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La stratégie de la terre brûlée

Au sortir d’une canicule battant des records de chaleur sur le territoire, sous les fumées des feux, la réalité du changement climatique semble soudain bien plus palpable, bien plus proche.


Il y a quelques années encore, les incendies gigantesques qui dévastaient l’Australie, les Etats-Unis ou l’Afrique semblaient lointains. Aujourd’hui, ce ne sont certes pas les premiers incendies du pays, mais ce sont cette fois plus de 20 000 hectares qui ont brûlé en Gironde, sans compter les Monts d’Arrée en Bretagne et le Gard. Il y a quelques années encore, les canicules n’étaient que des événements rares et exceptionnels. Elles sont à présent devenues une norme et il n’est pas rare que nous traversions plusieurs épisodes caniculaires dans le même été.


Il y a quelques années, les scientifiques alertaient pourtant déjà sur le changement climatique. A chaque rapport du GIEC, les prévisions s’aggravent, les scénarios se précisent… et se précipitent. Leurs alertes sur le manque d’actions proportionnées et la nécessité de changer nos modes de vie se font plus pressantes.


Aujourd’hui, les catastrophes ne manquent pas pour rendre visible à toutes et tous les risques que pointent les multiples études et modélisations scientifiques sur le climat : multiplication des événements climatiques extrêmes, températures plus élevées, canicules de plus en plus fréquentes, méga-feux, effondrements de glaciers, fonte des glaces…


Certes, la forêt progresse en France : de 14,1 millions d’hectares en métropole en 1985, elle en compte 17 millions en 2017. Pour autant, cela ne signifie pas que la forêt se porte bien ; les incendies à répétition pourraient mettre à mal la capacité des forêts de pin à repousser, leur pousse étant lente et les jeunes pins, plus vulnérables aux flammes. De plus, les monocultures favorisent également la progression des incendies… et des parasites qui peuvent décimer, eux aussi, des hectares, comme les scolytes dans les Vosges.


Or, la forêt joue un rôle essentiel pour le climat ; outre l’absorption du CO2, elle contribue à la formation des précipitations, abrite un formidable milieu de biodiversité, participe de la lutte contre l’érosion des sols…


Dans la foulée des incendies, contre lesquels les pompiers ont, une fois encore, lutté avec un acharnement et une abnégation qui forcent le respect, le Président Macron a annoncé qu’il faudrait faire repousser les hectares brulés en Gironde avec de nouvelles règles, ainsi que la mise en place d’un grand chantier avec l’ONF. Ce sont effectivement les spécialistes français de la forêt ; mais quand on se souvient qu’il s’agit du même Président qui, pendant son précédent quinquennat, s’est ingénié à démanteler l’ONF, pourtant nécessaire, et à casser le collectif en son sein, l’annonce ferait presque sourire… si le contexte n’était pas si tragique.

Malheureusement, les réponses sont comme toujours insuffisantes et tardives. Le Président Macron se place, en bon stratège politique, dans la communication de crise ; une catastrophe se présente ? Vite, il faut communiquer sur quelque chose, l’ébauche d’une réponse ! Et sur le climat, nous sommes dans la réaction perpétuelle à des événements pour lesquels nous ne sommes pas ou pas suffisamment préparés. Forcément : malgré les alertes, l’environnement reste le parent pauvre des politiques libérales, qui ne proposent rien sur la prévention ou le long terme. C’est que cela impacterait le business et les profits des grands groupes !


Pourtant, des solutions existent : revoir nos modes de production et de consommation et sortir de la surproduction et du gaspillage, dans une visée d’équité et de justice sociale ; relocaliser ce qui peut l’être ; redécouvrir les méthodes d’agriculture sans pesticides ; sortir des traités de libre échange de nouvelle génération qui augmentent les échanges et donc les émissions de GES… En bref, remettre en cause le système capitaliste de toute urgence et sa logique d’épuiser les humains bien sûr, mais en réalité tout le vivant et la nature.


D’autant qu’il faut prendre garde à ce que les vapeurs de la canicule et la fumée des incendies ne masquent pas les autres urgences, tout aussi vitales pour la survie de la planète.


Car si le climat est la plus médiatique des urgences environnementales, il n’est de loin pas la seule. Les catastrophes annoncées ou en cours ne manquent malheureusement pas : pollutions multiples, notamment dues aux plastiques enterrés ou dans les océans, pollutions de l’air, pollutions toxiques dues à l’élevage intensif, à l’utilisation de pesticides et de fongicides, perturbateurs endocriniens omniprésents, mais aussi effondrement de la biodiversité, tout aussi vitale pour la vie sur la planète que le climat.


Car lorsque trop de mailles du tissu des écosystèmes sont affaiblies ou disparues, l’ensemble se trouve fragilisé. C’est tout l’édifice qui risque alors de s’écrouler. Un exemple, le phytoplancton, sorte d’équivalent océanique des plantes, base indispensable de la chaîne alimentaire, qui produit également de l’oxygène et permet l’absorption d’une grande partie du CO2 émit dans l’atmosphère par l’océan. Il est aujourd’hui mis en péril par l’acidification des océans. Autre exemple, les pollinisateurs, qui permettent la reproduction des plantes, sont en déclin du fait du recul des haies et de l’utilisation de pesticides.


C’est que les écosystèmes se composent de milliers d’autres créatures que les êtres humains, et que l’interdépendance entre tout le vivant est cruciale. Tant que nous penserons par secteurs et sans mettre l’urgence environnementale et sociale qui vont de pair, au cœur de toute action publique, nous resterons à la traîne, à courir derrière l’emballement des catastrophes. Il est possible d’agir pour limiter le changement climatique et préserver la biodiversité. Qu’attendons-nous ? Si le gouvernement ne prend pas maintenant les décisions qui s’imposent, il sera coupable d’avoir laissé à nos enfants et nos petits-enfants une Terre brûlée.




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