Discours d’inauguration de la 91ème édition de la Fête de l’Humanité

15 Sep 2026

Chers amis,

Chers camarades,

Je vous remercie une nouvelle fois d’avoir répondu présents pour le lancement de cette 91ème édition de notre Fête de l’Humanité.

L’Humanité, pleine et entière comme la concevait Jaurès est encore loin d’être réalisée.

Les guerres la ronge, le capitalisme nous en éloigne et nous confronte au plus grand risque existentiel, celui des déréglements climatiques qui menacent nos perspectives d’avenir désirables, communes et partagées.

L’an dernier, je commençais ce discours par le défi de l’eau, source de toute vie.

Il y a deux ans, je vous parlais d’une nouvelle frontière, l’espace, que des milliardaires cherchent à privatiser à leur seul profit.

Cette année, je commence par les méga-feux qui ont sévi tout l’été en Algérie, en Espagne, au Canada, comme en Ecosse et bien sûr en France, dans la forêt de Fontainebleau, le poumon vert de l’Ile-de-France ou dans les Landes et en Gironde, dans mon département d’origine. 

Ces feux ravagent les paysages, détruisent les logements, calcine la biodiversité et emportent les souvenirs. Ils éteignent les couleurs, et après le rouge incandescent, s’installe le noir de la désolation.

Evidemment avec vous, j’adresse mes amitiés solidaires, à celles et ceux qui ont tout perdu, comme aux pompiers et aux nombreux civils qui les ont aidés à éteindre les flammes.

L’Humanité, à son niveau, a tenu à contribuer face à ce drame, en étant partenaire du Secours populaire français. 

Je salue Henriette, sa présidente, qui agit partout sur le terrain aux côtés des victimes, en France comme, avec leurs partenaires, dans le monde entier.

Il est bien évidemment normal et nécessaire que les groupes parlementaires exigent, dès le prochain débat budgétaire, des moyens supplémentaires pour commander des canadairs en plus , construire une filière française d’avions civils ou que l’Etat tienne la promesse de l’installation de canadairs dans la base aérienne à Mont de Marsan. 

Mais la réalité est déjà ailleurs. Et notre vision de la société doit être placée à un tout autre niveau.

Les méga-feux, comme les ouragans, les pluies torrentielles, les épisodes caniculaires ou les vagues de froids extrêmes, sont de plus en plus rapprochés, violents, et ne cantonnent plus à quelques régions. Le phénomène climatique El Nino s’annonce d’ores et déjà dévastateur. 

Partout les peuples et les classes populaires sont menacées par l’exil, comme les 220 000 déplacés climatiques en France cet été et l’ONU chiffre à 230 millions à l’horizon 2040. 

La Fête de l’Humanité est donc placée sous le signe de la lutte contre le péril climatique qui nous guette.

Oui, nous sommes la dernière génération d’hommes et de femmes à pouvoir encore agir pour limiter le rythme infernal du changement climatique. 

Depuis juin 2026, nous venons de traverser la période la plus chaude jamais connue, avec des canicules intenses à répétition. Malheureusement, il était le plus frais de nos futurs étés. 

Mais ici, je le sais, contrairement aux plateaux de TV ou dans une partie de la société où les idées d’extrême droite prolifèrent, il n’y a pas de climatosceptisme.

Mais prenons-nous conscience, véritablement, que déjà 6 des 9 limites planétaires sont franchies ?

Prenons-nous conscience que nos sols, notre air, notre eau sont pollués et déréglés ? 

Et que l’impact de ces déréglements ne commenceront pas à être subis par nos petits enfants, par nous toutes et tous, dès aujourd’hui ?  

Il est donc temps d’agir avec radicalité, car le temps de la transition douce vers un autre modèle est déjà révolu. 

C’est aujourd’hui, et maintenant qu’il nous faut agir. 

Agir, en changeant radicalement nos manières de produire, de consommer, de nous déplacer, en commençant, par exemple, par abolir les traités de libre-échange anti-sociaux et climaticides. 

