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La pauvreté en standard

Elève France, au tableau ! L’agence de notation Standard’s and Poor a donc maintenu la note française sur les marchés financiers ce vendredi 1er décembre. Malgré les efforts du gouvernement pour faire de l’hexagone une terre « pro-business », la finance place la France « sous surveillance ». Il faudra désormais emprunter à taux d’intérêt plus élevé pour financer les programmes d’action publique.


On pourrait s’émouvoir naïvement mais plus qu’une évaluation, c’est un message très clair qui est envoyé. Il faut accélérer l’opération de destruction sociale en France. Les politiques d’austérité seraient donc insuffisantes. La raison officielle tient dans le fait que la politique de lutte contre le chômage serait inefficace avec un nombre de demandeurs d’emplois qui repart à la hausse depuis deux trimestres. Ce n’est pas le ressenti général de la population. Le quoi qu’il en coûte a été avant tout profitable aux grands groupes. C’est l’INSEE qui le rapporte puisque 500 000 personnes ont été jetées dans la pauvreté depuis 2021.


Une paupérisation inédite et brutale qui indique que beaucoup de nos concitoyens ne joignent plus les deux bouts ou sortent totalement des radars d’aide sociale. Ce sont les salariés licenciés pendant la crise sanitaire, les privés d’emplois exclus de l’allocation chômage ou toutes ces personnes ne font même plus appel à la solidarité.


Mais voilà, pour les marchés, ces parcours brisés ne sont que des données qu’il faut améliorer par une nouvelle saignée. Les budgets de l’Etat et de la Sécurité sociale prévoient pourtant des régressions violentes : poursuite des baisses de dotation aux collectivités, déremboursement des médicaments, ponction sur les dispositifs de solidarité nationale, baisse des impôts de production sur les sociétés, mise au travail des bénéficiaires du RSA. Les salariés les plus âgés, largement exclus de l’emploi, vont même voir leurs allocation chômage rabotées au nom de l’équité. Les associatives caritatives indiquent pour leur part n’avoir vu autant de nouveau public, particulièrement jeune, au point de devoir refuser des nouveaux bénéficiaires.


L’indécence confine à un cynisme qui fait croire que les marchés financiers et l’Etat seraient en tractation. Ils marchent plutôt main dans la main dans un jeu de rôle pour servir un capital vorace qui ne veut plus rien offrir si ce n’est de la souffrance pour maximiser ses profits. D’ailleurs, le gouvernement prévoit a minima une baisse budgétaire de 12 milliards pour 2025 !


Les chiffres de records de millionnaires (la France est sur le podium mondial !), gavés à l’argent public alors qu’ils bradent l’outil industriel, sont proprement révoltants. Ce grand écart de richesses ne doit rien au hasard et sera accentué si nous laissons faire la mécanique froide de la course au profit.


D’autres critères mériteraient d’avoir les faveurs des agences de notation. Les évaluateurs devraient être les citoyens, celles et ceux qui sont au contact des salariés, qui doivent difficilement vivre dans cette France sous la médiane des 1 400 euros. Elles et ils auraient tant à dire sur les choix politiques. Ils l’ont fait entendre durant le mouvement des retraites par millions dans la rue.


Sur des critères sociaux et environnementaux, il est possible dès maintenant de conditionner les aides publiques aux entreprises. Réaliser une vraie planification écologique, reprendre les richesses au capital par l’impôt et une meilleure répartition de la plus-value (dont l’augmentation du SMIC). Voilà de quoi faire de la France un bon élève de la solidarité.

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