La rentrée 2026 a été marquée par une nouvelle hausse des prix du carburant.
Ce lundi 21 septembre 2026, les prix du diesel et de l’essence dépassent 2,49 euros le litre.
Sur les plateaux TV, les commentateurs discutent de l’envolée des prix, comme s’il s’agissait de résultats de matchs sportifs. Mais il n’est pas question ici de chiffre : il est question d’une féroce guerre de classe qui sévit dans notre pays.
Dans un moment où la précarité des ménages explose, pris à la gorge par l’inflation et la stagnation des salaires, les prix du carburant ont une répercussion très concrète pour nombre de personnes dont les déplacements sont de plus en plus contraints : selon une enquête réalisée par l’institut Ipsos BVA, 17 millions de Français de plus de 18 ans (soit 31 % de la population majeure) sont dans l’impossibilité de se déplacer librement, ou contraints de renoncer à certains trajets. Ce sont deux millions de plus qu’en 2024 et quasi 4 millions de plus qu’en 2022.
Ces hausses aggravent évidemment le problème des travailleurs pauvres, puisque posséder une voiture reste une condition d’accès à l’emploi : des personnes sont contraintes de renoncer à des postes ou des formations, vu le prix trop élevé des transports, ou travaillent à perte.
Les prix du carburant creusent les inégalités territoriales, notamment entre les zones urbaines qui proposent des solutions de transports en commun, et les zones périphériques ou rurales qui souffrent d’un enclavement et rendent l’usage d’un véhicule absolument essentiel.
Les prix du carburant renforcent le non-recours aux droits, notamment en termes de santé. Lorsque ces éléments sont mis en lien avec les situations de déserts médicaux et le recul des remboursements de l’assurance maladie, le pire est à craindre.
Les prix de carburants impactent également la vie privée : lorsque l’on peine à finir les fins de mois, il peut devenir impossible de remplir son réservoir pour aller aider des proches, se rendre à une soirée entre ami.e.s, à une activité sportive, à un concert, une exposition, ou de partir en vacances. Tout ceci participe pourtant au bien-être, à l’émancipation individuelle, à la sociabilité, plutôt qu’à l’isolement.
Et, comme dans toutes les crises, l’enjeu de classe est fort. Si les catégories aisées ont manifestement pu absorber cette hausse, il est arrivé à près de 40% de la classe moyenne de fractionner leurs achats de carburant, cette pratique étant majoritaire dans les milieux modestes (57%) et est massive parmi les plus défavorisés (70%).
Ainsi, il n’est pas question que de hausse des prix à la pompe : il est question d’un basculement de société qui se dirige vers l’ère du profit roi, issu d’une guerre de classe brutale où les travailleurs et travailleuses peinent à vivre dignement, et où les plus précaires deviennent assignés à résidence pour garantir les profits des actionnaires.
Car bien évidemment, ce n’est pas la crise pour tout le monde.
Prenons le cas de Total Energie : les bénéfices du groupe de Patrick Pouyanné ont grimpé de 50% pour atteindre au second semestre 5,25 milliards d’euros ! Selon un sondage de l’Institut Veblen, 75 % des Français jugent ces bénéfices « dérangeants » ou « inacceptables ».
Et pourtant, pendant que les pétroliers se remplissent les poches sur le dos des personnes dépendantes de leur voiture, le gouvernement ferme les yeux et tente d’éteindre la colère sociale avec des mesurettes.
Lundi dernier, des pêcheurs ont entamé le blocage de plusieurs ports pour dénoncer ces hausses qui les conduisent à travailler à perte, et d’autres organisations professionnelles tirent la sonnette d’alarme, comme les services d’aides à la personne ou les infirmier.ère.s à domicile. En avril, c’étaient les transporteurs routiers qui étaient mobilisés et depuis quelques semaines des appels circulent sur les réseaux sociaux pour une reprise, en octobre, de la mobilisation des Gilets Jaunes.
Mais rien n’y fait pour un gouvernement qui s’enfonce dans un service minimum. Emmanuel Macron et ses alliés préfèrent mettre à contribution notre système de redistribution, tout en alertant sur la situation de déficit que traversait notre pays plutôt que de taxer les superprofits.
Certes, il a été annoncé une prolongation des rustines que sont les aides ciblées jusqu’à la fin de l’année 2026.
Mais non seulement ces dispositifs sont ciblés sur quelques secteurs professionnels – et cherchent sans aucun doute à casser toute dynamique collective – mais ils restent largement insuffisants !
Il n’est pas trop tard pour taxer les profiteurs de guerre : ensemble, nous devons intensifier la lutte, dans la rue ou dans l’hémicycle, pour contraindre le gouvernement à préférer les droits des ménages à ceux des actionnaires.
Nous devons intensifier le rapport de force pour imposer le blocage des prix, la baisse des taxes sur l’électricité qui seraient compensées par la taxation des super profits, et enfin nationaliser l’ensemble du secteur énergétique !