Oui, il faut s’adapter mais il faut aller plus loin ! 

Car les multinationales sont aujourd’hui plus puissantes que les lois des Etats, et ont les mains libres pour épuiser l’ensemble du vivant sans jamais avoir à rendre des comptes. 

Mais notre planète ne peut plus attendre. 

J’aimerais vous parler des forêts. Ces écosystèmes captent le CO2, grâce à la photosynthèse. Les dernières recherches démontrent que les arbres communiquent entre eux, s’adaptent au changement climatique et savent se protéger mutuellement  lorsqu’ils sont attaqués. 

Il est donc temps de leur donner un statut juridique protecteur, comme à nos rivières. Ainsi,   si une entreprise ou un groupe d’individus veulent s’y attaquer , il devront en répondre devant la justice. 

Au-dessus de la loi de l’argent, imposons que les droits humains et ceux de la nature soient indissociables et deviennent une garantie constitutionnelle.

Je propose de créer le crime d’humanicide qui désignerait la destruction, par le système capitaliste, de l’ensemble du vivant.  Si nous imposons ce concept, des multinationales seraient empêchées, et  démantelées. 

Chers amis, chers camarades, la Fête de l’Humanité c’est la fête du débat, de l’échange et de la radicalité concrète.

L’an dernier, à la même époque, un nouveau gouvernement illégitime au regard du résultat des urnes était nommé et nous appelait à la stabilité. 

Stabilité des institutions. 

Stabilité budgétaire. 

Stabilité, comme prétexte à facturer la gauche. 

Sans donner de leçon à quiconque, regardons en face ce que Macron et Lecornu ont fait de cette stabilité. 

Ont-ils mis le frein sur les réformes anti-sociales et climaticides ? Arrêté leur cap politique désavoué. ? Que nenni ! 

Au nom de la stabilité, nous avons eu la loi Duplomb et le retour de l’acétamipride, la loi Ripost, le Permis de tuer, 36 milliards supplémentaires pour la guerre, la hausse des franchises médicales. 

Il appelle ça stabilité ? J’appelle cela de la violence de classe. 

Leur stabilité est en fait une sauce indigente pour faire avaler des réformes antisociales tout en étant minoritaire. 

Et ce ne sont que les exemples récents, car  nous venons de subir 10 ans de macronisme. Les dégâts sont énormes. 

1000 milliards de dette supplémentaire, et 2,7 millions de chômeurs. 

Voici les chiffres de cette fameuse stabilité. 

Et cette France qui craque, nous la voyons aussi dans nos territoires industriels. 

À Vannes et à Cholet, Michelin a fermé ses usines, laissant sur le carreau des centaines de salariés et leur famille ; dans la chimie, à Pont-de-Claix, la situation de Vencorex a illustré la fragilité de filières industrielles entières ; à Dunkerque et à Fos-sur-Mer, les salariés d’ArcelorMittal savent combien l’avenir d’un site industriel peut dépendre de décisions prises loin des territoires et loin de ceux qui y travaillent. 

Je veux aussi citer les salariés de Marionnaud qui sont visés par un plan de suppressions d’emplois d’un tiers de leurs effectifs. Je salue d’ailleurs les camarades de la CGT et sa secrétaire générale qui sera avec nous durant le week end. 

Enfin, lorsque Legrand annonce, encore des suppressions de postes et la fermeture de sites, c’est une nouvelle fois la question de notre capacité à maintenir des emplois industriels qui est posée. 

La réindustrialisation ne peut pas être un discours creux prononcé sous les ors des salons ministériels :  elle doit devenir une priorité nationale, qui nécessite des investissements, et doit s’accompagner de droits nouveaux pour les salariés. 

Et surtout, vous vous en doutez, je veux revenir sur une règle simple  : lorsque de l’argent public est accordé à une entreprise, il doit y avoir des contreparties en matière d’emploi, d’investissement et de production. 

Les aides publiques ne peuvent pas être des chèques en blanc, mis au service des actionnaires. 

