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Et en même temps la guerre sociale...

S’il est légitime que l’actualité internationale prenne du temps dans son agenda, le Président de la République, désormais candidat, Emmanuel Macron a réussi à faire une déclaration de guerre sociale aux travailleurs de ce pays un jour de manifestation interprofessionnelle, la semaine dernière. La paix à l’international, et la promesse du sang et des larmes dans notre pays. Emmanuel Macron qui a plutôt présenté un bilan de mi-mandat s’est en réalité attelé à sensibiliser l’électorat de droite en reprenant ses antiennes classiques sur le travail, l’immigration, l’école. Le patronat s’en trouvera rassuré, et même galvanisé, car il s’agit de détruire méthodiquement les conquis sociaux de notre République.


Au-delà d’une méthode de (contre-)réformes qui est annoncée plus ouverte et concertée, c’est en réalité un projet cohérent qui se dessine, amorçant un désengagement de l’État sur un certain nombre de secteurs pour les déléguer à une gestion privée tout en pérorant sur un renforcement des missions dites régaliennes.


De l’école à la santé en passant par l’autonomie, ces priorités établies par le Président-candidat Macron les affaibliront. En les soumettant à une logique managériale et de rentabilité, l’autonomie des écoles – déjà catastrophique aux niveaux supérieurs – va accentuer les inégalités sociales, mettre en concurrence les familles pour trouver les meilleurs établissements. Plus d’objectif d’émancipation, ni de réussite collective, alors que toute notre actualité démontre le besoin de former un esprit critique pour les futur·e·s citoyen·ne·s et de remettre de l’égalité pour tous les élèves et leurs familles. Comment oser parler de changement quand tant d’élèves se retrouvent sans enseignant·e·s – en Seine-Saint-Denis, c’est l’équivalent d’une année de classe pour chaque élève – ? Les enseignant·e·s sont d’ailleurs appelés à exercer d’autres missions : remplacements sur des matières où ils ne sont pas spécialisés, tâches administratives ; tout cela pour des rémunérations au mérite !


Sur le volet économique, Macron a réussi à faire mieux que la fausse promesse de Nicolas Sarkozy avec le travailler plus pour… gagner moins ! Travailler plus longtemps avec la retraite à taux plein à 65 ans, ce qui fera des carrières pleines pour les jeunes à un âge beaucoup plus avancé. Il s’agit en fait de favoriser l’épargne privée plutôt que la retraite par répartition, et surtout de contraindre des millions de personnes à jeter l’éponge avec une retraite incomplète. Une retraite à taux plein se fera donc à la sueur et à l’usure… au péril de la santé. Le patronat s’en frotte déjà les mains, lui qui a toujours honni cette conquête sociale majeure.


Alors que le président fustigeait le ”pognon de dingue” placé dans les minimas sociaux – qui ne permettent pas de vivre décemment, rappelons-le – et qu’il fallait revaloriser le travail, le candidat ose préconiser 15 à 20 heures d’activité pour les allocataires du RSA. C’est un scandale absolu qui va favoriser de nouvelles formes de travail gratuit et créer une concurrence malsaine entre bas salaires et allocataires. Le mouvement des Gilets Jaunes avait pourtant émergé sur cette dénonciation de la vie mal payée… La transformation de Pôle emploi en France Travail est non seulement une opération de culpabilisation supplémentaire des privé·e·s d’emploi mais aussi un gadget marketing, qui ne changera rien. Six millions de nos compatriotes sont privés d’emplois et le seul avenir qu’on leur promette, c’est de le rester ou de devenir autoentrepreneur. Car dans la start-up nation, on promeut l’auto-exploitation au service des GAFAM.


Malgré ses promesses de souveraineté annoncées par la reprise en main de filières stratégiques comme l’énergie, l’alimentation ou encore le numérique, Emmanuel Macron veut surtout mettre l’appareil d’État au service de « champions » nationaux, sans remettre en cause les modèles de concurrence européenne. Lui qui a passé son temps à vendre à la découpe les champions français et les secteurs stratégiques se veut à présent l’apôtre de la réindustrialisation ! Qui peut croire que celui qui a vendu la branche énergie d’Alstom à General Electric, pour la faire racheter par EDF – plus cher, et avec des centaines d’emplois – s’apprêterait à œuvrer réellement à réindustrialiser le pays ? En parallèle, il renforce les cadeaux fiscaux en baissant à nouveau les impôts de société, asséchant encore un peu plus les finances des collectivités territoriales.


Le seul renforcement de l’État tient dans la pénalisation grandissante des demandeurs d’asile, quitte à contrevenir aux conventions internationales, et au renforcement des missions d’intervention policière sans moyens supplémentaires, l’austérité faisant toujours son œuvre. Il s’agit ici de s’adresser aux franges droitières les plus sensibles à l’extrême-droite.


D’ailleurs, de Zemmour à Le Pen en passant par Pécresse, lesquels de ces candidats peuvent se placer en rupture avec le projet macronien, tant ils partagent le même contenu ? Les mêmes qui voudraient ériger des murs pour ”se prémunir” de l’invasion des réfugiés syriens ou afghans passent leur temps sur toutes les antennes à nous parler de solidarité avec le peuple ukrainien ! Mais dans la fraternité, aucun tri n’est possible.


La mobilisation populaire doit donc s’inviter bien avant le scrutin d’avril pour faire entendre les exigences d’égalité et de justice sociale. Le score le plus haut possible du candidat communiste sera aussi porteur de ces exigences.




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