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Réforme des retraites : Le travail c’est la santé…

Le recul de l’âge de départ à la retraite ? Beaucoup de Français savent « […] qu’on n’y coupera pas », d’après le ministre du Travail Olivier Dussopt — selon une estimation toute personnelle. Le gouvernement semble pourtant oublier un peu vite que l’allongement de la durée du travail va fragiliser tout le monde, mais pas de la même manière ni avec la même puissance.


L’argument du recul de l’espérance de vie — et donc l’augmentation du temps de retraite à prendre en charge — est fréquemment avancé. Il est cependant à manier avec, à tout le moins, quelques précautions. Car l’espérance de vie n’est rien si elle est envisagée seule. Il s’agit d’un calcul basé sur l’estimation de la durée de vie moyenne d’une génération fictive. Ainsi, l’Insee estime qu’en 2021, l’espérance de vie à la naissance s’établissait à 85,4 ans pour les femmes et à 79,3 ans pour les hommes.


Or, une moyenne seule, fictive ou non, ne nous renseigne guère, puisqu’elle masque des écarts et des disparités conséquentes. Dans ce cas tout particulièrement. Premier constat, l’espérance de vie des femmes et des hommes diffère.


De même, l’espérance de vie envisagée seule occulte deux dimensions fondamentales ; nous vivons plus longtemps, mais dans quel état de santé ? Et quelle est l’influence de la profession exercée sur l’état de santé ? Ainsi, lorsque l’on examine l’espérance de vie en bonne santé, on constate que l’écart entre un cadre et un ouvrier est de dix ans, au détriment de ce dernier.


Ensuite, aujourd’hui, à l’âge actuel de départ en retraite c’est-à-dire à 62 ans, on constate que 25% des plus pauvres sont déjà morts… contre 5% des plus riches, selon l’Insee et sur la base des données 2018 pour la population masculine.


Attention donc aux moyennes, aux catégories trop générales et aux chiffres « magiques » brandis à tour de bras. Les précisions sont, ici, atrocement éloquentes et révélatrices de profondes inégalités sociales, inégalités qui vont s’accentuer davantage encore si l’âge de départ à la retraite est reculé à 64 ans.


Car les plus défavorisés cumulent trop souvent les difficultés, avec des emplois qui peuvent être pénibles par exemple physiquement ou avec du travail de nuit, et/ou peu valorisés socialement, peu émancipateurs. Les régimes spéciaux visaient notamment à permettre des retraites anticipées pour les professions usantes, dégradées par ailleurs par la casse du droit du travail (temps de travail, précarisation, affaiblissement de l’inspection et de la médecine du travail). Celles et ceux qui souffrent de troubles musculo-squelettiques, qui travaillent en extérieur subissent l’sure physique mais aussi mentale avec le niveau de stress pour celles et ceux qui manient des matériaux dangereux, transportent des passagers. Les pratiques socio-culturelles sont également à prendre en compte, notamment sur l’alimentation, avec une nourriture de moindre qualité parce que moins chère, voire de la « malbouffe ». Les conséquences sur la santé sont évidentes, et peuvent se cumuler.


C’est précisément là qu’apparaissent les contradictions de cette réforme, qui n’a guère de sens y compris sur un volet purement technique et financier. Examinons le recul de l’âge de départ en retraite à l’aune de l’économie — puisque même la vie humaine semble devoir se justifier par ce prisme — : cela revient à déplacer le problème financier sur le volet des soins médicaux, puisque l’état de santé va s’altérer davantage, à minima pour certaines catégories socioprofessionnelles, en allongeant la durée du travail. Le « coût » pèsera donc sur la Sécurité sociale… sauf à considérer que la santé sera, d’ici quelques années, totalement privatisée et hors des budgets et de la garantie de l’Etat.


Car malheureusement, la libéralisation de ce service encore en partie public est bel et bien amorcée avec l’essor des mutuelles privées, les fermetures de lits et les regroupements de centres hospitaliers désormais conçus comme des entreprises devant être rentables. Dans cette optique, qu’en sera-t-il alors des plus précaires ? Ils renonceront aux soins trop chers et mourront plus jeunes — une belle économie, sans doute… Le cynisme est poussé à son comble. En somme, cette réforme nous annonce une forme de sélection, non pas naturelle, mais idéologique et délétère. Nous sommes face à un choix de société ouvertement inégalitaire et excluant, un choix qui va à l’encontre de nos valeurs et contre lequel il nous faut lutter avec acharnement.




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