Il doit donc être interdit, pour une entreprise qui a bénéficié de fonds publics, de verser des dividendes et de licencier dans le même temps. 

Et nous ne le savons que trop bien : sur ces 211 milliards, beaucoup ne servent ni à protéger l’emploi, si les savoir-faire sur le sol français. 

C’est un scandale d’Etat, et nous devons continuer à nous emparer de ce chiffre et d’exiger un changement des règles.

Alors ensemble, actons la rupture totale avec ce gouvernement, ses orientations budgétaires  même au nom de la stabilité de nos institutions. 

Il est d’ores et déjà inimaginable d’envisager voter le budget tel qu’il semble se présenter pour 2027.

Chers amis, 

Cette année, la participation à la Fête sera un premier signal envoyé au gouvernement  : ensemble, adressons un premier acte de censure populaire au gouvernement Lecornu, qui fête péniblement son 1er anniversaire. 

Alors oui à la fête de l’humanité nous mettrons au contraire en débat une idée toujours neuve, innovante de dépassement du système capitaliste.  

Pour notre part, nous sommes toujours sur cette idée qui est en même temps une visée et un chemin. 

Il n’est pas un idéal auquel nous voulons que la réalité se conforme, mais un mouvement perpétuel qui cherche à abolir l’état actuel des choses. 

Il est une dynamique qui se construit, chaque jour, à partir des luttes concrètes, se heurte au rapport de forces tel qu’il est dans la société et non pas comme nous aimerions qu’il soit. 

Cette visée nous la nommons toujours communisme.

Notre communisme c’est le partage des savoirs, par exemple des brevets sur les vaccins, un savoir immense tiré de la recherche que nous mettrons en commun.

C’est aussi le partage des pouvoirs avec une démocratie renouvelée dans la cité, notamment via l’avénement d’une nouvelle Constitution et d’une nouvelle République et la mise en place de nouveaux pouvoirs dans l’entreprise. Pas que sur de la cogestion, mais en posant la question de qui détient les moyens de production, au service de qui et pourquoi faire ?

C’est pourquoi sûr, nous voulons nationaliser Total au côté d’Engie et d’EDF en créant GEDF, en remettant au cœur de l’appareil productif les travailleurs et travailleuses de l’Energie. 

Et je serais à leur côté le 15 septembre prochain contre la suppression du tarif agents !

Et tout ceci pose une autre question : celle du partage des richesses. 

La 1ère inégalité c’est l’héritage. 

C’est ce que tente d’ailleurs de nous faire oublier les milliardaires qui s’inventent du mérite, alors qu’ils ont quasiment tous hérité. 

Le résultat de cela, c’est que nous sommes aujourd’hui une société dominée par les rentiers. 

Prenons le pacte Dutreil, la désormais bien-connue niche fiscale de transmission de patrimoine qui a été dévoyée de son objectif annoncé pour être mis au seul bénéfice des ultra-riches.


66% de ses effets ne bénéficient qu’à 1% de la population, bien évidemment les plus aisés, et les abus sont légion – car pourquoi ne pas faire entrer dans ses holdings, son yacht, son jet, et le soustraire à sa juste imposition lors de la transmission ?

Et pour combler le manque à gagner astronomique pour les caisses de l’Etat, nous sommes toutes et tous mis à contribution pour permettre aux ultra-riches de se soustraire à leur juste part d’imposition.


Mais lorsque la gauche parlementaire tente de renverser la vapeur, même à minima, la levée de bouclier est immédiate : il suffit d’écouter Patrick Martin ou les droites coalisées se rouler par terre sur la taxe Zucman, nous expliquer que ce serait la ruine pour le pays.

En réalité, ce dispositif ne concerne que les 0,001 % de foyers fiscaux détenant plus de 100 millions d’euros. 

Pas les classes moyennes, pas les petits propriétaires, pas même les classes aisées de la population : seuls les ultra-riches sont concernés par cet impôt à 2%. 

Et oui, voilà où mène une société de caste et d’héritier, baignée dans l’impunité de classe la plus totale.

