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Gaza doit vivre

C’est un moment de répit salutaire mais ne détermine pas la fin de la guerre. La trêve humanitaire a débuté ce matin à Gaza, matérialisant la négociation pour l’échange de 50 otages israéliens contre 150 prisonniers politiques palestiniens, principalement enfants et femmes sous le coup de la détention administrative. Des vies sont sauvées et des familles israéliennes et palestiniennes retrouveront leurs proches. Nous savons néanmoins que des otages ne reviendront malheureusement, victimes du Hamas ou des bombardements israéliens.


Une aide humanitaire va rentrer dans la bande de Gaza par deux points, l’un à la frontière israélienne, l’autre à la frontière palestinienne.


Voici autant de gestes d’apaisement alors que la fureur des bombes meurtrissait l’enclave palestinienne depuis près de cinquante jours. Cette trêve ne signifie néanmoins ni un cessez-le-feu ni un quelconque arrêt des combats.


Le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a même déclaré que la guerre reprendrait une fois la trêve écoulée, son armée s’attaquant à réaliser l’objectif proclamé, à savoir détruire le Hamas, sans qu’on sache précisément s’il s’agit de sa direction, de l’organisation en entier ou son idéologie.


La trêve humanitaire révèle en tout cas deux choses. L’action diplomatique, d’une part, fait ses preuves car c’est le dialogue qui doit prévaloir pour sauver le maximum de vies humaines. Les discussions intenses entre représentants qataris, étatsuniens, égyptiens et évidemment représentants de la branche politique du Hamas et d’Israël ont eu lieu depuis plusieurs jours pour affiner cet accord. La voie des armes est un échec et doit cesser car elle est meurtrière et crée des fractures qui risquent de rendre irréversible une solution politique de long terme. La France apparaît malheureusement comme un acteur de second rang dans ce processus, symptôme d’une diplomatie hasardeuse. D’autre part, les mobilisations politiques, en Israël pour prioriser la libération des otages et ailleurs dans le monde pour exiger le cessez-le-feu ont contribué à mettre la pression pour avancer vers une négociation.

L’aide humanitaire qui va entrer dans le territoire gazaoui sous blocus sera insuffisante. C’est donc un cessez-le-feu durable qui doit suivre la trêve de quatre jours. Le bilan humain et matériel est suffisamment effroyable : aux 1200 morts de l’attaque terroriste du 7 octobre, ce sont près de 15 000 victimes à Gaza, sans compter les milliers de blessés, estropiés qui risquent de succomber faute d’assistance médicale. Les hôpitaux de l’enclave sont à genoux comme presque toutes les infrastructures.


L’après ne peut être un simple retour à la normale d’une occupation et d’un blocus étouffant où des épisodes de violences émaillent le territoire. Cette logique ne peut plus et ne doit plus se reproduire.


C’est la politique qui doit reprendre ses droits et avec l’idée d’un nouveau processus incluant la concrétisation des aspirations légitimes, internationalement reconnues, du peuple palestinien. Il faut pour cela cesser de traumatiser et meurtrir les générations. Que ce soit parmi les prisonniers libérés ou des victimes des bombardements (près d’un tiers des 15 000 victimes), les enfants paient un lourd tribut et sont jetés dans la spirale de la haine et de la violence.


La bataille sera rude puisque la tension reste de mise. Nous avons un gouvernement israélien dont l’extrême-droite est la force motrice qui veut poursuivre l’écrasement de l’enclave palestinienne, bien au-delà du seul Hamas, et qui laisse les colons renforcer le cycle de violences contre les Palestiniens de Cisjordanie. La mécanique répressive est à l’œuvre et pendant que 150 Palestiniens sont libérés, 3 310 d’entre eux ont été envoyés dans les geôles israéliennes depuis le 7 octobre, portant à désormais 7 000 le nombre de prisonniers politiques palestiniens. La tension pourrait même traverser le pouvoir israélien puisque l’extrême-droite a dénoncé l’échange quand M. Netanyahou a intérêt à une guerre longue avant de rendre des comptes à sa société sur l’horreur du 7 octobre. Le spectre d’une poursuite d’une intervention armée dans le sud de la bande de Gaza sera assurément un carnage et ne pourrait qu’aboutir à une accélération de la tension avec l’Egypte puisque les populations gazaouies seraient poussées à y fuir.


Le Hamas pourrait vouloir suivre cette voie, ayant intérêt à renforcer son magistère auprès de la population palestinienne comme incarnation de la lutte armée.


La voie de l’espoir et d’une paix juste et durable est donc ténue. Même si le président Joe Biden dit vouloir réactiver la solution à deux Etats, avec une « Autorité palestinienne revitalisée », il faudrait dénoncer au-delà des violences récentes des colons l’ensemble du processus d’occupation et de colonisation par Israël. C’est donc une rupture avec des décennies de soutien inconditionnel. La France, dans une note récente de son ministère des Affaires étrangères, a identifié le nœud central de cette colonisation et doit donc se conformer à ses analyses pour porter un processus politique digne de ce nom : l’application des résolutions de l’ONU pour une solution à deux Etats, israélien et palestinien.


L’attaque terroriste du 7 octobre, qui a créé une sidération légitime en Israël, ne peut encore maintenant donner droit à un vengeance légitime. Le droit et la raison doivent être les valeurs cardinales d’une intervention internationale. Gaza ne se relèvera pas d’une reprise de l’opération militaire. Il est temps de laisser ses habitants vivre dignement.

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