A Trappes, le 23 octobre 2026, le racisme a tué. Pengo Bossio Wangi avait 26 ans. Il était combattant amateur de MMA à Aubervilliers et rêvait d’en faire son métier. Il a été assassiné parce qu’il était noir. Cinq autres personnes ont été blessées, dont une enfant de 12 ans. L’auteur a reconnu avoir visé « les Noirs et les Arabes ». Le procureur a qualifié les faits d’attentat terroriste raciste.
Les balles ont tué. Mais les balles ne tombent pas du ciel. Elles sont précédées de mots. Simone de Beauvoir le disait avec une lucidité terrible à propos de Brasillach : « Il y a des mots aussi meurtriers qu’une chambre à gaz. » Si les mots ne déchiquettent pas les corps, ils normalisent la haine. Ils transforment un visage en cible. Ils préparent les consciences à l’acte. « Invasion », « grand remplacement », « racaille », « ennemis de l’intérieur » ou encore « remigration ». Contrairement à ce que dit la pseudo-ministre chargée de la lutte contre les discriminations, la théorie du grand remplacement n’est pas un débat politique : c’est une thèse complotiste et suprémaciste qui a déjà tué 51 personnes à Christchurch en 2019.
Et qui produit, amplifie et rentabilise ce poison ? Les réseaux sociaux, qui, grâce à des algorithmes puissants, relaient les théories les plus fumeuses et racistes, quitte souvent à s’affranchir de la réalité pour donner de la force à la désinformation. Le mouvement mondial #OnBloque – L’ extrême droite consiste à boycotter les grands comptes fascisants afin de tromper l’algorithme.
Mais il y a aussi les chaînes d’information en continu, au premier rang desquelles CNews. Plateau après plateau, on y répète jusqu’à l’obsession que certaines couleurs de peau, certaines origines, certaines religions sont le problème. On le justifie par la colère des « Français », on le déguise en « débat », on le banalise. Vincent Bolloré a transformé une partie de son empire médiatique en machine à haine. D’autres fortunes, comme celle de Pierre-Édouard Stérin, financent ou soutiennent des réseaux et des médias qui alimentent le même terreau idéologique réactionnaire. Ce n’est plus de l’information. C’est une industrie de la division, une fabrique de boucs émissaires au service de la prise de pouvoir par l’extrême droite. Quand on désigne sans cesse un groupe comme une menace, on rend pensable de le frapper. L’histoire le montre sans ambiguïté : avant les lynchages, avant les attentats racistes, il y a les mots qui désignent. Les discours de haine tuent. Ils isolent, ils déshumanisent, ils autorisent. Un homme charge une arme, monte dans sa voiture et tire sur des passants parce qu’ils ont la « mauvaise » couleur.
Pengo n’est pas mort « par hasard ». Il est mort parce qu’un climat de paroles toxiques, soigneusement cultivé par certains médias et certaines fortunes, a rendu possible qu’un individu décide que sa vie ne valait rien. Et pendant que l’on pleure, d’autres continueront de dire que « ce n’est pas le moment de politiser », que « les mots ne tuent pas vraiment », qu’« il ne faut pas faire d’amalgame ». Si. Il faut. Refuser de nommer le lien entre discours de haine, concentration médiatique et violence raciste, c’est déjà laisser le terrain à ceux qui empoisonnent. Il faut démanteler ces empires, fermer CNews et nationaliser les Relay.
Les mots peuvent tuer. C’est pourquoi il faut les combattre avec la même détermination que l’on combat les armes. En nommant le racisme sans détour. En refusant les chaînes et les tribunes qui le normalisent. En exigeant que l’on cesse de laisser des empires privés transformer la haine en audience et en profit. En construisant d’autres récits : ceux de la fraternité, de l’égalité réelle, de la dignité pour toutes et tous, et en faisant, comme l’a si bien dit le maire de Trappes, Ali Rabeh, le choix de la République. Nous le devons à Pengo.