Elle s’enfonce dans l’individualisme et l’indécence en poussant des cris d’orfraie dès qu’on leur demande de redistribuer une fraction, même minime, de leur profit pour financer les services publics, biens communs de celles et ceux qui créent véritablement les richesses dans notre pays.

Alors faisons ensemble une double proposition : 

La première, c’est d’abolir tout héritage au-dessus de 300 000 euros. L’héritage moyen tourne autour de 120 000 euros, et 85% de l’héritage reçu sont inférieurs à 100 000 euros. 

Cela permettra à minima de rétablir un peu d’équité dans une société qui en manque cruellement.  

La deuxième, peut-être un peu moins sérieuse, c’est la taxe « Fête de l’Humanité », qui serait en quelque sorte l’inverse de la taxe Zucman. 

Cette dernière, que je soutiens, propose de  prendre 2% au-dessus de 100 millions d’euros. 

Mais nous, au-dessus de 100 millions d’euros, nous proposons de laisser seulement 2% et avec, on financera par exemple une loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles et des services publics de qualité.  

Chers amis chers camarades, vous le savez, l’ADN  de la Fête de l’humanité est internationaliste. 

Nos premières pensées vont évidemment aux peuples en lutte contre l’oppression, la misère, l’exploitation et les guerres. 

Partout des murs s’érigent pour séparer les peuples et les monter les uns contre les autres. 

Partout on assiste au retour des hyperpuissances et des forces impérialistes qui se livrent une bataille féroce pour maitriser les sols et les sous-sols, si stratégiques pour s’accaparer les minerais et les ressources. 

à cette menace existentielle, s’en ajoute une autre  : ce sont plus de 10000 ogives nucléaires qui en un instant pourrait éradiquer l’humanité. 

Ensemble, nous exigeons leur démantèlement et nous voulons que la France ratifie enfin ce traité TIAN.

Je veux adresser mes pensées solidaires avec le peuple ukrainien, haïtien, birman, burkinabé, somalien, congolais, soudanais, kurde, afghan et spécialement aux femmes afghanes 5 ans après le retour des Talibans, et tous les autres qui vivent les affres de la guerre.

Partout ce sont les jeunes qui sont les premiers envoyés à la guerre et traumatisés, mutilés, ou fauchés dans la fleur de l’âge. 

Au monde de la guerre généralisée, nous opposons le monde de coopération, le multilatéralisme, la fin de l’OTAN qui n’est qu’un instrument de la domination militaire yankee.

Nous voulons repenser nos institutions internationalistes, non pas en les abattant comme Trump mais bien en abolissant le droit de veto des 5 nations avec une seule règle : 1 peuple =1 voix. 

Chers amis chers camarades, je veux évidemment avoir une pensée pour le peuple palestinien. 

Notre engagement pour la Palestine est constant. Nous n’avons pas découvert les horreurs de la colonisation, de l’apartheid, du génocide ces derniers mois.

Nous ne cesserons de dénoncer ces atrocités commises par le gouvernement d’extrême droite de Netanyahou. 

Il y a quelques semaines, Ben-Gvir, ministre de la Sécurité nationale et figure de l’extrême droite israélienne, a appelé publiquement à tuer 30 à 40 Palestiniens, chaque nuit, à Gaza.

Je veux redire ici que notre liberté ne sera pas complète sans la liberté pleine et entière du peuple palestinien.

Chère Hala, mon amie, je veux que tu fasses passer un message à ton peuple. L’Humanité et les communistes français seront toujours à vos côtés, sans faille, tant que le mur ne sera pas abattu, 

que les violences et expropriations n’auront pas cessé, 

que les oliviers ne seront pas rendus à leurs propriétaires, 

que Gaza et la Cisjordanie ne seront pas libérées 

que les réfugiés ne seront pas rentrés 

et les prisonniers politiques n’auront pas retrouvé leurs familles, comme Marwan Bargouthi.

