Nomination du défenseur des droits : attention au mauvais choix !

10 Juil 2026

Presqu’arrivé au bout de son mandat, le président Macron envisagerait de nommer François-Nöel Buffet, Sénateur LR, au poste de Défenseur des droits. Comme un énième (et ultime ?) coup porté à la démocratie. 

Si cette proposition doit encore être validée par les commissions des lois au Sénat et à l’Assemblée nationale, cela questionne et inquiète déjà de nombreux responsables associatifs, syndicaux, chercheurs etc.

Le Défenseur des droits n’est pas une administration parmi d’autres. Il s’agit d’une autorité administrative indépendante créée pour protéger les citoyens face aux abus, défendre les libertés fondamentales, lutter contre les discriminations, garantir les droits des enfants etc 

Le Défenseur des droits doit être le rempart de celles et ceux qui n’ont souvent que la République pour faire valoir leurs droits. C’est précisément pour cette raison que la personnalité qui incarne cette fonction compte autant.

Le bilan d’activité 2025 indique que l’institution a enregistré 165 011 réclamations, informations et orientations reçues sur l’année, soit une hausse de 17 % par rapport à 2024, et de près de 70 % par rapport à 2020. Cette hausse est particulièrement marquée dans le champ des relations avec les services publics (+ 20 %). De même, les réclamations en droit des étrangers sont passées d’environ 10% à plus de 40 % des réclamations entre 2020 et 2025. 

Le défenseur des droits, au regard de ses missions prévues dans la Constitution, est chargé de remettre au parlement des avis sur les différents projets de loi. Des avis argumentés et dont la boussole est l’intérêt supérieur des citoyens et citoyennes.

Or, comment ne pas s’interroger lorsqu’on sait que les nombreuses prises de position du candidat présumé ont consisté, ces dernières années, à défendre une lecture toujours plus restrictive des libertés publiques ?

Comment confier la lutte contre les discriminations à quelqu’un qui a soutenu des textes durcissant les politiques migratoires et voulant supprimer l’AME, au risque de fragiliser les droits fondamentaux des étrangers ? Comment imaginer qu’il puisse être la voix des libertés quand il a régulièrement dans l’hémicycle défendu un renforcement des dispositifs sécuritaires, parfois au détriment des garanties individuelles ? Comment croire à une vigilance absolue sur les pratiques policières lorsque son positionnement politique l’a souvent conduit à privilégier une logique sécuritaire ? Comment prétendre garantir l’égalité des droits notamment des personnes LGBT lorsqu’on sait qu’il s’est opposé au mariage pour toutes et tous et à l’extension de la PMA à toutes les femmes ? 

Par toutes ses positions, il est l’archétype du conservatisme. 

Personne ne conteste le droit d’un parlementaire à défendre ses convictions. Mais le Défenseur des droits exige autre chose. Il demande une capacité à s’extraire des combats partisans pour ne servir qu’un seul intérêt : celui des droits humains, de l’égalité devant la loi et de la protection des plus vulnérables. 

Il est essentiel en démocratie que les citoyens et citoyennes puissent avoir confiance dans les institutions, que celles-ci incarnent l’idée que les droits de chacun seront défendus, quelles que soient son origine, sa situation sociale, son sexe, son orientation sexuelle, etc. 

À l’heure où les discriminations progressent, où les atteintes aux libertés publiques se multiplient, où les fractures démocratiques s’approfondissent, le choix du Défenseur des droits devrait rassembler autour d’une exigence d’indépendance incontestable.

Cette possible nomination envoie le message inverse, celui d’une provocation et risque de fragiliser le rôle même de cette structure. 

La République n’a pas besoin d’un Défenseur des droits dont les positions nourrissent le doute sur sa capacité à protéger toutes et tous avec la même détermination. 

Elle a besoin d’une personnalité dont le parcours inspire immédiatement confiance aux victimes de discriminations, aux enfants en danger, aux personnes en situation de handicap, aux citoyens confrontés à des abus de pouvoir, aux lanceurs d’alerte, à toutes celles et ceux qui cherchent simplement justice et à faire respecter leurs droits, notamment lorsque ceux-ci dérangent l’ordre établi. 

Si cette nomination devait être validée, elle constituerait pour moi une erreur politique et un mauvais signal démocratique. 

Elle mérite d’être contestée, non par esprit partisan, mais par certitude et fidélité à l’idée que nous nous faisons de la République : une République qui protège avant de contraindre, qui garantit les libertés avant de les restreindre, qui place la dignité humaine au-dessus de toute autre considération. Il est encore temps. 

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