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"Plan eau" : Le plan vaseux du gouvernement

Le « Plan eau » du gouvernement a été présenté par le Président Macron le 30 mars dernier, alors que le début d’année a été marqué par la sécheresse et un nombre record de jours sans pluie consécutifs. Les attentes étaient grandes, mais une fois encore, les mesures annoncées par le gouvernement déçoivent.


Ce Plan eau arrive après la parution du rapport du Bureau des recherches géologiques et minières (BRGM) sur l’état des nappes d’eau souterraine au 1er mars dernier, qui en brosse une situation particulièrement alarmante. La situation au 1er avril n’est guère meilleure. La recharge des nappes, en automne-hiver, a été insuffisante et la pluviométrie trop faible en début d’année, dans la suite d’une année 2022 déjà difficile. Ensuite, les enjeux liés à l’eau sont sur le devant de la scène, dans une période de manifestations à Sainte-Soline en opposition aux méga bassines, violemment réprimées.


Car les conséquences des sécheresses et des prélèvements d’eau dans des nappes peu rechargées peuvent être dramatiques. A l’été 2022, plus d’une centaine de villes s’étaient trouvées privées d’eau, avec des pertes de rendements pour les cultures, notamment le maïs (majoritairement destiné au bétail, et qui représente 60% des surfaces irriguées), ainsi que certaines céréales. Depuis le 14 avril dernier, quatre communes des Pyrénées-Orientales sont privées d’eau potable en raison de la sécheresse précoce. Or, le changement climatique accroît d’ores et déjà ces épisodes de chaleur et de sécheresse.


Devant ces difficultés majeures, quels sont les objectifs et les réponses apportées par le gouvernement ? En premier lieu, le Plan eau fixe l’objectif d’effectuer 10% d’économies d’eau prélevée à l’horizon 2030, dans tous les secteurs.


Parmi les mesures les plus emblématiques figure le traitement des eaux usées pour irriguer les cultures. L’idée est séduisante… mais non sans effets négatifs. Acheminer autant d’eau pour l’irrigation suppose le développement d’infrastructures, mais aussi l’énergie correspondante dans un contexte de hausse de la demande en électricité et, surtout, de forte hausse des tarifs. Enfin, rendre ces eaux utilisables supposerait un traitement supplémentaire très lourd et coûteux.


Surtout, le plan ouvre la voie à la mise en œuvre d’une tarification progressive de l’eau, à l’image de Dunkerque qui teste depuis dix ans une tarification à trois vitesses : « essentielle » (80 premiers mètres cubes), « utile » (80 à 200 m3) et « de confort » (au-delà de 200 m3). Un système généralement salué comme équitable et de justice sociale pour permettre un accès à l’eau aux plus modestes. Une tarification progressive, donc, et « responsabilisante » selon l’expression du Président de la République. Mais qui s’agit-il de « responsabiliser » ? Les plus précaires, qui n’ont déjà guère le choix. Le choix de l’expression « de confort » – aussi employée par le Président – est à cet égard révélateur. Les plus précaires ont droit à la survie, les plus aisés au confort. Voire au luxe – car ils pourront payer. Certes, la réduction de la consommation d’eau est essentielle ; certes, le nécessaire est quasi garanti pour toutes et tous… mais en sanctuarisant les inégalités. Et les familles ne peuvent être seules mises à contribution, d’autant que c’est l’agriculture qui constitue le plus gros pôle de consommation d’eau en France (58%), loin devant l’eau potable (26%).


Les milieux aquatiques naturels (nappes, rivières, lacs…) sont quant à eux très peu présents au sein de ce Plan eau. Pourtant, les eaux de surface sont très polluées, et pour ce qui est des nappes d’eau souterraine, elles ont besoin de se recharger. Pour cela, il faudra ralentir l’artificialisation des sols et cesser de construire des méga bassines – dans lesquelles l’eau est davantage polluée et s’évapore.


Quelques jours après l’annonce de ce plan, l’Anses rendait public un rapport, là encore, alarmant : un tiers de l’eau potable distribuée en métropole est contaminée par les métabolites du chlorothalonil, un pesticide interdit depuis 2019. Sa présence est quasi généralisée dans les eaux de surface et souterraine.


La « vision » déployée par le gouvernement dans ce Plan eau reste donc malheureusement essentiellement utilitariste et gestionnaire, sans pour autant s’avérer réellement planificatrice. Le Plan passe à côté des enjeux essentiels liés à l’eau, des questions d’économies d’eau justes et équitables, des questions d’usage de l’eau et de préservation de la biodiversité qui y sont étroitement liées. Car les difficultés sont énormes, et ne se déploient pas uniquement sur le territoire français mais bien à l’échelle mondiale. Alors que l’eau est au carrefour de tous les enjeux, fondamentale pour la vie sur la planète, la France était en droit d’attendre un plan à la hauteur des difficultés. Pour protéger au mieux cet élément, cette ressource essentielle, nous proposons au contraire de le considérer comme un bien commun qui doit être préservé et auquel toutes et tous doivent avoir un égal accès. Peut-être serons-nous qualifiés d’écoterroristes, pour oser tenir de tels propos. Il faudrait juste, avant de prononcer des paroles regrettables, se souvenir que sans eau, point de survie.




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1 Comment


Qu'il y ait besoin d'une prise de conscience dans son ensemble, que ce soit du peuple ou des gouvernants, cela est certain. L'eau fait partie de cet ensemble. L'humain et les règnes végétal et animal ne peuvent vivre sans eau. La problématique vient du fait que pour les gouvernants spéculant sur l'argent, prise de conscience signifie passer à la caisse de la manière habituelle : les plus démunis seront encore plus démunis. . A aucun moment, la dimension humaine est au centre du problème. Si nous revenons à l' essentiel que sont les besoins d'un humain, notre pensée s'oriente vers des solutions globales qui voient l'ensemble de la planète. A l'heure actuelle, les gouvernants au service de la mafia fric…

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