Je tiens à saluer ici ce soir la présence de de Muhannad Masalmeh, directeur exécutif du Comité populaire pour les services du camp de Shuafat du Département de la libération de la Palestine pour les réfugiés 

et Mahmoud El Sheikh, président de l’organe directeur du Comité populaire pour les services du camp de Shuafat et membre du Bureau exécutif pour les réfugiés en Cisjordanie. 

La fête de l’Humanité est la fête de la grande fraternité et sororité humaine, mais nous ne pouvons nous contenter de formules creuses et de déclarations de principe.

La fraternité n’est pas un mot doux à coller sur le fronton des mairies après la liberté et l’égalité. C’est une exigence de justice, de solidarité et de combat. 

Et face à la réalité de notre époque, cette exigence nous impose de regarder en face le drame des personnes exilés, le scandale permanent des frontières européennes et la responsabilité de ceux qui organisent la mort en Méditerranée, aux portes de l’Europe.


Le drame de Ceuta n’est pas un accident. 

Ce n’est pas une « crise » soudaine. 

C’est le produit d’une politique délibérée. 

Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, poussés par la misère, la guerre, le pillage des ressources de leurs pays par les multinationales et les puissances impérialistes, sont contraints de  rejoindre l’Europe. 

À Ceuta, comme à Melilla ou ailleurs, on leur répond par les matraques, les gaz, les barrières et les refoulements violents. 

On les traite comme des ennemis. On les laisse mourir. 

Et pendant ce temps, les mêmes gouvernements signent des accords avec des régimes autoritaires pour externaliser le contrôle de leurs frontières. 

C’est la politique de l’Union européenne. C’est la politique de Frontex, qui n’est pas une simple agence technique. 

C’est une machine de guerre contre les pauvres, contre  nos frères et sœurs d’humanité. 

Une machine qui militarise les frontières, qui finance la surveillance, qui collabore avec des régimes violent et qui transforme la Méditerranée en cimetière. Chaque année, des milliers de vies sont arrachées, des milliers de corps engloutis, des familles détruites. 

Et pendant ce temps, les discours xénophobes prospèrent. 

L’extrême droite et une partie de la droite classique font de la migration le bouc émissaire de toutes les colères sociales. 

Ils désignent l’étranger comme responsable du chômage, de l’insécurité, de la précarité. Ils organisent la division. Ils cassent la solidarité. Ils préparent le terrain à l’inimaginable. 

Pour notre part, nous refusons ces mensonges éhontés. 

Nous affirmons que la fraternité humaine commence par le refus de trier les êtres humains selon leur passeport, leur couleur de peau ou leur origine. 

Les personnes en exil ne sont pas un problème.  

Le problème, c’est un système économique qui produit la misère au Sud pour accumuler les profits au Nord. 

Le problème, c’est le capitalisme mondialisé qui pille, qui dérègle le climat, qui organise les guerres et qui ferme ensuite les portes à ceux qu’il a lui-même chassés. 

Le problème, c’est Frontex et toutes les politiques de fermeture et de criminalisation.

Oui, nous l’affirmons ici, il faut abolir  Frontex.


C’est une nécessité. Tant que cette agence existera, notre humanité ne sera ni pleine, ni entière. 

Nous voulons une Europe des peuples, pas une Europe forteresse. Nous voulons des voies légales et sûres pour celles et ceux qui fuient. Nous voulons le droit d’asile respecté. Nous voulons la régularisation des sans-papiers. Nous voulons la fin des centres de rétention et des expulsions. Nous voulons que les ressources consacrées à la militarisation des frontières soient redirigées vers l’accueil, l’intégration, le développement des services publics et la coopération internationale fondée sur l’égalité, et non sur la domination.

Chers amis, chers camarades

Avant de conclure, je veux dire quelques mots sur une Fête de l’Humanité antifasciste. 

Ce qui se noue sous nos yeux est d’une ampleur inégalée depuis un siècle. 

Le capitalisme, dans sa phase de crise aiguë et de voracité sans limite, a décidé de ne plus s’encombrer des apparences démocratiques. 

