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Mayotte : un problème social et politique, loin des fantasmes identitaires

On nous avait promis après l’examen du Conseil constitutionnel qu’il n’y aurait pas de nouvelle législation sur l’immigration. C’était non seulement une promesse creuse mais surtout un artifice. Car d’immigration, il en sera question…dans à peu près toutes les lois !


Alors que la réforme de l’Aide médicale d’Etat (AME) se fera par voie réglementaire, le gouvernement a décidé de remettre sur le tapis le sujet du droit du sol. Cela ne concernerait que Mayotte, île départementalisée depuis 2011. En déplacement sur place, Gérald Darmanin a annoncé cette mesure qui serait spécifique à ce territoire ainsi que la fin du visa territorialisé qui empêchait les personnes ayant obtenu un titre de séjour à Mayotte de se rendre en territoire métropolitain. Il faut ajouter à cet arsenal de mesures la continuité de l’opération Wuambushu avec des « murs maritimes » qui seraient instaurés autour de l’île sans qu’on sache par quels moyens et au péril de la vie des migrants.


Sous pression du collectif des Forces vives, collectif mahorais qui souhaite suspendre l’ensemble des principes républicains sur l’île au nom de la lutte contre l’immigration illégale. Il n’en fallait pas plus à ses porte-parole pour relayer les pires fantasmes racistes sur une immigration qui viendrait valider la thèse du Grand remplacement. Derrière le terme immigration, ce sont bien nos concitoyens arabes et noirs qui sont visés dont l’extrême-droite et une partie de la droite ne veut pas considérer comme française.


Les Républicains et le Rassemblement national se sont précipités pour réclamer la suppression du droit du sol sur l’ensemble du territoire national. La proposition de loi instituant un Référendum d’Initiative partagée (RIP) par la droite parlementaire veut faire revoter les dispositions rejetées par le Conseil constitutionnel au nom de la défense de la démocratie. Il s’agit de l’accès aux prestations sociales pour les étrangers ou encore la fin de l’AME.


Se réclamant tous du peuple, qui ne souhaiterait que s’exprimer sur l’immigration, ces démagogues n’en appellent jamais à la participation populaire pour défendre nos conquêtes sociales. Consulter le peuple ne vaut que pour diviser. Qu’ils écoutent les revendications populaires, celles exprimées pendant la mobilisation des retraites ou même celles des Gilets Jaunes où l’immigration était évoquée dans moins de 5% des doléances.


L’immigration sera le sujet permanent de ce quinquennat, instrument de division certes mais aussi véritable paradigme au sein de l’Etat pour miner nos droits collectifs. La récurrence de ce thème dit en réalité beaucoup de la conception du droit par le capital. C’est d’une société fragmentée, éclatée où selon son origine, son territoire, les droits seraient différenciés.


A rebours d’une conception républicaine, il s’agirait de mettre en avant une dimension ethnique. Les réactionnaires applaudissent des deux mains comme l’a d’ailleurs déclaré Robert Ménard, maire de Béziers et promoteur de l’union toutes les droites. Il n’est pas étonnant que le droit du sol soit attaqué à Mayotte où ce principe était appliqué seulement depuis 2011 seulement, le droit coutumier colonial faisant loi. Mayotte, c’est le symbole d’un maintien colonial dont la France doit s’extraire selon ses obligations internationales (résolution n°3385 du 12 novembre 1975) et qui est rappelé chaque année à l’Assemblée générale des Nations Unies.  


Instaurer une exception au droit du sol qui était déjà miné sur l’île mahoraise, c’est affaiblir l’ensemble de nos principes républicains d’égalité. Modèle et fantasme pour l’extrême-droite, le territoire de l’Océan indien constitue un front de mobilisation face au racisme ambiant. Nous devons refuser cette logique d’exception qui sera généralisée si nous laissons faire, demain à d’autres territoires ultra-marins, après-demain à la métropole comme politique de droit commun.


Mayotte est pourtant avant tout en état d’urgence sociale. 80% de la population vit sous le seuil de pauvreté, les services publics sont quasiment inexistants ou défaillants et même l’accès à l’eau n’est pas garanti. On peut évoquer l’habitat insalubre, les écoles accessibles par demi-journée : ce sont ces conditions de vie indignes qui créent l’exaspération. La présence de demandeurs d’asile qui arrivent dans des conditions déplorables cristallise la colère mais ce n’est pas le problème de fond.


Il faut donc répondre avant toute chose aux problématiques sociales en garantissant des conditions de vie dignes aux populations dont il est simpliste de faire la distinction selon l’origine quand dans une même famille, il y a des personnes avec une situation administrative différente. C’est une politique d’accueil digne et humaine qu’il faut également construire. Des politiques de coopérations doivent permettre d’en finir avec les chemins de l’exil, ce qui nécessite d’en finir avec la logique de prédation économique vis-à-vis des pays du Sud.


La banalisation des idées d’extrême-droite n’en n’est qu’à ses débuts. Agissons dès maintenant en affirmant nos principes républicains.

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