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OTAN : L’échec d’un modèle

Alors que nous allons dépasser les cent jours du conflit en Ukraine, il est à craindre que nous entrions dans une guerre longue. Les conséquences en sont déjà dramatiques avec des vies perdues, fracassées, déchirées par la mort, la séparation et l’exil. Cette considération humaine doit rester première pour ne pas oublier que la guerre est toujours affreuse, sale, destructrice. Le bilan matériel est terrible également puisque l’économie ukrainienne est effondrée, menaçant sa population mais aussi les exportations de ce pays qui est parmi les plus grands explorateurs de blé, de tournesol et d’intrants si nécessaires pour l’alimentation et l’agriculture mondiales. La Russie est entrée dans une économie de guerre, rejointe par…les pays européens et les Etats-Unis.


Si nous évoquons régulièrement dans l’actualité les sanctions internationales (surtout européennes) contre la Russie, cet affrontement sous-jacent est en place depuis 2014, date de la mainmise de la Crimée par Moscou. L’invasion actuelle de l’Ukraine est une nouvelle étape de cet affrontement dans l’espace post-soviétique. Avec des Etats récents et des nations relativement jeunes, les politiques néo-libérales, qui ont laissé place au tout-marché sans régler les rancœurs et méfiances du passé, ont exacerbé des rivalités nationalistes. Entre une Russie qui s’est sentie humiliée et des ex-satellites méfiants vis-à-vis de l’ancien grand frère russe, les puissances étatsunienne et américaine n’ont proposé que le marché unique et l’alliance militaire de l’OTAN comme solutions. Il faut dire que la période s’y prêtait : l’âge d’or de la démocratie libérale, de la « fin de l’Histoire » et de l’hégémonie étatsunienne était à son apogée.


Mais ce monde a vécu. Car cet ordre mondial inégalitaire a engendré des frustrations comme il a favorisé l’émergence d’autres puissances, d’autres « modèles » (si tant est qu’il en faille un à suivre). A ce compte, la Russie s’est repositionnée depuis le début du siècle pour redevenir une puissance, à défaut d’une hyper comme au XXe siècle, et restaurer un espace de domination, synthèse de son histoire soviétique récente et tsariste. Les intégrations successives des pays d’Europe centrale et orientale ont renforcé cette perception. La possible adhésion de l’Ukraine à l’OTAN a été considérée comme une ligne rouge. Chaque événement était ainsi perçu comme une provocation et les dirigeants de Washington comme de Moscou n’ont cessé de se provoquer, comme si la fin de la logique des blocs n’avait pas éteint la méfiance réciproque entretenu durant la Guerre froide.


La conférence de Munich sur la sécurité européenne en 2007, où Vladimir Poutine actait la rupture avec les puissances occidentales, est incontestablement un tournant. D’exercices militaires aux frontières de l’autre en reconnaissances de Républiques autoproclamées en Géorgie, au Kosovo en passant par les cyberattaques et batailles de l’information, le duel entre le couple Etats-Unis/Union européenne et la Russie s’est affermi et cristallisé sur l’Ukraine. L’architecture de la conférence d’Helsinki qui avait contribué au rapprochement Est-Ouest dès les années 1970 s’est fracassée sur ces nouvelles alliances. Il posait pourtant les relations d’une véritable neutralité et la prise en compte des besoins de sécurité de chacun sur le continent avec un espace de dialogue permanent. L’Ukraine aurait pu en être le symbole. Elle devient un terrain d’affrontement où se mêlent instrumentalisation des mémoires, rivalités nationalistes et nouvelle donne militaire.




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