Toutes mes pensées vont à Pengo Bossio Wangi, à sa famille et à ses proches endeuillés.
Vendredi un drame ignoble a frappé la France : à Trappes, un terroriste a pris le volant pour tuer des personnes « noires et arabes ». Avant d’être stoppé dans sa cavale macabre, il a tué un homme et blessé cinq personnes dont une enfant.
Immédiatement, les autorités ont parlé d’un attentat terroriste raciste et le parquet national antiterroriste s’est saisi en ce sens. Le tireur ne s’en est pas caché, il a cherché à tuer selon l’origine réelle ou supposée des victimes.
Une période de deuil est nécessaire et la justice doit elle aussi faire son travail sereinement. Mais cet évènement nous oblige à une remise en question.
Qu’avons-nous laissé faire ?
Le « plus jamais ça » semble avoir disparu de nos antennes, de nos assemblées et de notre propre pensée.
Aujourd’hui, à l’Assemblée nationale, il n’existe plus de cordon républicain quand, sur les bancs, les politiques de droite et du centre votent main dans la main des amendements avec le Rassemblement national.
Aujourd’hui, un homme politique ne subit pas la foudre de la population lorsqu’une enquête journalistique fournie lui attribue des messages antisémites.
Aujourd’hui, il n’existe plus de cordon sanitaire quand les chaînes d’information en France relaient ouvertement des thèses racistes.
Ali Rabeh, dans l’Humanité, disait ce weekend à propos de chroniqueurs de CNews et d’autres chaînes que leur « discours [qui] peut armer idéologiquement la main de meurtriers ».
CNews, responsable de tous les maux ? Non, mais relai assurément décomplexé de la parole raciste, des images à sensation, de chroniqueurs en roue libre. Ainsi, depuis sa création en 2017, la chaîne a été réprimandée 61 fois par l’Arcom. Dernière condamnation en date, celle de juin 2026 où elle a été mise en demeure de « respecter l’exigence d’expression pluraliste des courants de pensée et d’opinion ». Une seule voix s’exprimerait donc, mais elle n’est évidemment pas à gauche. Les chroniqueurs et réalisateurs ne cachent pas leur racisme latent : en 2025, deux amendes ont été infligés suite à des propos de nature à « encourager des comportements discriminatoires ». D’une part en « assimilant (…) la présence en France des ressortissants Algériens y résidant (…) à un facteur majeur de risque pour la sécurité publique », et d’autre part en associant « l’ensemble des Palestiniens aux auteurs des attaques terroristes du 7 octobre ». En 2026, le nouveau maire de Saint-Denis était quant à lui comparé à « un grand singe » ou « un chef de tribu ». CNews n’y voit « aucun propos raciste ». Le gouvernement réagit, le maire porte plainte et l’Arcom est saisie. Des milliers de personnes manifestent et apportent le soutien à Bally Bagayoko. Et après ? On continue comme avant.
Malgré ces nombreuses condamnations, cette chaîne continue à diffuser des informations racistes ou non vérifiées, comme ce weekend en commentant des images de manifestation…en Albanie en les faisant passer pour des images en France. Elle est regardée par des milliers de personnes, chez eux ou dans les lieux accueillant du public. La télé de Bolloré fait partie du paysage, alimente les pensées les plus sombres et les transforme en normalité. Elle alimente également le projet réactionnaire de son propriétaire multimilliardaire, patron d’un empire qui veut nous dire quoi lire, quoi regarder, quoi penser.
Alors non, on ne peut pas continuer ainsi. Les sanctions de l’Arcom sont inefficaces, Bolloré rit au visage de cette instance de contrôle aux amendes dérisoires. Les autres chaînes se sentent pousser des ailes, à la course aux buzz, et toujours au détriment des plus vulnérables. Alors je le redis : Supprimons CNews. Supprimons les vecteurs de fiel qui profitent allègrement de leurs temps d’antenne pour diffuser un discours qui nous divise et qui normalise la haine de l’autre.
Cela ne résoudra pas tout, mais combien y a-t-il aujourd’hui de personnes prêtes à prendre les armes dans nos villes, le cerveau ravagé par les images et les discours xénophobes en libre-antenne ? Ce weekend aussi, dans plusieurs grandes villes pourtant encadrées par la police, des milices d’ultradroites – certaine dissoutes par la justice – ont pu défiler et provoquer les manifestants, sans intervention des forces de l’ordre.
Le climat est nauséabond, et l’arrivée possible de l’extrême-droite au pouvoir nous oblige à la plus grande vigilance. Vendredi à Trappes, un drame a eu lieu. Nous ne devons pas passer à autre chose. L’idéologie raciste, déversée au quotidien, cause des morts, elle tuera encore si nous ne la stoppons et pire si nous continuons à l’alimenter.





