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Quel bilan de la présidence française de l’Union européenne ?

Ce jeudi 30 juin s’est achevée la présidence française de l’Union européenne. Il est temps d’en faire un bilan d’autant qu’Emmanuel Macron a voulu en faire un moyen d’affirmer un leadership européen qui lui donnerait une légitimité sur la scène nationale et à montrer la supériorité du courant libéral face aux populismes. Il faut dire que ces postures ont échoué malgré les satisfécits de la presse économique.


On doit d’abord évoquer d’emblée la guerre en Ukraine qui a bouleversé ce mandat. Si la tension montait, il était jusqu’alors inimaginable de revoir un conflit interétatique de haute intensité en Europe. Emmanuel Macron a été pro-actif pour organiser une médiation jusque dans les derniers instants précédant l’invasion russe en Ukraine. Adepte du « en même temps », il n’a eu de cesse de vouloir s’attirer également les bonnes grâces étatsuniennes. Ce jeu d’équilibre révèle surtout des positions contradictoires au sein de l’Union européenne, entre les partisans d’une ligne dure contre la Russie, des sanctions jusqu’à la rupture totale avec la Russie voire la guerre, et les partisans (dont la France) de sanctions pour contraindre Moscou au cessez-le-feu…tout en déployant des troupes aux frontières orientales. Nous avons assisté à une « otanisation » de l’UE qui a accéléré l’objectif des 2% de budget militaire pour chacun de ses membres. L’autonomie stratégique, dont celle d’une défense européenne, voulue par le président français est remise aux calendes grecques.

Concernant la politique étrangère de l’Union indexée sur l’élargissement de l’OTAN et de l’UE notamment à des pays orientaux du continent, elle se ferait dans un premier via une nouvelle instance qui est un Conseil politique européen, associant Etats membres de l’Union et candidats. Cette démarche ne permet pas en l’état d’avancer vers une sécurité collective européenne, renforçant les méfiances et griefs réciproques avec la Russie. Il aurait fallu pourtant faire entendre une voix de la paix.


Accueillant les réfugié·e·s ukrainien·e·s avec le mécanisme de la protection temporaire, l’Europe se serait honorée à revoir l’accueil et le traitement des autres réfugiés venus des autres continents. D’autant que Frontex connait une crise puisque son président a démissionné, n’assumant plus les violences de l’institution et n’est que la seule réponse aux drames humains des traversées en Méditerranée et dans la Manche. Pour l’Europe plus humaine, on repassera.


Sur le volet écologique, la présidence française a souhaité porter une nouvelle ambition pour accélérer la transition écologique notamment dans le domaine énergétique. L’occasion de se retirer de la dépendance aux énergies fossiles dont le pétrole et le gaz russe concorde avec cette ambition de réduction des émissions de gaz à effet de serre et le plan FitFor55, visant la réduction des émissions carbone de 55% d’ici à 2030. Les révélations de recherche de sources alternatives d’énergies fossiles au Moyen-Orient, en Afrique voire avec les Etats-Unis (grand fournisseur de gaz de schiste ou liquéfié) ont tempéré ces grands discours. Malgré tout, il faut saluer les avancées portées d’abord au Parlement européen pour sortir du marché des voitures thermiques à l’horizon 2035. Mais comme pour la taxe carbone aux frontières pour créer un espace économique favorable à la neutralité carbone, se posera la question de la transition des modes de production, de consommation et de vie. L’instauration d’un fonds social à hauteur de 59 milliards ne sera pas suffisante. Il y a besoin d’investissements massifs et de placer l’énergie comme un bien commun, libéré des enjeux marchands.


Est-ce que ces ambitions verront le jour face aux sacro-saints principes économiques du libre marché et des dogmes des déficits ? Rappelons-nous que l’Union européenne s’est soustraite à ses règles intangibles le temps de la crise sanitaire et de la relance économique. La petite musique de l’austérité réapparaît avec la fameuse règle du respect des 3% de déficit public du PIB. La hausse des taux d’intérêts par la Banque centrale européenne, pour contenir l’inflation, fait craindre un ralentissement économique voire une rupture dans les marchés financiers. Le spectre d’une pression et d’une mise concurrence des Etats par les marchés financiers, comme en 2011, est réel. La signature d’un accord commercial avec la Nouvelle-Zélande, en tout point similaire avec d’autres projets déjà signés comme celui avec le Mercosur ou le Canada, ne vont pas dans le sens d’une régulation plus sociale ou écologique. Les grandes ambitions écologiques et le nécessaire soutien aux familles populaires ne peuvent se fracasser sur l’étau de l’austérité budgétaire et des accords de libre-échange tirant vers le moins-disant social. Par ailleurs, la remise par Paris d’un document budgétaire promettant 80 milliards d’économies ne nous rassure évidemment pas. Ici comme en politique étrangère, l’Union n’a pas retenu les leçons du passé et maintient un logiciel périmé.


En définitive, la présidence française de l’Union européenne aura été intense par l’ensemble des événements qui l’ont marquée. Derrière les affichages et les grandes annonces, les grands défis de notre époque ne sont pas traités à la hauteur tant la France comme l’Union européenne continuent de placer les logiques libérales comme priorités.






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