Après des mois de bras de fer, d’invectives et d’échanges parfois surréalistes, le rapport de la commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public sera publié le 4 mai, après un vote serré à l’Assemblée nationale le 27 avril.
Durant tous les travaux de la commission, les auditions ont été suivies de très près : dénigrement des dirigeantes de l’audiovisuel public, culture de la désinformation, prises de parole médiatiques controversées pendant les auditions…
Rapporteur de la commission d’enquête sur les aides publiques aux grandes entreprises, je m’étais fixé une règle claire avec l’ensemble des membres de la commission : ne pas évoquer nos travaux avant leur publication ; nous appuyer exclusivement sur les faits et les documents pour rechercher la vérité ; ne formuler aucune attaque personnelle contre les personnes auditionnées ; et faire vivre un débat pluraliste et contradictoire au sein de la commission.
Mais au-delà de la forme, c’est le fond qui est profondément inquiétant. Le rapporteur Charles Alloncle, député ciottiste, a posé les bases supplémentaires de l’anéantissement de l’information et de la création publique audiovisuelle : c’est tout simplement le programme de l’extrême droite en cours d’application.
Alors que le rapport n’est pas encore publié, les premières recommandations sont déjà alarmantes : atteinte à la liberté d’expression des salarié·e·s avec restriction de leur prise de parole sur les réseaux sociaux, contrôle des chaînes parlementaires par l’Arcom, fusions (et donc suppressions) de chaînes, suppression de certaines formes de divertissement, et un milliard d’euros de coupes budgétaires.
Dans l’Amérique de Trump, les financements fédéraux aux médias publics ont été supprimés. Sous Giorgia Meloni, la direction de la RAI a été confiée à l’un de ses proches. L’organisation internationale Reporters sans frontières alerte sur le recul de la liberté de la presse dans de nombreux pays pourtant qualifiés de « démocratiques ». La France n’échappe pas à cette tendance.
La suppression ou le démantèlement de l’audiovisuel public figure officiellement au programme du Rassemblement national, qui ne s’en cache pas. Mais ce détricotage se fait aujourd’hui avec le soutien actif — ou à tout le moins l’abstention complice — des macronistes. En 2025, la gauche s’était opposée à la proposition de loi sur l’audiovisuel public, adoptée grâce au soutien de Rachida Dati et de la droite sénatoriale.
Hier encore en commission, c’est le soutien (ou l’abstention) de ses partisans qui a permis cette escalade anti-service public… au profit des médias privés détenus par une poignée de milliardaires.
À l’heure de l’uniformisation des contenus via les plateformes américaines et de leur logique de monétisation à outrance, on ne peut que s’inquiéter de ces attaques contre la création de contenus originaux, explorant de nouvelles formes et proposant une information qui ne soit pas entièrement soumise à la marchandisation.
Or, la marchandisation de la culture est précisément la marque de fabrique du groupe Lagardère — contrôlé par Bolloré — et de ses semblables. Comme l’a révélé Le Monde, une liste d’une dizaine de questions pour les auditions a été transmise au rapporteur par leurs soins. C’est évidemment le jeu habituel des lobbies, mais comment ignorer leur intérêt direct à affaiblir le service public pour espérer un important report d’audience… et les gains financiers qui en découlent ?
Le résultat est clair : une « culture » placée entre les mains du privé et des plus riches — comme l’a encore illustré récemment le scandale Grasset —, dernière étape de l’accaparement des médias par les sphères capitalistes.
C’est aussi un coup porté au service public de l’information à un an de l’élection présidentielle, en particulier contre les émissions d’enquête et de reportages, qui sont dans le viseur assumé de l’extrême droite.
Face à cet écran noir qui se profile, nous poursuivons le combat pour la liberté de la presse et des médias, pour un audiovisuel public réellement indépendant du pouvoir politique, créateur de contenus novateurs, instructifs et porteurs d’imaginaire !