Il s’appuie désormais ouvertement sur une grande internationale des réactionnaires et du néofascisme 3.0. 

À sa tête, Donald Trump, le magnat milliardaire revenu aux affaires avec une violence assumée, incarne cette bascule historique. 

Autour de lui gravitent Viktor Orbán même défait, Giorgia Meloni, Javier Milei, Abelardo de la Espriella en Colombie, Farage en Grande-Bretange, et, en France, Le Pen et compagnie. 

Et désormais en Allemagne, avec l’arrivée de l’Afd en Saxe, qu’on pensait pourtant plus ou moins protégée. 

Ensemble, ces fascistes construisent un ordre mondial fondé sur la loi du plus fort, le mépris du droit international, la chasse aux personnes migrantes, le démantèlement des conquêtes sociales et la destruction accélérée du vivant et de la nature.


Trump n’est pas une anomalie. Il est le produit le plus abouti d’un système qui, face à ses propres contradictions, choisit la régression autoritaire pour laisser le capitalisme continuer son œuvre destructrice. 


Son second mandat a confirmé ce que nous dénoncions déjà : les  traque de l’ICE, transformée en garde prétorienne qui exécute, terrorise et divise ; l’interventionnisme impérialiste sans masque, du Venezuela au Groenland, en passant par les menaces sur Cuba ou le Panama ; J’adresse d’ailleurs mon plein soutien au peuple vénézuélien et nous continuons à exiger la libération du président Maduro. 

Je veux ici également saluer le courage du peuple cubain, sa résilience pour se défendre du joug et du blocus étatsunien. 

Trump, c’est aussi le chantage commercial permanent contre l’Europe et le reste du monde ; le soutien aux forces les plus rétrogrades, de Netanyahou aux suprémacistes. 


Il s’arroge le droit de kidnapper un président, d’annexer des territoires, de piétiner la souveraineté des peuples. 

Tout cela au nom d’un « America First » qui n’est que le pré carré des multinationales états-uniennes et des appétits de la tech.

Cette internationale réactionnaire se coordonne. Elle échange ses méthodes, ses discours, ses algorithmes. 

Elon Musk et les milliardaires de la Silicon Valley lui offrent leurs plateformes pour diffuser les « vérités alternatives », les fausses vidéos, les théories racistes et complotistes. 

Les médias à la botte des empires financiers – de Bolloré en France aux chaînes conservatrices américaines – banalisent le discours de haine, criminalisent les syndicats, les militants, les journalistes, les personnes LGBT, les femmes qui défendent leurs droits. 

Partout où ces forces arrivent au pouvoir, les libertés syndicales sont restreintes, le droit de manifester est réduit à néant, la culture émancipatrice asphyxiée, les services publics démantelés au profit du capital.


Le projet est clair : une société fragmentée, inégalitaire, où les classes populaire sont livrées à la précarité et à la division raciale, où les femmes sont renvoyées à un ordre moral rétrograde, où les étrangers sont traités comme des ennemis intérieurs.

En France, le Rassemblement national et ses alliés de droite préparent le même terrain en reprenant les obsessions identitaires, en attaquant le droit du sol, en criminalisant la solidarité ou en voulant interdire le voile aux femmes musulmanes, détournant une nouvelle fois la laïcité pour en faire un combat raciste et rétrograde. 

Je sais qu’il y a un débat parmi les forces progressistes sur comment combattre cette peste brune qui revient de passé.  

Je veux vous dire un mot assez personnel sur cette question ;   je ne crois pas que nous soyons condamnées à l’échec et que l’arrivée de Le Pen and co, au pouvoir, à l’Elysée ou au Parlement, est inéluctable. 

Et en même temps, il nous faut regarder lucidement la situation où ses idées nocives  gangrènent la société et où les forces du capital investissent pour aider leur accession au pouvoir. 

Il y a 90 ans, naissait le Front Populaire, alors que les ligues fascistes montaient depuis 1934 et étaient actives. 

