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Stop à la stratégie de la tension !

Depuis le jeudi 23 mars, la mobilisation sociale contre la réforme des retraites a pris un autre tournant. La lutte s’est amplifiée et diversifiée dans ses d’actions. L’usage du 49-3 à l’Assemblée nationale a symbolisé le caractère minoritaire de ce pouvoir aux abois. La contestation démocratique s’est ajoutée à la contestation sociale. Nombre de nos concitoyen·ne·s se sont indignés à juste titre d’un mépris sur le fond et la forme.

Mais ce qui fait la une de l’actualité n’est plus le fond de cette réforme justement. Ce sont les violences. Bien évidemment, les médias dominants et autres éditocrates, experts en tout pour peu qu’on les ait prévenus quelques minutes avant, ont focalisé l’attention sur des événements réels mais si peu représentatifs d’un mouvement inédit depuis près de trente ans.


Les images de mobilier urbain cassé, les affrontements entre certains manifestants, qui sont en réalité des perturbateurs professionnels, et la police nous désolent et nous les condamnons sans réserve. Mais nous refusons d’être jetés dans une confusion absolument intolérable qui cherche à délégitimer le mouvement et discréditer toute contestation sociale.

La grande masse des actifs est toujours radicalement opposée au projet de loi allongeant l’âge de départ en retraite à 64 ans. Il y a toujours une majorité écrasante qui soutient les mobilisations et encore maintenant.


L’exécutif tremble et ne trouve qu’à mettre la question de l’ordre au cœur du débat public pour tenter de pourrir le formidable élan populaire auquel les jeunes se sont joints récemment.


Profitant de la mobilisation contre les grandes bassines à Saint-Soline dans les Deux-Sèvres, l’opération de peur généralisée a pris un autre tournant. Les termes guerriers et les démonstrations martiales visant à criminaliser les militants écologistes sont là pour porter le discours autour de l’ordre. Le ministre de l’Intérieur n’hésite pas à mentir en évoquant des manifestations interdites, remettant en cause un droit fondamental dont la Défenseure des Droits a reconnu le droit inaliénable. Pire, c’est désormais le terme de terrorisme qui est régulièrement évoqué pour discréditer le mouvement social et au-delà toute opposition issue du camp progressiste et démocrate.


Le ministre aura beau se gargariser de postures ronflantes, les images et les enregistrements sonores montrent la brutalité de la répression policière. Des coups portés sans distinction contre des manifestants pacifiques, des arrestations sans motifs qui ont mené à ce que 90% de celles-ci soient classées sans suite : voilà le résultat pitoyable de cette offensive répressive. Ce phénomène ne s’arrête pas aux seules grandes villes et beaucoup d’événements similaires ont lieu dans les petites communes.


Le maintien de l’ordre, ce n’est pas l’absence de droits pour les manifestants, ni la mise au pas des masses. Il s’agit clairement de démobiliser les manifestants et d’éteindre le débat. Le gouvernement n’ayant pas de majorité d’idées, il veut porter le débat sur des thèmes régaliens ou identitaires qui réactivent la centralité d’un discours d’ordre.


Pourtant, les organisations syndicales avaient évoqué dès le début ce risque de violences. Non pas pour justifier des débordements mais parce qu’une colère sourde traverse le pays. La méthode et le fond de la réforme, ajoutés aux mensonges récurrents sur les prétendues avancées sociales du texte de loi, ont jeté de l’huile sur le feu. L’esprit de responsabilité est du côté des forces syndicales qui viennent enfin d’obtenir une rencontre avec l’exécutif au bout de 10 journées de mobilisations.


Alors que notre pays a connu le mouvement des Gilets jaunes, l’exécutif, et en réalité le capital qu’il sert, cherche à alimenter les affrontements. Combien de gueules cassées faudra-t-il encore laisser faire pour que les violences policières cessent ?


Ce discours du pouvoir vise à créer un continuum entre les forces de gauche opposées à la réforme dans l’Hémicycle et les blacks block. Ce seraient tous des ennemis de la République qu’il faudrait abattre et retirer leurs droits. Nous voilà dans un maccarthysme des temps modernes, où chaque personne de gauche est suspectée d’être un ennemi.


On aimerait plutôt entendre le gouvernement à propos des violences commises par des groupuscules d’extrême-droite qui brutalisent des étudiants dans les universités et les empêchent de mener des actions dans le mouvement actuel. On aimerait entendre le gouvernement et les médias dominants face aux propos haineux réguliers par des gens d’extrême-droite, les campagnes de cyberharcèlement et les intimidations contre les militants progressistes, les manifestations contre les projets d’accueil de migrants dans des villages.


Or, plusieurs ministres préfèrent dresser des louanges aux députés RN, jugés respectables. Cette béquille du capital reste toujours utile et attend patiemment en voulant profiter de la dégradation de la situation politique et sociale. Il n’y a pas de fascisme respectable, même en costume trois pièces.


Si rien n’excuse les dégradations de prétendus manifestants qui servent un discours d’ordre, il faut rappeler que la violence préexiste à ce contexte de mobilisation. Les violences sociales et institutionnelles, qui sont autant d’humiliations quotidiennes sont le terreau à une colère, à un rejet de cette société qui peuvent mener au pire. Nous devons construire une perspective heureuse de progrès et d’une démarche politique pour permettre une réappropriation populaire des enjeux de société autour du travail, du climat et de bien d’autres sujets.




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