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Lycées professionnels : une jeunesse livrée au patronat

Parti à la recherche d’une popularité auprès des classes moyennes, le Président de la République continue de manière arrogante à accélérer son agenda de régression sociale.

Annonçant la réforme du lycée professionnel, Emmanuel Macron donne toujours plus de pouvoir au patronat en créant les conditions d’une main-d’œuvre corvéable. Alors que la réforme est similaire à la précédente tentative de projet de loi, rejetée par les organisations syndicales d’enseignants et les professionnels, voici que le président remet le même couvert ! Pour le changement de méthode promis, on repassera !


Au nom d’un public souvent déconsidéré dans l’imaginaire, de filières qualifiées à tort de voies de garage, le président renforce la mainmise du capital sur les formations et le mépris social ! Réduction de l’aspect de formation initiale et de cours généraux pour les élèves, renforcement du temps de travail en entreprise et pouvoir de décisions des employeurs pour décider de l’avenir des filières ! Les enseignants sont par ailleurs considérés comme des super tuteurs, dévalorisant leurs qualifications d’enseignants et de professionnels du secteur, pour être renvoyés à une mission d’aiguillage et de lien à l’employeur !


C’est à terme la fin du lycée professionnel qui se profile, pour les Centres de formation et d’apprentissage, accentuant la séparation sociale entre cette filière et la générale. Car oui, les passerelles et les possibilités de poursuivre ses études qui existaient vers l’enseignement général seront détruites avec ce projet de loi.


Il s’agit de rendre une jeunesse corvéable pour des besoins immédiats d’employeurs. On ne peut parler planification écologique et réindustrialisation et ne pas reconstruire des filières industrielles qualifiantes, de haut niveau, ce qui supposerait de mieux doter nos lycées professionnels. Ceux-là même qui ont déjà détruit des centaines de filières par la désindustrialisation veulent maintenant nous faire croire la main sur le cœur qu’ils sont les plus attachés à ce secteur. Rappelons-nous qu’il y a seulement quelques semaines, il a fallu faire appel à des soudeurs étatsuniens pour les opérations de carénage de nos centrales nucléaires tant notre pays manquait de ce corps de métier, conséquence du démantèlement de cette formation spécialisée et de l’absence de stratégie d’EDF. Cette réforme va surtout hyperspécialiser des lycées dans les bassins d’emploi. Au final, soit les jeunes quitteront leur territoire d’origine, soit ils viendront garnir les rangs déjà fournis de jeunes sans formation ni qualification. Cela induit également l’idée que l’enseignement de savoirs généraux serait inutile pour s’insérer professionnellement.


C’est au contraire l’hyperspécialisation qui fragilise les salariés, car l’absence de qualifications sanctionnées par des diplômes affaiblit à terme les statuts professionnels et les grilles salariales qui y sont adossées. En « professionnalisant la voie professionnelle » (sic), le gouvernement renvoie l’idée qu’il ne faudrait pas évoquer la formation citoyenne. Pourtant, à l’heure des nécessaires adaptations au changement climatique, du besoin de produire et consommer autrement, à l’heure des réseaux sociaux, construire des individus avec un esprit critique en capacité d’aller chercher et de comprendre les informations, l’enjeu de citoyenneté et d’enseignement général apparaît plus que fondamental.


Certains nous diront qu’aider ces jeunes, parfois en difficulté sociale, part d’une bonne démarche. Oui…mais le projet présidentiel relève non seulement d’une stratégie injuste, accentuant les inégalités, mais également inefficace. Les fausses hausses de rémunération et les nouvelles missions de remplacement, déjà proposées dans l’ensemble l’Education nationale et rejetées par les enseignants, sont scandaleuses. Elles restent en deçà de la plus infâme des mesures proposées : une gratification du stage en entreprise dérisoire, de 50 par semaine en seconde et 100 en terminale, somme payée…par l’Etat ! C’est double jackpot pour le patronat ! On ne peut que ressentir cette mauvaise impression que le développement du travail chez des mineurs constitue une régression tant la réglementation contre le travail des enfants a été symbolique des premières conquêtes ouvrières il y a deux siècles. En plus d’annoncer la saignée de certaines filières, avec des savoir-faire qui disparaitront, cette réforme fait fi du fait que beaucoup de jeunes cessent leurs formations professionnelles par difficulté de transport, par un encadrement trop faible voire une insécurité au travail (beaucoup de jeunes subissent un accident de travail). Il faut également évoquer les difficultés de trouver un employeur, en raison des discriminations territoriales et en fonction de l’origine, de la difficulté pour des jeunes femmes de s’inscrire dans certaines filières. C’est également l’orientation qu’il faut repenser au lieu de l’indexer sur les seuls besoins du patronat. Dans mon département, où un·e élève rate en moyenne un an de classe en raison d’absence d’enseignants, la réforme du lycée professionnel va accélérer le tri social.


Le Président de la République dit vouloir redonner du sens au travail, il veut en réalité poursuivre le travail de sape organisé depuis plusieurs années. Faire travailler la population plus longtemps, plus jeune, avec peu de qualifications et des statuts précaires. C’est un projet de société, qu’alimente les discours de division, pour empêcher des solidarités de classe et déposséder les futurs salariés et les salariés actuels du sens de sa formation et de son travail.


Ce n’est pas un hasard si cette réforme succède à celle des retraites et se joint à celle du RSA. Il s’agit de précariser davantage au travail et créer des formes de travail gratuit, contraints à donner au patronat. Il n’y aucune logique d’insertion mais plutôt de brutalité sociale, d’imposer une activité au travail toujours plus aliénante, mal payée et mal reconnue. La mobilisation, toujours en cours, contre la réforme des retraites appelle pourtant à une réflexion sur le sens du travail, ce que les millions de salariés expriment depuis plusieurs semaines.


Les lycéens des établissements professionnels ont toute leur place dans cette réflexion. Elles et ils exercent des métiers essentiels, bien plus nobles que beaucoup croient, fruit d’un savoir-faire transmis par des générations de travailleur·se·s qui mériterait plus de considération qu’une mise au pas accompagné de salaires de misère.




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