Le cancer est politique !

23 Oct 2026

Selon le Centre international de recherche contre le cancer (Circ), la France est le deuxième pays au monde où l’incidence du cancer du sein est la plus forte : 103,4 cas pour 100 000 habitants en 2023. 

Alors que se tient, comme chaque année au mois d’octobre, la campagne de sensibilisation « Octobre Rose », de nombreuses associations dénoncent une entreprise de « pinkwashing », qui participe à mettre l’accent sur le dépistage plutôt que sur les inégalités d’accès à la santé ou sur les causes environnementales de ces maladies. 

Un peu d’histoire pour mieux comprendre cette entourloupe : la première campagne d’octobre rose se tient aux Etats-Unis en 1985, avec le soutien d’Imperial Chemical Industries (ICI). 

Quelques années plus tôt, en 1962, la firme découvrait, par hasard, une molécule efficace dans le traitement du cancer du sein. Considérant que ce programme n’offrait que peu de perspectives de rentabilité, ICI envisage de l’abandonner avant d’obtenir un brevet exclusif sur la molécule, pendant 17 ans… soit jusqu’en 1985. 

Un hasard ? Pas vraiment. Ainsi, l’origine d’Octobre Rose vient du souhait d’une multinationale responsable de pollutions et de maladies en découlant, qui souhaitait, par le dépistage, étendre ses parts de marché dans la commercialisation d’un traitement contre le cancer du sein. Produire les maux pour s’assurer des profits, voilà un filon capitaliste bien cynique, exploité pendant des années sur la santé des femmes. 

Connaissant désormais cette réalité, il me semble complexe de soutenir une campagne à laquelle participent des grandes firmes, attachées à leur image de marque, et qui se rendent coupables dans le même temps de pollutions massives, nocives pour l’ensemble du vivant. 

De même, voir des parlementaires de la majorité, de droite et d’extrême droite arborer le ruban rose après avoir contribué à asphyxier le service public de santé, voté en chœur pour la loi Duplomb ou des traités de libre-échange (dont les denrées importées génèrent des risques massifs pour la santé publique), laisse un goût amer.

En réalité, ce que cherche à dissimuler la campagne d’octobre rose, c’est que le cancer est une maladie dont les causes sont politiques.

C’était d’ailleurs l’un des mots d’ordre de la mobilisation conjointe menée par plusieurs collectifs contre Syngenta, leader mondial de l’agrochimie et des semences, le 3 octobre dernier dans l’Eure. 

Les activités de cette firme impactent grandement la région, où la qualité des eaux des nappes phréatiques et les épisodes fréquents de pollution conduisent à la prise d’arrêtés préfectoraux restreignant l’usage de l’eau pour les riverains, et de nombreuses associations alertent sur une augmentation locale du nombre de cancers.

Aussi, plutôt que d’agir uniquement à posteriori pour se donner bonne conscience, les pouvoirs publics devraient s’employer à agir en amont, pour limiter l’explosion de cette maladie et libérer la recherche publique du carcan capitaliste qui freine son développement au service de l’intérêt général.

Comme pour le tabac, où les lobbys ont cherché à tout prix à retarder, affaiblir ou bloquer les réglementations de santé publique, la question des pesticides et des pollutions environnementales reste niée lorsque l’on aborde l’explosion du taux de cancers. 

Car le fait que la France ait longtemps été une puissance agricole majeure, avec son lot de produits nocifs qui contaminent les sols, l’eau, l’air, n’est jamais abordé dans les communications officielles des pouvoirs publics. 

En bref, Octobre Rose procède, à mon sens, d’un profond cynisme. 

Cette campagne donne la possibilité aux grandes firmes de prétendre agir contre le cancer, tout en continuant de commercialiser des produits nocifs pour la santé et d’empêcher toute possibilité de recherche publique et indépendante sur ce sujet. 

La lutte contre le cancer du sein, et de tous les autres cancers, doit être une priorité de nos politiques publiques, que ce soit sur le volet prévention, dépistage et traitement. 

Alors, plutôt qu’une campagne de pink-bashing, je continue de lutter pour imposer au plus vite le nécessaire virage agroécologique de notre modèle agricole, qui passera en premier par l’interdiction des pesticides qui tuent les travailleurs et les populations. 

Il est également urgent de créer un pôle public du médicament, qui permettra de détacher ces produits essentiels de la sphère financière, en en maîtrisant les conditions de recherche, de développement, de production, de distribution et de vente.

Par ailleurs, il nous faut absolument renforcer l’accompagnement et la prise en charge des personnes malades. Sur proposition des parlementaires communistes, une loi a été adoptée en février 2025 visant la prise en charge intégrale des soins et dispositifs liés au cancer du sein. Or, à ce jour, les décrets d’application n’ont toujours pas été publiés, ne permettant la mise en œuvre de cette loi. 

Enfin, il nous faut redonner les moyens à la recherche publique et à notre système hospitalier, asphyxiés par des années de néolibéralisme débridé qui favorise le développement d’inégalités dans l’accès aux soins pour faire la part belle aux cliniques privées. 

A l’aube de l’examen du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) qui prévoit une nouvelle fois plus de 5 milliards d’économie sur les dépenses de santé, comment ne pas douter de la sincérité du gouvernement face à cette belle cause nationale ? 

Alors plutôt que de porter ce ruban rose quelques jours dans l’année, afficher un peu de cohérence le reste de l’année serait déjà un grand pas et un soutien aux malades. 

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