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L’incessant combat pour les travailleurs immigrés

Adopté en première lecture au Sénat, le projet de loi « pour contrôler l’immigration, améliorer l’intégration » est un condensé de la période suffocante dans laquelle nous vivons. Il y a d’abord un jeu hypocrite et assez malsain avec une majorité présidentielle qui s’est faite spectatrice d’une outrance permanente de la majorité sénatoriale LR. Il faut dire que le ministre de l’Intérieur Darmanin avait posé les termes en affirmant : « Nous n’avons pas fini de parler d’immigration », comme s’il s’agissait d’une menace à juguler.


Les dispositions inhumaines comme la fin de l’aide médicale d’État (AME) ou encore les restrictions à la solidarité nationale pour les étrangers sont autant de symptômes d’une « lepénisation » des esprits. La France serait menacée par l’immigration et son modèle social sabordé par une population avide de risquer sa vie afin de… percevoir le RSA. D’autres reculs graves ont été portés. Comme l’atteinte au droit du sol en remettant en cause le caractère automatique de la nationalité française pour les enfants d’étrangers nés en France. Ou encore les restrictions pour le droit au travail des demandeurs d’asile, sans oublier la réinstauration de la double peine.


Les outrances racistes, comparant les migrants aux animaux, et les assimilations insupportables entre islam et terrorisme ont été à l’image d’un débat public toujours plus nauséabond. Avec seulement quatre représentants de l’extrême droite dans la chambre haute, celle-ci voit ses orientations légitimées par la droite et les macronistes. Le prétendu équilibre voulu par le gouvernement a déjà volé en éclats puisque le côté dit « de gauche » de la réforme sur la régularisation (insuffisante) de travailleurs sans-papiers de secteurs en tension a été rejeté. Olivier Dussopt était d’ailleurs absent durant tous les débats, prouvant ainsi que le volet sécuritaire était l’axe unique de cette nouvelle législation.


Le gouvernement a beau jeu de dire qu’il détricotera les dispositions les plus graves à l’Assemblée au nom d’un équilibre alliant humanisme et fermeté. Cette formule oxymorique est surtout celle d’une attaque contre nos droits collectifs. Les attaques contre les populations migrantes ont toujours été concomitantes de reculs sociaux. La vingt et unième loi en quarante ans sur le sujet a en effet accompagné le cycle néolibéral. La remise en cause de l’AME se fait au moment où le budget de la Sécurité sociale acte des reculs forts dans l’accès à la santé de tous (déremboursement de médicaments, casse de l’hôpital public), quand la chasse aux pauvres, via la réforme du RSA, veut diviser les plus précaires. En réalité, plonger les populations dans les affres d’un monde sans droits, c’est préparer la société aux pires reculs.


Nous ne sommes pas dupes de ce jeu cynique et bien calculé d’un capital prêt à travailler la jonction entre la droite et l’extrême droite pour sauver un système de plus en plus contesté. La bataille parlementaire doit se poursuivre et nous comptons sur les forces progressistes pour la mener. Mais elle doit s’appuyer sur ces médecins qui appellent à désobéir pour soigner tous les patients quels que soient leur statut ou leur nationalité. Elle doit relayer le combat des organisations syndicales qui ont obtenu des régularisations de milliers de travailleurs sans papiers par la lutte.


Luttes et principes humanistes : voilà le cœur de bataille pour celles et ceux qui savent qu’un tel sujet dit beaucoup de notre République et de sa capacité à accueillir nos frères et sœurs d’humanité.

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