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Environnement : un mouvement inquiétant

Alors que s’ouvre la COP 28, un désengagement semble à l’œuvre et, pire encore, un recul des Etats mais aussi de l’Union européenne dans la lutte contre le changement climatique et le déclin de la biodiversité. La question environnementale est pourtant partout : elle a gagné la sphère politique, la sphère médiatique, on parle même d’une nouvelle affliction, l’éco-anxiété. Les scientifiques alertent sans cesse sur les risques et l’insuffisance des mesures prises pour freiner le changement climatique.


En France, si les discours politiques du gouvernement semblent souvent volontaristes, force est de constater qu’il y a surtout beaucoup de bruit pour rien. Les quelques mesures annoncées sont prises dans les contradictions d’un gouvernement ultralibéral, au service des puissances de l’argent. Elles ciblent les plus précaires sans leur offrir de solutions alternatives et suscitent souvent de la colère. On sait pourtant que ce sont les 1% les plus riches qui polluent davantage que les 66% les plus pauvres et entretiennent le système surproduction et de surconsommation qui détruit la planète, perçue uniquement comme pourvoyeuse de ressources à exploiter.


De même, la version finale de la stratégie nationale biodiversité 2030 du gouvernement a été présentée le 27 novembre. Elisabeth Borne y a bien reconnu la « menace existentielle »… mais n’en fait toujours rien, puisque, par exemple, sept milliards d’euros restent investis dans l’agriculture intensive, nocive pour la santé, pour les sols et donc, à long terme, pour les agricultrices et les agriculteurs, pour l’agriculture elle-même, et surtout pour la biodiversité.


On se souvient également de la promesse de Macron sur la sortie du glyphosate, totalement reniée, de sa demande de « pause réglementaire » au niveau de l’Union européenne, et de la tentative de dissolution des Soulèvements de la Terre par le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin. Ministre qui a poussé l’outrance jusqu’à qualifier les manifestants à Sainte-Soline d’« écoterroristes ». Leurs actions se radicalisent parfois ? Peut-être, mais que les gouvernants se consolent : pas à la mesure des renoncements, des stagnations, des reculs. N’oublions pas que l’Etat a été condamné pour inaction en matière de lutte contre le changement climatique.


Quant à l’Union européenne, malgré des mouvements contradictoires, notamment sur l’agriculture, elle a introduit des normes environnementales et sanitaires qui ont permis certaines avancées et certaines garanties sanitaires, ainsi qu’une harmonisation au niveau de tous les Etats membres, comme en 2020 lorsqu’elle a interdit les acides perfluorooctanoïques (PFOA).


Or, récemment, une large part des textes les plus importants du Pacte vert européen ont été rejetés ou vidés de leur substance. Ainsi, le Parlement européen a rejeté le règlement sur les pesticides, a réautorisé pour dix ans le glyphosate, et de nombreuses exemptions ont finalement été ajoutées au règlement sur les emballages. Les textes risquent fort de ne pas être adoptés ; car avec l’échéance des élections européennes en 2024 et la montée de l’extrême droite partout en Europe, le risque est grand de voir le Parlement européen se durcir encore.


Quant au glyphosate, les délais avaient laissé le temps de trouver une alternative au glyphosate et construire les bases d’une nouvelle agriculture, plus respectueuse de l’environnement. Les prolongations successives ne donnent lieu à aucune solution, simplement à gagner du temps. Mais cette réautorisation longue marque un tournant néanmoins.


C’est qu’à Bruxelles, le lobbying est féroce, et les représentants de groupements d’intérêts très bien implantés et très organisés. Il semblerait également que des directions hostiles aux réglementations environnementales de la Commission aient pris la main, soutenus sans doute par une majorité d’Etats membres qui ont freiné ces textes. Enfin, l’extrême droite qui gagne partout de l’influence est bien évidement opposée aux réglementations en faveur de l’environnement.


Dans ce contexte a lieu la COP 28 qui laissait déjà, par sa localisation elle-même à Dubaï, aux Emirats arabes unis, présager des difficultés. Et les problématiques attendues semblent se confirmer, puisque le Centre for Climate Reporting, un consortium de journalistes, a révélé avec la BBC l’existence d’un conflit d’intérêt : le sultan Al Jaber, par ailleurs PDG de la compagnie pétrolière nationale émiratie (Adnoc) a profité de son mandat de président de la COP pour promouvoir de nouveaux accords pétroliers et gaziers au cours des réunions préparatoires au sommet. Des accords pétroliers qui risquent d’ailleurs de se signer en marge du sommet.


Cette COP montre de façon criante les contradictions qui nous empêchent de lutter véritablement contre le changement climatique. Dans le cadre du capitalisme, rien ne sera véritablement efficace, tant que les grands groupes – qui mènent à présent les COP, bien davantage que les Etats – n’y auront pas intérêt et n’en tireront pas profit, c’est-à-dire trop tard. Nous ne sauverons pas la planète par la promotion des énergies fossiles, pas plus que nous ne feront advenir une société plus juste en ayant l’économie financiarisée pour seule boussole.


Alors que la menace qui pèse sur la planète et l’humanité est bel et bien « existentielle », l’arrivée au pouvoir de personnalités politiques d’extrême droite, souvent climatosceptiques ou a minima opposées à des actions fortes de lutte pour préserver l’environnement, augmente encore ce risque. Car plus nous attendons, plus massives seront les difficultés, plus forts les éventuels effets d’emballements. Jusqu’au risque d’irréversibilité.

Ce mouvement de recul, alors que rien n’a, au fond, été véritablement amorcé, est non seulement effrayant, mais il est surtout irresponsable. Nous n’avons plus le temps de procrastiner.

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