Face à cela, les forces de gauche ont fait front, et au côté d’un mouvement social fort, ont arraché par la lutte les premiers conquis sociaux de l’ère moderne, dont les congés payés. 

A l’époque, le patronat hurlait au scandale et accusaient les syndicats et la gauche de vouloir fermer les usines et détruire les emplois. 

N’y voyez aucun parallèle avec le patronat actuel qui refuse d’augmenter les salaires, et d’ailleurs Fabien portera cette revendication et ferraillera face à Patrick Martin ici, demain, à l’Agora. 

Chers amis, chers camarades. 

Ici, il n’y a que des combattants dont l’engagement sincère ne fait aucun doute. 

Tout le monde sait ici ce que voudrait dire l’arrivée de Le Pen au pouvoir. 

Une catastrophe qui aboutirait  à la création d’un apartheid social, une chasse aux personnes étrangères, aux syndicats, aux musulmans, aux associations et à celles et ceux qui résistent. 

Mais imaginons aussi 5 ans de plus avec les héritiers directs du macronisme. 

Edouard Philippe qui veut nous imposer la retraite la retraite à 67 ans, quand Gabriel Attal propose tout bonnement de supprimer l’âge de départ

Il n’y a pas si longtemps, en 2022 et 2024, nous avions réussi à faire l’unité entre les forces de progrès social et écologique. 

Aux municipales, là où nous avons été unis face à l’extrême droite, nous avons gagné  ! 

Je salue mon camarade et ami Vincent Bouget qui a été élu à Nîmes, et tous les maires qui ont été élu ou réélu face à l’extrême droite.

Différentes tactiques et stratégies vont s’affronter : comment aller chercher le maximum d’électrices et d’ électeurs, notamment chez les abstentionnistes. 

Dans cette diversité, ce week-end, chacun devra respecter les uns et les autres. 

Nous, les communistes, nous avons choisi notre candidat, comme les Insoumis, Les Verts, Debout, Lutte Ouvrière et Révolution Permanente.  

Les socialistes ont choisi la voie de la primaire. 

Ici, à l’Humanité, je veux et je souhaite vivement que le débat s’organise autour des idées, du contenu, de la stratégie et non sur de l’invective et des petites phrases.

Ensemble, je suis convaincu qu’en dialoguant et en écoutant le peuple de la Fête de l’Humanité, nous pouvons construire des ponts pour faire gagner la gauche et soutenir l’espoir, notamment en abordant dès maintenant les élections législatives et la construction d’un Front partout où nos idées peuvent gagner.  

Enfin, la Fête de l’Humanité c’est la Fête de son journal. 

Dans ce contexte, je veux vous dire un petit mot sur l’Humanité dans un moment complexe pour la presse notamment écrite.

Ces derniers mois, c’est Prisma Médias, groupe dont Bolloré est l’actionnaire majoritaire, qui menace l’emploi de 40% de ses salariés via un plan social. Ici, malgré des recettes économiques positives, c’est la rentabilité avant tout ! 

Depuis quelques années, les financiers aux projets de société teintés de brun rachètent les organes de presse et les démantèlent. Ils profitent d’un secteur déjà en crise. Dès cette prise en main en 2021, des dizaines de journalistes claquent la porte, en raison de choix éditoriaux problématiques et de questionnement sur l’avenir de leurs journaux. Le plan social en cours n’est que la suite de cette casse organisée. 

Dans un autre genre et pour montrer la difficulté dans laquelle se trouve la presse écrite, on peut également évoquer la situation du groupe Ebra, qui possède notamment plusieurs quotidiens régionaux comme l’Est Républicain, Le Bien Public, le Progrès qui vient d’annoncer également la suppression de 300 à 400 postes.. dans un contexte de recours à l’intelligence artificielle… ou bien encore le groupe Sud Ouest qui a annoncé un plan d’économies de 4,5 millions d’euros sur 3 ans.

De notre côté, grâce à la réussite de la Fête l’an dernier et votre soutien au travers de nos  campagnes de souscription, nous limitons la casse et je tiens une nouvelle fois à vous remercier. Sans vous, nous ne sommes rien. 

