrôle plus serré des programmes porte atteinte encore plus gravement à la liberté pédagogique des enseignants.


Le gouvernement promet à l’inverse la fin du collège unique, derrière l’euphémisme de la critique du « collège uniforme ». En rajoutant ce mercredi 6 décembre la proposition de l’expérimentation de l’uniforme, c’est un virage assumé vers une logique d’ordre. Les différentes étapes de l’école publique seront autant de niveaux pour faire du tri social. La sélection sociale est assumée et l’introduction de l’intelligence artificielle, faisant entrer davantage le secteur privé de la tech dans le système éducatif, accentuera les inégalités déjà criantes d’accès au numérique.


De la maternelle à l’université, c’est l’inégalité qui sera le fil conducteur de l’école. Des classes d’âge se côtoieront encore moins et ne construiront pas une culture commune. C’est assurément loin de l’objectif prétendu de renforcer la République.

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