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Extrême-droite : une société de fractures et de divisions

On connaissait la petite musique sournoise qui consiste à opposer les Français dits « de souche » aux Français dits « de papier », comme si l’on pouvait à loisir hiérarchiser et faire le tri entre les citoyens français – entre les êtres humains. De ce type de « tri sélectif », certains se privent de moins en moins, et surtout, ils s’expriment de plus en plus ouvertement. L’outrance devient une habitude, elle est dangereuse ; et la petite musique va crescendo vers un vacarme assourdissant.


Ce vacarme monte sur les réseaux sociaux et sur les chaînes de télévision et particulièrement au cours de programmes bénéficiant d’une vaste audience. Les caméras ne suffisent plus à calmer les ardeurs guerrières des tenants de l’extrême haine. Et les attaques proviennent de partout, sur tous les registres. Alors que le ministre de l’Education nationale Pap Ndiaye qualifiait récemment Cnews et Europe 1 de médias « très clairement d’extrême droite », la députée RN Hélène Laporte n’a pas hésité à l’accuser de s’attaquer au pluralisme des médias – en pleine concentration desdits médias et particulièrement pour les deux concernés. Mais elle a également trouvé des relais pour défendre les deux médias chez Les Républicains.


De même, Jacqueline Eustache-Brinio, Sénatrice LR du Val d’Oise, déclarait lors de l’audition du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin au Sénat, le 5 juillet dernier : « Ils sont comment Français ? », et « […] ces enfants issus de l’immigration […] ils ont une haine de la France », au sujet des révoltes qui ont suivi la mort du jeune Nahel, tué par un policier à bout portant à Nanterre le 27 juin. Des propos graves – et totalement erronés – qui montrent combien la gangrène de l’extrême droite continue de contaminer une large part de ce qui fut autrefois la droite républicaine.


A-t-on atteint des sommets avec les Français de « nationalité faciale » du député RN Jean-Philippe Tanguy ? Malheureusement, probablement pas. Le député Tanguy en revient au Français « de papier », des sous-Français en somme, qui ne seraient pas véritablement légitime et qu’il dont il faudrait remettre la nationalité en cause.


Le langage n’est donc même plus insidieux, il est ouvertement excluant, haineux, rageux. Et celui ou celle qui y a recours ne sera plus considéré comme une exception, ses propos ne dénoteront plus autant qu’à l’époque des « sorties » de Le Pen (Jean-Marie). Celles et ceux qui l’emploient ne cherchent pas la nuance – même si on les sent prêts à aller plus loin encore –, ils cherchent à imposer des fractures, à diviser pour mieux rassembler autour d’eux et de leurs obsessions identitaires. Ils cherchent à désigner des ennemis pour fédérer, des boucs émissaires pour s’exonérer. Ils portent fièrement en étendard leur idéologie, impunie, et qui se répand plus rapidement et plus profondément que la plus persistante des taches. Si ces gens-là arrivent au pouvoir, les conséquences seront lourdes, la souillure sera indélébile.


Car que montre-t-on à nos enfants, les citoyens de demain ? Quelle société leur est construite là ? Un pays renfermé, replié sur lui-même, excluant, encourageant la haine et la violence envers l’autre, à l’extérieur comme à l’intérieur. Sans pour autant, et ce point est crucial, remettre en cause l’ordre établi, les injustices sociales criantes, sans renier le règne du profit pour quelques-uns. Sans rien régler mais au contraire en ajoutant de l’huile sur le feu de la colère sociale, et en stigmatisant et en prônant un racisme décomplexé. Dans un tel monde, les droits et les libertés ne peuvent que reculer, d’abord pour les minorités, mais aussi pour les femmes, et en fin de compte, pour toutes et tous. Il faut de toute urgence lutter contre ce péril qui nous menace sur des bases fallacieuses, mais sans plus se tapir dans l’ombre.




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