Nous n’avons pas de milliardaires pour nous renflouer, à l’instar deKretinsky qui à nouveau accorder un prêt de 17 millions d’euros à Libération !

Mais chaque année, organiser la Fête de l’Humanité est de plus en plus compliqué et couteux, avec une hausse des couts de production. C’est un défi financier énorme pour une structure comme la notre. Et je sais combien cette Fête se tient grâce aux militants et militantes communistes qui bâtissent durant des semaines ce village éphémère, notre bulle d’oxygène pour repartir plus déterminés que jamais. 

Et vous me permettrez également d’avoir un mot particulier pour les équipes de l’Humanité à l’heure où nous subissons de plus en plus d’attaques et de menaces de la part de l’extrême droite, de Némésis à Stérin, en passant par les organisateurs d’un mini puy-du fou dans l’allier, qui nous trainent devant les tribunaux.

Vous le savez, nous ne sommes que 160 pour élaborer chaque jour un quotidien de 20 pages, un magazine hebdomadaire, des hors séries chaque année, tels que Madeleine Riffaud, Ambroise Croizat, 90 ans du Front Populaire etc. De même cette année, avec 4 autres médias indépendants, nous avons sorti  ‘’le Front commun contre l’extrême droite’’ qui s’est vendu à plus de 50 000 exemplaires.

A côté de toutes ces productions écrites, nous nous développons également très largement sur les réseaux sociaux, nous réalisons de nombreuses émissions TV grâce à notre studio, notamment notre grande émission politique ‘’Ca ira ‘’ que vous connaissez désormais.

En 2025, nos vidéos ont été vues à plus de 350 000 millions de vues. 

Nous sommes en train de nous réorganiser face à la chute inexorable du papier, pour que notre production soit désormais tournée prioritairement vers le numérique. 

Et depuis deux ans que nous avons entamé cette révolution, les résultats sont là.

En 1 an, nous avons gagné 7% de lectrices et lecteurs supplémentaires. C’est la 2ème plus forte progression de la presse quotidienne nationale en cumulant vente en kiosque, abonnements papier et numérique.

Et rien que sur le numérique, cette progression est de 21,53%. C’est là aussi la 2ème plus forte progression de la presse quotidienne nationale.

Ces résultats ils sont dus au travail des équipes de l’Humanité, je vous propose de les applaudir, et notamment saluer Maud Vergnol et Sébastien Crépel les co-directeur et directrice de la rédaction.  

Pour conclure, chers amis et chers camarades, 

Au fond, notre pays traverse aujourd’hui trois crises qui se nourrissent l’une l’autre : une crise sociale, une crise écologique et une crise démocratique. 

Elles peuvent nous conduire vers davantage de résignation, de peur et de division, ou nous obliger à retrouver ce qui fait notre force collective. 

Nous avons donc devant nous trois choix : la résignation ou l’action, la division ou la solidarité, le repli ou l’avenir.

Et si nous sommes réunis aujourd’hui à la Fête de l’Humanité, c’est précisément parce que nous refusons de croire que tout est déjà écrit. 

Face à l’insécurité du monde, une société peut se replier, chercher des boucs émissaires et laisser la peur décider à sa place ; elle peut aussi choisir de reprendre collectivement le contrôle de son avenir.

Voilà pourquoi nous sommes là. Voilà pourquoi nous nous battons. Et voilà pourquoi, cette année encore, à la Fête de l’Humanité, nous choisissons l’action, la solidarité et l’avenir.

Parce que rien n’est écrit. Et surtout, rien n’est joué.

Je terminerai par une lettre que Che Guevara a adressé en mars 1965 à ses enfants, 

« Surtout soyez toujours capable de ressentir au plus profond de votre cœur n’importe quelle injustice commise contre n’importe qui, où que ce soit dans le monde. C’est la plus belle qualité d’un révolutionnaire’’ 

Articles les plus lus

Thèmes associés

    Dans la même catégorie

    Dans les autres catégories